Canal + ou le complotisme décomplexé

© Capture de l'émission Clique

Clément Viktorovitch illustre parfaitement la dissymétrie dans la présentation sémantique entre l’intervenant progressiste et l’intervenant conservateur : l’un est « engagé », l’autre « controversé ». L’un est un « expert », l’autre est « polémiste ». Clément Viktorovitch appartient au camp qui a toujours le beau rôle. Jusqu’au jour où son complotisme trahit son militantisme.

 

Au fond de toute vision complotiste du monde, il y a la conviction que le mal ne se partage pas, qu’il est la propriété d’un camp dont il ne sortira pas. Moins qu’une recherche débile du sens, la philosophie complotiste est celle de l’étanchéité, de la pureté, et ce catharisme moderne se déploie aussitôt qu’on oublie de penser contre soi, c’est-à-dire en réexaminant sans fin ce que l’on tient pour acquis.

Clément Viktorovitch ne procède pas autrement quand il énonce doctement dans l’émission de Mouloud Achour sur Canal + que la sortie de Graziani, sur les pauvres qui sont pauvres, et c’est bien fait, parce qu’ils sont trop cons pour faire des métiers qui permettent d’être riches, est une manigance de Marion Maréchal pour rendre l’ultra libéralisme présentable par comparaison avec le darwinisme social prôné par Julie Graziani.

 

 

Pour ce faire, il utilise prétentieusement le concept de fenêtre d’Overton comme si celui-ci était reproductible à dessein, lors qu’il ne fait que décrire un processus que l’on peut résumer ainsi qu’Overton le fait, mais qui n’est effectif qu’en tant qu’allégorie, et jamais en tant que stratégie politique pour la raison que sa mise en place nécessiterait une maîtrise totale de la sphère publique. Peu importe cependant à notre ami, il a démasqué ce qu’il savait déjà : nous c’est le mal, et le mal ne peut être que le mal dans sa forme la plus pure donc intentionnelle.

S’il nous venait l’envie de salir Viktorovtich comme il nous salit nous pourrions lui dire qu’un négationniste fonctionne à l’identique : il se contente de ressasser sa doxa qu’il décore des parures de la critique pour aboutir, dans un mouvement de pensée parfaitement circulaire, à ce qu’il a décidé en amont être la vérité, avant même de s’être intéressé aux faits, aux sources, aux témoignages, et de disposer de la méthodologie nécessaire à toute espèce d’investigation historique. Peu lui importe d’ailleurs de découvrir quelque chose puisqu’il sait déjà que tout cela n’est qu’une escroquerie. Il n’est ni historien, ni spécialiste de quoi que ce soit, mais un pur idéologue, avec tout ce que cela comporte de refus du réel et de mauvaise foi.

 

Lire aussi : La cause des pauvres

 

Quiconque lit L’Incorrect avec un brin d’honnêteté sait que le libéralisme est loin de recevoir les suffrages unanimes de la rédaction, et que la forme que prend celui dont Julie Graziani s’est fait la porte-parole lors de l’émission de Pujadas, provoque, pour le coup, un dégoût quant à lui unanime chez nous. Quiconque regarde le déroulé de l’affaire avec un peu de recul, au moment où Viktorovitch dénonce le diable à l’œuvre, suspend son jugement, qu’il nous aime ou bien qu’il nous déteste, parce qu’il exerce sa raison et qu’à cet instant elle commande la circonspection.

 

S’il nous venait l’envie de salir Viktorovtich comme il nous salit nous pourrions lui dire qu’un négationniste fonctionne à l’identique : il se contente de ressasser sa doxa qu’il décore des parures de la critique pour aboutir, dans un mouvement de pensée parfaitement circulaire, à ce qu’il a décidé en amont être la vérité, avant même de s’être intéressé aux faits, aux sources, aux témoignages, et de disposer de la méthodologie nécessaire à toute espèce d’investigation historique.

 

Mais la raison intéresse modérément Clément qui sait pour sa part qui est le mal, puisque lui est le Bien, impollu, parfait, intelligent forcément, et toujours soucieux de conforter ce qu’il sait déjà en décelant dans chaque événements de quoi conforter sa lubie. Las, Julie Graziani a été renvoyée de L’Incorrect, laquelle a dit, sur le plateau de Morandini, tout le mal qu’elle pensait de nous, du Rassemblement National et on imagine, par extension, de Marion Maréchal ce qui infirme largement les propos de Clément Viktorovitch, idéologue finalement avec tout ce que cela comporte de refus du réel et de mauvaise foi.

À lui de voir désormais s’il saura se fendre d’un mea culpa, parce qu’après tout chacun a le droit d’être bête, ou si la vérité lui importe aussi peu qu’à n’importe quel complotiste, parce qu’il n’est pas là pour ça, mais pour dénoncer un bouc émissaire à l’origine de tous les malheurs du monde.

 

Rémi Lélian

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remi@lincorrect.org

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