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La civilisation des prénoms

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Publié le

22 octobre 2021

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L’intense médiatisation d’Éric Zemmour a remis sur le devant de la scène un certain nombre de thèmes qui lui sont chers. Parmi ceux-là, un incontournable : le thème des prénoms. Quelles seraient les conséquences de sa proposition de loi, alors que la fracture civilisationnelle se fait de plus en plus ressentir ?
calendrier prénoms

Chacun se rappelle la séquence des Terriens du dimanche où Zemmour avait critiqué vertement le prénom africain de la chroniqueuse Hapsatou Sy, lui suggérant ensuite de le troquer pour Corinne ! De cet attachement aux prénoms français – un attachement somme toute bien légitime – de ce marqueur civilisationnel pourrions-nous dire, le futur candidat à l’élection présidentielle ne pouvait pas ne pas formuler une proposition politique : revenir à la loi qui était en vigueur en France jusqu’au début de l’année 1993, et qui imposait aux parents de choisir le prénom de leur enfant parmi ceux que propose le calendrier chrétien.

Une loi intéressante, me disais-je. Elle pourrait en effet, pensais-je dans mon extrême candeur, ramener les Français d’origine étrangère vers davantage d’attachement à la France, à notre civilisation chrétienne, à notre culture nationale commune, à notre « héritage reçu indivis », pour parler comme Ernest Renan. Jusqu’à ce qu’au détour d’une discussion avec Montesquieu, celui-ci ne me détrompe, de ce ton aristocratique quoique modéré qui est le sien : « Lorsqu’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois : cela paraîtrait trop tyrannique… »

Ces enfants grandiront et se construiront en n’utilisant que leur prénom allogène, de même que ces diasporas conversent entre elles dans leur langue d’origine

Interloqué, je l’interroge : qu’est-ce que cela signifie ? Que les diasporas étrangères, notamment africaines et islamiques, pourraient, à cause de ce sentiment de tyrannie, de persécution, qu’ils qualifieraient probablement de raciste et d’islamophobe, se rebeller contre la loi ? Il me répond tout de go qu’effectivement elles se rebelleraient. Par un excès de violence, probablement, mais surtout, ajouta-t-il d’un air grave, par une forme de désobéissance civile. Comment, demandai-je ? Refuseraient-elles de donner un prénom français à leurs enfants, même si la loi l’exige ? Elles le feront, répliqua-t-il aussitôt, mais elles ne l’utiliseront pas ! Elles éduqueront leurs enfants en utilisant leur second prénom, islamique, ou africain. Dans leurs conversations privées, dans la rue, au travail, au café, dans les transports, ces enfants grandiront et se construiront en n’utilisant que leur prénom allogène, de même que ces diasporas conversent entre elles dans leur langue d’origine et qu’il n’y a aucun moyen de les contraindre d’utiliser le français.

Et, lorsqu’à l’école, au cœur de ces quartiers où les diasporas extra-européennes sont ultra-majoritaires, ainsi que l’étude de France Stratégie l’a montré récemment, là où la détestation de la France est la plus amère, là où les professeurs ne peuvent plus enseigner librement sous peine de rébellion et de menaces, que feront-ils, ces professeurs, lorsqu’ils appelleront : « Philippe, au tableau ! », et que personne ne répondra ? Que feront-ils lorsque, tançant l’élève, celui-ci répondra : « Moi, Monsieur, c’est Rachid. Philippe, j’connais pas. » Que feront-ils s’il refuse d’obéir, de consentir à ce prénom qui ne signifie rien pour lui – pire, qui lui rappelle une « tyrannie » que ses parents et son entourage n’auront eu de cesse de dénoncer durant toute son enfance ?

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Que feront-ils s’il n’y a pas que Rachid qui s’obstine, mais aussi Yassine, Assia, Youcef, Nacim, Safa, Mohamed, Nizar, Nour, etc. ? Ils céderont ! car ils n’auront pas le choix… Et les autres enfants, qui eux s’appelleront Philippe, Corinne ou Éric par choix des parents, oseront-ils défier Rachid et utiliser ce prénom français qu’il abhorre, alors que même le personnel de l’Éducation nationale se soumet ? Non. Ils céderont également, car leur intégrité physique en dépendra. Et au travail, une fois adulte, que feront les Français lorsque plusieurs de leurs collègues formuleront la même demande ? Favoriseront-ils un climat de tension, voire de violence, en s’y opposant ? Quand bien même il y aurait une sanction ou une amende à la clef, les dénonceraient-ils ? Évidemment, non ! Parce que la cohésion au travail, l’indispensable cohésion, préalable à tout travail d’équipe, sera à ce prix. Parce que leur honneur sera également engagé. Voire leur sympathie, tout simplement, pour Rachid, et Assia, et Nour…

Ainsi, conclut alors Montesquieu, nous aurons une belle loi, symboliquement forte, en faveur du redressement civilisationnel de la France… mais totalement inutile !

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