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Jérôme Rivière : « Je n’imaginais pas que la députation européenne était à ce point fictive »

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Publié le

26 mai 2021

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Député européen du Rassemblement national et président de la délégation française du groupe Identité et Démocratie, Jérôme Rivière publie « Tocsin, chroniques contre les liquidateurs de la France », ouvrage dans lequel il dresse un premier bilan de son mandat et défend l’idée d’une France influente dans une Europe des nations. Entretien.
Jérôme Rivière

Après deux ans à la tête de la délégation RN au Parlement européen, peut-on dire que vous êtes déçu par l’exercice ?

Je ne suis pas déçu, car je ne pensais pas beaucoup de bien des institutions européennes. Mais je n’imaginais pas que c’était à ce point fictif : les rapporteurs des groupes sont eux-mêmes « fictifs », car leur avis importe peu. Il n’y a pas de vraies séances de débats, et nous ne sommes pas invités à prendre part au « compromis » final. Ce qui est le plus frustrant, surtout quand on a été député à l’Assemblée nationale, c’est de se rendre compte qu’on ne peut pas vraiment débattre au Parlement européen. On a une minute de temps de parole, personne ne répond, on délivre un message sans débat. C’est une sorte de théâtre d’ombres.

Il y a bien des commissions à côté, dans lesquelles vous pouvez débattre ?

Il n’y a pas de débat en commission, seulement des interventions. Des personnes de haut niveau viennent certes exprimer leur point de vue, qui est suivi par un temps de parole calibré en fonction de la taille des groupes auxquels on appartient. On est chronométré, on s’exprime rapidement chacun à la suite, puis après un ou deux tours, on vous répond de façon globale. J’imagine que dans l’Union soviétique, ça devait être à peu près pareil.

Mais vous travaillez aussi pour l’extérieur ? C’est pour cela que vous avez écrit ce livre, non ?

Le livre reflète en effet mon envie d’être entendu sur ce qui se passe à Bruxelles. Aucun média ne s’y intéresse réellement alors que les règlements et directives européennes ont des implications directes dans le droit français. L’origine du mal vient de Bruxelles mais personne ne s’y intéresse. Un exemple : on a débattu d’une directive sur le temps de travail qui imposerait notamment aux militaires de travailler 35 heures. Vous imaginez ? Il n’y aurait plus d’armée.

Il faut entrer dans les institutions pour les combattre ; il faut savoir dans le détail ce qui ne va pas pour proposer des solutions et une réforme

Regrettez-vous d’être allé dans ce Parlement ?

Non, car il faut aussi entrer dans les institutions pour les combattre ; il faut savoir dans le détail ce qui ne va pas pour proposer des solutions et une réforme. Il faudrait notamment empêcher la Commission européenne de posséder le pouvoir législatif et lui redonner son rôle premier qui est d’être le secrétariat du Conseil. Ceux qui ont le pouvoir législatif sont les États, théoriquement. Or aujourd’hui ce sont les 27 commissaires qui décident, commissaires qui par ailleurs nous sont inconnus, ou presque. L’essentiel est donc de restreindre l’Union européenne à ses domaines de compétences. Elle n’aurait jamais du pouvoir s’occuper de l’approvisionnement en vaccin, par exemple.

Mais la France ne savait pas trop le faire non plus, apparemment…

On peut très bien faire des coopérations : sans la Commission, la France serait quand même capable de travailler avec l’Allemagne ou avec l’Italie. La Hongrie pourra toujours travailler avec la Pologne, son voisin, si elle le souhaite. Après tout, une collaboration se déroule entre personnes qui ont envie de travailler ensemble.

Mais il faut laisser mourir les autres ? Les Anglais par exemple, ont fait fabriquer sur le continent leur vaccin pour leur propre approvisionnement : ne serait-ce pas le début d’une guerre de tous contre tous ?

Le but premier est de protéger d’abord les Français, et ensuite on peut aider les autres. C’est comme dans les avions avec le masque à oxygène : il faut le mettre soi-même avant d’aider l’autre. C’est du bon sens, ce n’est pas de l’égoïsme. Que ce soit en matière de vaccin ou en termes militaires : lorsque la France envoie des soldats au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane, elle ne se protège pas qu’elle-même, mais toute l’Europe aussi.

Lire aussi : Jérôme Rivière : Rive droite

Quelles seraient les compétences de base de l’UE que vous réformeriez ?

L’intérêt de la Communauté Européenne, c’était un marché unique qui nous a tous enrichis. Après, sur un certain nombre de sujets, nous devons réussir collectivement à mettre des protections à l’extérieur. Aujourd’hui, une rose qui vient du Kenya coûte moins cher que celle qui vient de Vintimille. En effet, dans ce pays, les normes écologiques et sociales sont différentes et le travail des enfants est courant. Il faut rééquilibrer la règle du jeu. Nous devons faire attention à notre planète et protéger nos enfants, mais en contrepartie de ces restrictions qui ont un coût, des barrières douanières doivent être imposées à la rose du Kenya, ce que l’Europe ne sait pas faire.

