Il est loin le temps où Rivière n’était que le suppléant du doyen de l’Assemblée nationale et où Gérard Longuet le charriait : « Alors, comment va ton viager ? » (très bien, trop bien, il est mort bien longtemps après, à 99 ans !).
Beau rétablissement pour Jérôme Rivière, après une traversée du désert longue de douze ans ? Sur le plan politique, sans conteste. Élu en 2002 dans les Alpes-Maritimes, il découvre en 2006 qu’il ne sera pas réinvesti par la formation sarkozyste. Trop à droite. Il repart quand même au combat, en candidat libre. Sûr de pouvoir être réélu. Il ne se qualifie même pas pour le second tour…
Lorsque Nicolas Sarkozy tout juste élu à la tête de l’État, un Sarkozy dont il avait été – ou s’était cru – proche, était venu à la préfecture de Nice, juste avant les législatives de 2007, le préfet en personne l’avait appelé : « Monsieur le président ne souhaite pas… » L’humiliation jusqu’à la lie. « Après 2007, quand je critiquais le système, les gens disaient que j’étais aigri. Alors oui, j’avais besoin d’une revanche ».
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Rester sur une défaite n’est pas dans son tempérament, dépendre de la politique pour vivre non plus. Voilà longtemps qu’il s’est donné les moyens de « pouvoir dire merde » à qui il veut (« Je pense que Marine aime bien ça »). Sa première société, il l’a créée en 1998, après avoir été chef de cabinet-adjoint du ministre de la Défense, François Léotard. Du conseil dans le domaine de la Défense. « C’est resté ma passion. La Défense, c’est de l’investissement, c’est de la technologie, c’est de la puissance : c’est la France ! »
Bien d’autres aventures industrielles ont suivi. En 2014 par exemple, il a acquis la moitié d’une boîte qui n’avait que deux salariés et ne dépassait pas 700 000 euros de chiffre d’affaires. Cinq ans plus tard, son CA atteignait les 20 millions d’euros et elle employait 120 salariés dans toute l’Europe. « J’ai appris à lever des fonds, à développer des structures, à recruter, à monter des équipes ». Comme il l’avait fait, dans ses jeunes années, Volontaire du service national actif (VSNA), en créant le service des visas français à Boston (Massachusetts). Déjà, lorsqu’il était étudiant à l’Institut supérieur de gestion (ISG) et qu’il codirigeait l’association de l’école qui faisait office d’agence de voyages, celle-ci marchait si bien que c’est elle qui prêtait de l’argent à l’établissement !
Lorsqu’il était étudiant à l’Institut supérieur de gestion (ISG) et qu’il codirigeait l’association de l’école qui faisait office d’agence de voyages, celle-ci marchait si bien que c’est elle qui prêtait de l’argent à l’établissement !
Alors la politique, il en fait par conviction. Avec une sincérité rare dans ce milieu. Celle-là même qui lui avait fait écrire, en 2007, un cinglant ouvrage, La droite la plus repentante du monde (éd. du Rocher). Une sincérité parfois à la limite de la naïveté. Ainsi lorsque, la même année, toujours député UMP, il avait déclaré, dans un entretien à Minute, que le « mur qu’on a construit autour du Front national, en isolant six millions de Français, doit tomber, non seulement pour qu’ils soient représentés à l’Assemblée nationale mais pour qu’on puisse travailler ensemble ». Le mur n’est pas tombé alors Jérôme Rivière l’a franchi, échappant aux tirs des snipers.
Pudique, Jérôme Rivière ne se livre jamais totalement. « C’est un grand affectif, confie l’un de ses intimes, mais dans les sphères où il évolue, il ne peut pas le laisser paraître. Le mot qui le caractérise le mieux, c’est fidélité ». Paradoxal pour celui qui s’est engagé en politique à l’UDF, a suivi Alain Madelin à Démocratie libérale (DL), a été à l’UMP, est passé par le CNIP, s’est posé auprès de Philippe de Villiers dont il a dirigé la campagne pour les élections européennes de 2009 ? En apparence seulement. « Il est d’une fidélité absolue à ses idées, comme il l’est à ses amis. Il n’a jamais trahi personne, jamais lâché l’un de ses proches. Mais gare à ceux qui le trahissent ! » Rivière, qui a vu des gens qu’il croyait ses amis s’éloigner du seul fait qu’il était passé au RN, tempère : « Ça me dégage du temps… »
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Pour aller aux États-Unis, notamment, pour lesquels il s’est pris de passion à ses 17 ans. C’était à l’été 1981 et qu’elle ne fut pas sa surprise d’entendre un douanier lui demander s’il venait réclamer l’asile politique ! Mitterrand élu, quatre ministres communistes siégeaient au gouvernement… C’est là-bas que, quelques années plus tard, il a rencontré sa femme – une fille d’immigrés français qui parlait à peine français ! –, là-bas qu’étudient aujourd’hui leurs trois grands enfants, là-bas qu’il est parti assister à la fin de la campagne américaine, en espérant que God bless America et que Donald Trump soit réélu.
En 2022, il n’aura que 58 ans. Il n’en parle jamais mais on ne parierait pas qu’il ne pense jamais à revenir à l’Hôtel de Brienne. Et cette fois en patron.





