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La chute de l’aigle

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Publié le

22 avril 2022

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Le dernier ouvrage de Nikola Mirkovic, essayiste et géopolitologue de nationalité franco-serbe, auteur du Martyr du Kosovo (Picollec, 2013), tente de retracer l’histoire de cet « empire caché, nation gâchée », que sont les Etats-Unis, nés sur les rivages du Nouveau Monde et devenus depuis la fin du XXe siècle une puissance globale jusqu’à très récemment encore incontestée.
Joe Biden

L’essai de Nikola Mirkovic propose au lecteur un vaste balayage historique, dans le but de démontrer qu’il convient mieux de parler d’empire au sujet de la plus puissante nation mondiale et que cet empire finira bientôt par s’effondrer, victime de ses trop grandes ambitions et d’une élite qui a dessaisi le peuple américain de sa souveraineté au profit du pouvoir financier et voudrait s’emparer désormais du monde.

Pour soutenir cette thèse, l’ouvrage laisse malheureusement et un peu trop souvent la place aux arguments d’autorité ou aux affirmations que l’on voudrait voir un peu mieux étayées par des sources, des faits ou des chiffres précis. Est-il vraiment acquis que « l’Amérique se dirige vers un écroulement généralisé » ? L’argument du déclin de l’empire américain a été repris inlassablement au cours des trente dernières années, y compris par Vladimir Poutine dont l’empire semble aujourd’hui plus menacé que celui de Joe Biden. Mais, si le voyage historique proposé par Nikola Mirkovic reste passionnant, peut-on toutefois vraiment parler d’empire au sujet des Etats-Unis ? La question se pose moins au sujet de la Russie, dont l’histoire impériale définit l’identité même de ce gigantesque trait d’union eurasiatique de 17 millions de kilomètres carrés, envahi par les Mongols, menacé par la Suède, la Pologne ou la Lituanie avant de devenir l’empire des tsars, puis des soviets.

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Mais les Etats-Unis quant à eux, ne sont pas tant un empire qu’une nation qui s’est donnée – et se donne encore – une mission universelle dont les fondements moraux reposent encore largement sur les valeurs puritaines des premiers fondateurs. Celles-ci définissent encore aujourd’hui la vision souvent manichéenne et le discours binaire entretenu par les dirigeants américains. Les Etats-Unis représentent un « empire du Bien » dont les frontières morales s’étendent bien au-delà des limites géographiques fixées par la conquête de l’ouest.

Et si les Etats-Unis ont endossé l’uniforme de gendarmes du monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi parce que le puritanisme protestant qui abhorre la guerre ne voit d’autres moyens que d’imposer la paix à toute force par les armes face à ses adversaires idéologiques, hier l’URSS, aujourd’hui la Russie ou la Chine. Croisade morale sans fin, sans cesse réactivée par la brutalité archaïque des vieux démons du despotisme asiatique.


L’Amérique empire de Nikola Mirkovic. Temporis Editions. Novembre 2021. 332p. , 20 €.

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