Que vous inspire la tribune des sportifs français publiée aujourd’hui par Le Parisien et qui appelle à battre Marine Le Pen ?
Une indifférence totale. C’est un non-événement sur lequel il ne faut pas s’attarder. La tribune a sans aucun doute été rédigée il y a trois mois ; seul restait à savoir si elle s’adresserait à Marine Le Pen ou à Éric Zemmour. Les Français l’auront oubliée après-demain.
Des sportifs, qui ne possèdent aucune expertise en la matière, possèdent-ils la moindre légitimité pour parler de politique ?
Il y a deux choses à distinguer. Le sportif en tant que citoyen, personne physique, père de famille, contribuable, électeur ; et la personnalité publique, le leader d’opinion. C’est la théorie du double corps du roi, le corps terrestre et l’immortel. Le jeune Antoine Dupont peut s’intéresser à la politique et à l’élection présidentielle, c’est sain et légitime ; mais le capitaine du XV de France, lui, doit rester en retrait, et n’a pas à appeler à voter pour ou contre, encore moins à faire barrage. Pareil pour Clarisse Agbegnenou, qui a été notre porte-drapeau aux Jeux olympiques de Tokyo l’été dernier.
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Cet appel, déjà largement critiqué sur les réseaux sociaux, est-il de nature à renforcer la fracture entre des sportifs multimillionnaires perçus comme coupés du réel et le public qui leur permet de vivre ?
Je vais me faire l’avocat du diable. Un sportif, dès l’adolescence, vit dans une bulle, une sorte d’univers social parallèle. Il bénéficie d’un cursus universitaire aménagé ; lorsqu’il se blesse il passe une IRM le lendemain, puis part en rééducation à Capbreton ; il voyage, peut vivre plusieurs années à l’étranger, sort dans les endroits à la mode, où il rencontre des gens de son milieu social, c’est-à-dire des gens qui ont réussi… Tout ceci biaise son rapport au réel, l’enferme dans une sorte de village Potemkine, l’isole des problèmes du quotidien que vivent ses concitoyens, dans le métro aux heures de pointe, dans les files d’attente aux urgences ou à Pôle emploi. Ceci peut expliquer que certains sportifs sont parfois capables d’analyser le monde et l’actualité avec candeur et une immaturité pardonnable.
Cette tribune témoigne-t-elle d’une collusion entre sportifs et pouvoir politique, et d’un manque total d’indépendance du monde sportif ?
Comme je le disais, il faut accorder à cette tribune l’indifférence qu’elle mérite. En revanche, le communiqué de presse publié hier par le Comité olympique français (CNOSF), dans lequel le mouvement sportif prend officiellement parti pour Emmanuel Macron et appelle à faire barrage à Marine Le Pen, est un véritable scandale.
L’an dernier avant le second tour des élections régionales, ce même comité olympique avait déjà appelé à voter Renaud Muselier pour faire battre Thierry Mariani en PACA. Le mouvement sportif français est gangrené par le gauchisme mental et le militantisme, comme le sont l’université, le milieu du cinéma, l’audiovisuel public, et tous ces repères de l’anti-France. Le défi de patriotes au cours de la prochaine décennie sera de reprendre le contrôle de chacun de ces bastions.





