À chaque nouvelle campagne présidentielle ses éléments de langage et ses concepts fumeux. Mélenchon n’y échappe pas, en 2021, lorsqu’il met sur le tapis la « créolisation » de la France, qu’il appelle évidemment de ses vœux. Un joli terme emprunté à Édouard Glissant qu’il oppose au fameux « grand remplacement », ce mantra de l’ennemi d’extrême droite. Pas de remplacement, donc, mais une longue et saine mutation de la société française. « L’assimilation, ça n’existe pas ! Ce qui existe, c’est la créolisation. Et on passe par des étapes : il y a d’abord l’intégration de ceux qui arrivent. Si elle est réussie, la créolisation va se faire plus vite » a-t-il martelé tout au long du débat qui l’oppose à Éric Zemmour en septembre 2021. Un concept que lui aurait glissé à l’oreille le député LFI Younous Omarjee, et qu’il définit lui-même comme la « rencontre des altérités produisant une nouvelle identité ». En réalité, si ce concept un peu nébuleux fait mouche auprès de JLM, c’est bien parce qu’il fait écho, d’une certaine manière, à ce qui s’est fait en Amérique latine, avec l’assimilation parfois forcée des populations indigènes. Mélenchon a toujours les yeux et le cœur tourné vers l’Amérique du Sud, et son fantasme oscille entre Péron et Chávez, tous deux chantres d’une politique de l’hybridation, d’un seul peuple réuni sous les couleurs d’une nation bienveillante et autoritaire…
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Tout le monde le sait: la plus grande supercherie de la gauche, c’est d’avoir troqué, au mitan des années 80, la lutte des classes contre la lutte des races. Mitterrand a été le grand défricheur de ce glissement politique, dont on peut estimer qu’il a en grande partie fondé le wokisme, de concert avec la French Theory des déconstructeurs Foucault et Deleuze. Mélenchon et son parti LFI s’inscrivent parfaitement dans cet escamotage, dans ce passage du social au sociétal. L’intersectionnalité des luttes, en se focalisant sur les questions racialistes, a non seulement trahi la lutte sociale, mais elle est en passe de trahir les intérêts de la France. Ainsi, en novembre 2018, le groupe d’appui parisien « JR Hébert » de La France insoumise, particulièrement engagé dans la défense contre la laïcité, a disparu du jour au lendemain. La cause de ce cancelling ? Le groupe d’appui aurait voulu organiser un débat sur l’entrisme musulman au sein du monde syndical… Un crime de lèse- majesté dans un parti qui délaisse peu à peu le peuple français pour s’intéresser uniquement aux « quartiers » et aux « victimes » auto-désignées du colonialisme français.
Ainsi, le parti des Indigènes de la Républiques ne tardera pas à s’imposer au sein de LFI, provoquant le départ précipité de certains lieutenants historiques de Mélenchon, comme Djordje Kuzmanovic. Qu’en pense le chef ? Visiblement, que du bien… Lui qui a compris que sa réserve de voix était chez les « racisés », il entend bien caresser le PIR dans le sens du poil… et tant pis pour les travailleurs pauvres « de souche », tant pis pour les ruraux, et tant pis pour la France. Le mélenchonisme est en passe de réaliser les prophéties de Houellebecq dans Soumission.
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À cet égard, on se souvient des propos d’Houria Bouteldja, sinistre madone du PIR, qui évoquait un « butin de guerre » à propos du fondateur de LFI : « Jean-Luc Mélenchon était une espèce de laïcard de dingue. Aujourd’hui, il dit des choses qu’il n’aurait jamais dites, il y a quinze ans. »
Alors, Mélenchon serait-il l’idiot utile de l’indigénisme ? Pas vraiment. Encore une fois, cette vaste opération de séduction relève de l’électoralisme pur, mâtinée d’une tentation populiste récente qui lui sert de faire-valoir. Avec des scores de président africain dans les quartiers « racisés », Mélenchon a réussi son pari. Au prix de voir son propre parti se transformer peu à peu en arrière-cour pour Frères musulmans ?





