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La Chronique des crottés : Émeric : À la technique

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Publié le

10 septembre 2019

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Nous poursuivons nos portraits de crottés avec Émeric, agriculteur-céréalier en Vendée. Sa culture est dite conventionnelle, ce que n’est pas sa personnalité. Observateur subtil, il développe sans cesse ses connaissances techniques pour s’adapter aux impératifs de la terre.

 

Quelle est votre raison de vous lever le matin ?

 

J’ai commencé à travailler avec des personnes exigeantes et passionnées, comme ouvrier agricole dans une grosse ferme picarde : 280 hectares fertiles, où le blé semé rend facilement 70 quintaux à l’hectare. Ce cadeau de notre sol de France, renouvelé chaque année, m’a fasciné ; j’y ai appris qu’en accompagnant la terre avec intelligence, elle nous rend toujours ce que nous lui donnons. Peu après, j’ai repris la ferme de mon grand- père, en Vendée, une région plus aride, qui m’oblige à être ingénieux et ouvert aux autres techniques culturales. Sur 138 hectares, j’alterne donc les cultures de blé, colza, tournesols, maïs, féveroles, pois ; et bientôt des lentilles si j’arrive à obtenir des autorisations d’irrigation.

On dosait au maximum les intrants, comme si plus on en mettait, plus ils fonctionneraient. Et je ne vous parle pas des traitements par hélicoptère.

 

Vous êtes un agriculteur des années 2000 : en quoi votre génération se différencie-t-elle de celle qui l’a précédée ?

 

Selon moi, mes prédécesseurs des années 1970 aux années 1990 ont eu la vie assez facile, dans certaines régions du moins. Ils ont bénéficié du même coup de la grande vague des produits phytosanitaires (contre lesquels les plantes n’avaient pas encore développé de résistances !), des sélections de semences qui les ont rendues plus productives, d’une PAC généreuse et de la stabilité du cours des céréales (devenu beaucoup plus volatile depuis les années 2000). Ce sentiment de facilité a pu les conduire à la démesure. À cette époque, il fallait toujours produire plus, parfois au détriment de la réflexion. On dosait au maximum les intrants, comme si plus on en mettait, plus ils fonctionneraient. Et je ne vous parle pas des traitements par hélicoptère.

 

 

Depuis 15 ans, une nouvelle école prend leur place. Cette dernière a pour but de transmere une terre en bon état. Il nous faut de toute façon nous soumettre à des normes très restrictives : d’un côté, les pouvoirs publics imposent de produire proprement en utilisant de moins en moins d’apports de synthèse (azote minéral, produits phytosanitaires…) ; de l’autre, les coopératives qui achètent nos productions appliquent les critères qualitatifs exigés dans le monde entier. Si par exemple le dosage de protéines présentes dans son blé ne convient pas, un agriculteur est forcément pénalisé. Nous jouons sur le même terrain de jeu que nos homologues allemands, ukrainiens ou australiens, mais nous n’avons pas les mêmes règles à respecter.

 

Dans ce contexte qui pousse à l’excellence, quelles sont les techniques que vous avez développées ?

 

Ne pouvant pas me permettre de dépenser des milliers d’euros en produits phytosanitaires, j’ai tâché d’en rationaliser l’usage. Par exemple, traiter la nuit, c’est appliquer le produit sur la plante au moment où celle-ci est la plus apte à le recevoir, ce qui permet de baisser la quantité de désherbant nécessaire. La préservation des abeilles et autres insectes diurnes passe aussi par une application d’insecticides à des heures bien définies. Ayant des terres assez humides, je sélectionne des variétés de blés rustiques plus adéquates. Pour autant, il faut bien prévenir cette terrible maladie qu’est pour l’homme l’ergot du blé: le fongicide est donc obligatoire, même dans la production bio, il faut le savoir ! Mon défi actuel consiste à trouver une technique qui remplacerait le gel, un précieux allié contre les maladies qui se fait de plus en plus rare avec le réchauffement climatique. Un bon agriculteur a toujours un coup d’avance !

 

Marie Dumoulin

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