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Ce régime enfantin qu’est la démocratie, enfantin parce que si simple et si jeune, subit une fois encore dans sa courte carrière les foudres de la contradiction.
Chantal Delsol et Giulio De Ligio se sont attelés à la lourde tâche d’analyser les causes de cette défaite symbolique quoique certainement provisoire – pour paraphraser Anatole France, la démocratie gouverne mal mais se défend bien. Ouvrant cette « enquête sur la démocratie », qui a l’avantage de convoquer des dizaines de penseurs et de spécialistes, français comme étrangers, Chantal Delsol en énonce clairement la maladie.
Les peuples, qui ont l’avantage du nombre, élisent des politiques dont les élites ne veulent pas
Ce qui induit, avance-t-elle, un renouvellement du sempiternel combat des platoniciens contre les aristotéliciens, les premiers conférant à « ceux qui savent » la conduite de la cité, i.e. les élites, quand les seconds croient à l’éclairage naturel de la conscience de tous, i.e. le peuple. De cette défiance mutuelle serait né le populisme contemporain, qui menace, nous dit-on, les structures représentatives et les formes délibératives de la démocratie du XXe siècle, au profit d’un gouvernement immédiat et potentiellement dévastateur du peuple.
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On peut trouver ce constat juste et longuement justifié au cours de ces mille pages, et regretter cependant que n’apparaisse jamais au grand jour la distinction – à notre sens fondamentale et nécessaire, et que Delsol esquisse pourtant dans son introduction – entre « populisme » et « illibéralisme ».
Alors que le populisme suppose un gouvernement du peuple en toutes circonstances, balayant toute morale supérieure, l’illibéralisme, du moins tel que M. Orban l’a défini s’appuie tout au contraire sur la référence à un bien commun défini par une loi naturelle, échappant par définition aux votes. Cela dit, ce livre ouvre des perspectives vertigineuses, qu’il faudra encore creuser.
Jacques de Guillebon
La Démocratie dans l’adversité
Chantal Delsol et Guilio de Ligio
Prix: 30€ aux Editions du Cerf

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