La Cour administrative d’appel de Marseille a condamné votre ville à une astreinte de 5 000 € par jour jusqu’au démontage de la crèche. Comment avez-vous réagi à cette condamnation ?
Je suis scandalisé. Et pourquoi pas un million d’euros ? Pour une commune de 16 000 habitants, 5000 € par jour, c’est surréaliste. Cette condamnation et ce montant ont choqué beaucoup de gens. En effet, une crèche provençale en Provence, cela ne fait de mal à personne. Cela rentre dans le cadre de la loi : le Conseil d’État a décidé que les expositions culturelles, artistiques et festives sont autorisées dans les mairies. Nous estimons que cette crèche est légale et bien à sa place.
Je ne comprends pas ce qu’il se passe. D’habitude, ce sont les libres-penseurs, la ligue des droits de l’Homme et là c’est carrément l’État qui nous a poursuivi. Quelques jours avant Noël, le préfet du Gard demandait la désinstallation. Le motif de cette condamnation est qu’il y a une scène de la nativité à l’intérieur de cette crèche. Sur une centaine de santons présents, ils sont gênés que se trouve Jésus, Marie, Joseph et les rois mages.
Je me souviens d’une anecdote il y a quelques années : au tribunal administratif de Nîmes, la ligue des droits de l’Homme nous poursuivait en référé pour trouble à l’ordre public. Elle estimait qu’il y avait urgence à démonter la crèche parce que quelques jours plus tard, Jésus devait apparaître dans la crèche. À l’époque, nous avions éclaté de rire mais maintenant, le Préfet nous attaque : ce n’est plus drôle mais inquiétant. Nous avons déjà eu une année compliquée avec le contexte sanitaire, et alors que Noël représente la famille, un beau moment, hors du temps et il fallait que l’État vienne gâcher ça ! Tout le monde vient voir cette crèche, quelles que soient ses croyances. Ils viennent parce qu’elle est belle et qu’elle représente la Provence, nos traditions.
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Compte tenu du contexte actuel, je suis choqué que l’État nous embête avec ça. Il devrait s’occuper de la gestion de cette crise, des masques, des tests et des vaccins. On sait son incompétence crasse pour gérer la crise, mais le gouvernement reste fort pour s’attaquer à des santons. Par contre, pour les racailles, les délinquants, ceux qui tirent à la kalachnikov dans Nîmes, à quelques kilomètres de Beaucaire, il ne se passe rien. Mais les santons sont vraiment une menace grave.
Que comptez-vous faire après ce jugement ?
On laisse la crèche jusqu’à la date initialement prévue, entre le 31 janvier et le 2 février, c’est-à-dire la chandeleur. Il est hors de question de l’enlever aujourd’hui. Ensuite, nous irons devant le conseil d’État pour contester l’ordonnance de la cour administrative d’appel et demander que l’astreinte soit levée. Enfin, nous attaquons l’État en justice pour discrimination politique.
Cette condamnation a-t-elle un rapport avec votre appartenance politique ?
J’estime que c’est en raison de mon étiquette politique que nous sommes attaqués et que nous devrions supprimer cette crèche. Je ne vois pas d’autre explication. Je ne comprends pas ce qui interdit une crèche provençale en Provence autrement. Cette crèche entre dans la jurisprudence du Conseil d’État que j’évoquais précédemment. Nous avons mis des panneaux explicatifs qui détaillent les traditions de Noël en Provence.

C’est une véritable exposition pour ceux qu’ils veulent s’informer de la manière de fêter Noël en Provence. On met aussi à l’honneur l’art des santonniers. J’ai du mal à saisir ce qui dérange, à moins qu’il y ait un problème avec les traditions. Il est vrai qu’Emmanuel Macron pendant sa campagne avait dit que les traditions lui importaient peu et qu’il n’y a pas de culture française. Je suis d’un avis contraire. Nous appelons également ceux qui sont attachés aux traditions à faire des dons au CCAF de Beaucaire. Ce n’est pas pour payer l’astreinte, ce qui est illégal. Les dons seront utilisés pour la crèche de 2021, car nous comptons bien installer une nouvelle crèche.
L’État procède-t-il, selon vous, à une laïcisation totale, voulant supprimer toute référence religieuse même si cela fait partie de l’histoire nationale ?
Je crois que l’État et ses représentants veulent supprimer toute référence religieuse en effet. Mais la crèche n’est pas exclusivement religieuse. Les personnes sont attachées à leurs traditions. Depuis le début de semaine, beaucoup de Beaucairois ont déjà fait des dons. Je souhaite bon courage à l’État pour effacer toutes les références chrétiennes en France. Il faudrait déjà supprimer le mot « saint » de tous les villages autours de Beaucaire, les calvaires, le nom de certaines rues… Le gouvernement désire peut-être éliminer une partie de notre histoire. Dans la logique d’Emmanuel Macron, que l’on soit à Pékin, Alger, Beaucaire, il faut être pareil. C’est-à-dire des mondialistes dans une société de consommation où nous devons tous être interchangeables. Je considère pour ma part que nous ne sommes pas tous interchangeable, nous avons tous une histoire, une culture, chaque pays à des particularités. Lorsque je vais au Maroc, par exemple, je suis content de goûter la cuisine marocaine, de voir les traditions locales. La crèche en France et en Provence est une tradition et j’y suis attaché. C’est l’un des devoirs du politique que de perpétuer les traditions françaises. Et l’État commet un acte grave en s’attaquant à ces traditions.





