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Dans nos provinces, et particulièrement dans les métropoles, il y a de hauts lieux de racisme et de discrimination. Les médias convenus croient en parler parfois, sauf qu’ils se trompent de cibles. Un exemple frappant à Lyon.
« Je ne suis pas un journaliste de gauche, je ne dénonce jamais personne », écrivait Debord. Les journalistes du site web Médiacités ne précisent pas si cette belle phrase leur était connue, lorsqu’ils ont publié, le 21 mai dernier, un article intitulé « Les dérapages nauséabonds du Dr Freyer ». Ce réquisitoire en règle dénonce les propos « racistes, misogynes et pro-labos » que le professeur de cancérologie aurait tenus lors de cours de « Santé, société, humanité » en première année des études de Santé (PACES) à la Faculté LyonSud, dont il est par ailleurs vice-doyen. Voici les scènes formidablement choquantes que raconte le site Médiacités : « Tous les moyens sont bons comme projeter une photo du candidat queer à l’Eurovision, Bilal Hassani, assorti d’un ironique “Manque de bol, c’est un garçon !” Le médecin diffuse aussi un extrait de l’émission “Arrêt sur images” au cours duquel une personne d’apparence masculine se déclare “non-binaire” pour mieux provoquer l’hilarité de la salle et mettre en lumière ce qu’il identifie comme les “extrémités invraisemblables” de cette “idéologie du genre”. Parallèlement, Gilles Freyer défend âprement sa vision des choses. Pour “prouver” à ses étudiants que la beauté est universelle et définie biologiquement, le médecin leur propose un “petit jeu” intitulé “Marions-les !”. Quatre photos sont présentées : un homme âgé au physique peu soigné, une femme obèse et deux canons de beauté, homme et femme. “Alors, vous la marieriez avec celui-là ?” demande ironiquement Gilles Freyer en désignant tour à tour la femme mannequin et le vieil homme, puis la femme obèse et l’homme mannequin. Exclamations et protestations dégoûtées parmi les étudiants. »
Une rumeur ajoute qu’il jouerait aux fléchettes sur un portrait de Justin Trudeau.
Sainte Greta n’est pas loin (on se demande d’ailleurs quel a été le rôle du professeur Freyer dans la fonte de la banquise ces dernières années), sainte Inès Frachon et le Mediator non plus. D’ailleurs, l’amphi où ont lieu les cours a été financé par les laboratoires Boiron, qui vendent… de l’homéopathie ! Haha, l’étau se resserre ! Une rumeur ajoute qu’il jouerait aux fléchettes sur un portrait de Justin Trudeau. Les propos de Gilles Freyer sont donc (et d’emblée : ainsi, pas besoin de lire l’article en intégralité) « hallucinants », puis « nuisibles et discriminatoires ». Aucune perspective n’est fournie sur le contexte de cet enseignement (dispensé dès la PACES pour éviter que les futurs médecins et autres professionnels de santé ne soient sélectionnés que sur des disciplines de sciences « dures » ou « biologiques »). Très spontanément, et en seulement 48 heures, des web-médias lyonnais, puis l’association (nationale) des étudiants en médecine (ANEMF) rebondissent sur ces propos, et exigent (probablement au nom des pouvoirs conférés par l’utilisation d’un site web) une investigation ministérielle. On humilie des étudiants, tabernacle. On murmure aussi que Barack Obama a été averti.
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Quand la salade lyonnaise est faisandée
Ladite investigation est diligentée par le ministre en 72 heures, délai record pour saisir l’IGAENR (qui devait par ailleurs n’avoir aucun sujet aussi important à traiter, en fin d’année universitaire). L’hallali étant sonné, la solidarité entre collègues enseignants « du supérieur » peut alors jouer pleinement : saisissant leur courage à deux mains (et de la troisième la possibilité de récupérer la charge de cet enseignement ?), des sociologues médicaux relaient le message d’infamie. Puis ce sont des confrères de la faculté de Médecine qui jugent que les sujets de l’examen de fin d’année « manquent de scientificité » (il s’agit de discuter des mérites des méthodes de lecture syllabique et globale). Après tout, au diable la confraternité, il y a aussi un poste de vice-doyen en jeu. On rira aussi, au passage, du message transmis aux pédago-logues de la rue de Grenelle. Bref, tous les astres étaient alignés pour que soit érigé le bûcher du professeur Freyer, au nom des heures les plus sombres de notre histoire. Las. L’IGAENR a rendu ses conclusions fin septembre, comme le rapporte le Quotidien du Médecin le 2 octobre : dans ces 36 pages, on lit que les propos tenus « n’appellent ni saisine de la justice ni procédure disciplinaire », et ne cherchent par ailleurs « ni à humilier, ni à ridiculiser quelques étudiants que ce soit ».
Par ailleurs, « il n’est pas contestable qu’il entend discréditer le féminisme « radical » qui s’inscrirait, selon son analyse, dans le courant LGBT nord-américain ». Quant à son présumé « prosélytisme anti-euthanasie », les inspecteurs considèrent son enseignement « engagé dans le respect de l’État de droit en France ».
Médiacités, puis Mediapart enragent de concert, fin septembre. Cependant, « la mission ne perçoit, dans les cours du Pr Freyer, aucune condescendance vis-à-vis des femmes, quoiqu’il affiche une vision plutôt traditionnelle, mais non réactionnaire, de l’organisation de la société et spécifiquement des relations entre les hommes et les femmes. » Par ailleurs, « il n’est pas contestable qu’il entend discréditer le féminisme « radical » qui s’inscrirait, selon son analyse, dans le courant LGBT nord-américain ». Quant à son présumé « prosélytisme anti-euthanasie », les inspecteurs considèrent son enseignement « engagé dans le respect de l’État de droit en France ».
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La politique militante toujours plus offensive à Lyon
Malgré cette victoire du bon sens sur la vindicte militante, il demeure le goût amer du traitement de l’affaire « Eliott Savy » dans cette même capitale des Gaules en septembre. Cet étudiant de Lyon II ayant eu le mauvais goût, sur Twitter, de s’étonner du consensus indigéniste érigé en dogme (citant un cours intitulé « Politiques comparées, les États postcoloniaux », et notamment sa séance « le féminisme islamique ») dans sa filière de sciences politiques. Victime d’une campagne de harcèlement en ligne du même type, il fut également l’objet de courageux tags, nominatifs, appelant à le « grand-remplacer ». Le débat argumenté avec l’extrême gauche a donc de beaux jours devant lui.
Didier Ariel
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