Vous siégez à la commission des Affaires étrangères sécurité et défense. Qu’imagineriez-vous pour la défense européenne ?

Rien justement. La Défense doit rester avant tout nationale, c’est l’ultime enjeu de souveraineté et il n’est pas question que l’Europe s’en occupe. Aujourd’hui, ils sont en train de nous vendre le « Fonds européen de défense » comme étant une immense avancée. Or, tout programme d’armement dans un pays a pour origine une demande de l’armée auprès du président de la République. C’est un état-major qui passe une commande. Or, qui est l’état-major européen, et pour répondre à quelle menace ? L’Allemagne n’a pas la même perception des menaces que les Français. Les Baltes sont obsédés par la menace russe tandis que je le suis plus par la menace islamiste en Afrique.

Vous êtes, je suppose, pour la sortie du commandement intégré de l’Otan. Pour quelle alternative : une organisation du point de vue européen, ou des accords bilatéraux comme avec les Anglais ?

Il faut choisir nos partenaires. Avec les Anglais, on peut avoir des partenariats industriels car nos visions sont similaires. Les Allemands aujourd’hui voient les partenariats industriels sous deux angles : un angle prédateur car ils veulent s’approprier nos savoir-faire, et un angle castrateur car leur présence au sein du programme d’armement nous empêche de les exporter. Nous devons revoir notre façon de travailler avec ce partenaire. Par ailleurs, le commandement militaire intégré de l’Otan, c’est accepter de placer des militaires français sous la tutelle des Américains, ce que je ne souhaite pas. La France ne doit pas pour autant quitter l’Otan car c’est une alliance importante qui nous permet notamment d’échanger et de créer des stratégies collectives face au problème turc.

Le « toujours plus d’immigration » conduit à toujours plus d’insécurité et de violence. On le voit dans tous les quartiers, et dernièrement à Rambouillet, théâtre d’un meurtre inqualifiable

Vous êtes souvent en contact avec les militaires français. Que pensez-vous de la tribune des généraux ?

Ils ont réagi spontanément et avec passion pour la première pétition, comme des citoyens face à l’autorité de l’État qui s’effondre. Nous partageons leur combat. Ce n’est certainement pas un appel à l’intervention militaire et j’avoue ne pas avoir compris la polémique. Je trouve la deuxième tribune bien plus sévère. Elle est rédigée plus finement avec rappel aux ministres et aux parlementaires. Je me suis senti interpellé. Et le devoir de réserve s’applique à tous les fonctionnaires, pas seulement aux militaires : j’ai trouvé injuste que les magistrats ne se voient pas rappeler leur devoir de réserve quant à leur position politique comme cela a été fait pour les militaires.

Vous avez encore trois ans de mandat, quel est votre projet ?

Mon projet essentiel est l’élection de ma candidate à l’élection présidentielle. Sa victoire me semble tout à fait probable.

Pour quelles raisons d’après vous ?

Une raison malheureuse en premier lieu : ce que nous répétons depuis le début est en train de se réaliser. Le « toujours plus d’immigration » conduit à toujours plus d’insécurité et de violence. On le voit dans tous les quartiers, et dernièrement à Rambouillet, théâtre d’un meurtre inqualifiable que cela pouvait se passer partout en France. La violence à l’encontre des policiers inquiète car si ceux-ci peuvent être agressés en plein rue, alors le simple citoyen est une proie évidente. Sur une note plus positive, la deuxième raison tient aux solutions que nous proposons. Nous ne sommes pas seulement dans la dénonciation. Quand Marine Le Pen parle, elle ne dit pas seulement « je vous l’avais dit » mais aussi « voilà ce que je vous propose de faire ». On a un programme construit en matière de justice, de lutte contre l’insécurité, sur les logements sociaux et sur la politique familiale. Nos propositions résonnent aux oreilles des Français.

Lire aussi : Marine Le Pen : « J’en appelle à l’union sacrée » 2/2

Peut-être parce qu’elle parle plus à une certaine droite qu’avant…

« Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». La défaite de 2017 nous a fait réfléchir. Nous avons bien compris que les Français considéraient l’UE comme un élément de protection et de richesse collective. De même, il y a une attente sur la politique familiale ; Marine Le Pen l’a entendu et elle le décline aujourd’hui. De nombreuses propositions concrètes ont été faites pour faciliter la création d’entreprise à la différence d’Emmanuel Macron qui parle de « start up nation » tout en contribuant au délitement de la France.

Les régionales, ça ne vous a pas tenté ?

Je préside la délégation, ça me prend du temps. J’ai été, conseiller régional, mais ce qui m’intéresse vraiment c’est la politique nationale. On ne peut pas tout faire en politique.

Tocsin, chroniques contre les liquidateurs de la France de Jérôme Rivière
La Nouvelle librairie, 212 p., 14,50 €

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