Un artiste devenu universitaire, la chose aurait de quoi surprendre en France où le cloisonnement et la spécialisation sont un indépassable. Et pourtant, du désordre général de l’université américaine, James Matthew Wilson a pu tirer profit pour investir les champs de la connaissance qui l’attirait : l’art et la politique, la métaphysique et la théologie.
Une conception large de l’intellectuel qu’il tire d’une lecture assidue de Jacques Maritain, l’un de ses grands inspirateurs : la philosophie n’est pas pour lui une discipline, mais une manière d’appréhender la vie. Originaire du Michigan, fils d’un professeur de biochimie et de neuroscience, James Matthew Wilson a donc débuté poète (le « nouveau formalisme »), avant de devenir professeur d’humanités à l’université de Villanova.
Ce cheminement vers la métaphysique, il le doit à son souci intime du Beau, qui en fit naturellement un conservateur. « C’est à travers le ravissement pour la forme poétique que j’en suis venu à apprécier le bon ordre de la politique, de la nature et de la révélation divine » nous confie-t-il, en thomiste. Ce qui l’interroge au fond, ce sont les liens intimes qui unissent Beauté et Vérité, méditations qu’il couche dans The Vision of the soul (2017). « La vérité dans sa plénitude est elle-même l’irradiation de la beauté. Elle se tient derrière la vérité comme le fondement même de l’être ».
Pour le dire autrement, si l’homme est un animal politique appelé, de par sa nature, à penser et à s’émerveiller, c’est qu’avant même cet émerveillement, et en tant que condition de celui-ci, le monde était formellement merveilleux. Plus que par simple utilité, la vérité vaut donc par la splendeur de ses formes, et mérite d’être poursuivie pour cela seul.
Défense profonde et élégante de la tradition occidentale, puisant chez Platon et dans les évangiles, l’essai « propulsera sans aucun doute Wilson au premier rang des intellectuels publics conservateurs » juge Rod Dreher, conquis. Lecteur parmi d’autres de Gilson, de Lubac et de MacIntyre, auteur déjà d’une dizaine d’ouvrages très divers, Wilson a depuis fondé un programme d’écriture créative pour cultiver un milieu littéraire américain nourri à la tradition catholique. Du désordre moderne, ce père de cinq enfants considère qu’il est une immense confusion sur les fins : « Nous sentons tous que nous sommes en pèlerinage ici-bas ; c’est la destination qui est en cause ». Et à la fin des fins, c’est Jésus qui gagne.





