François Hourmant signe un essai réussi sur un sujet trop peu traité, et pour ainsi dire tabou : l’importance du physique (beauté, corps, apparence) en politique – et plus encore à l’ère électorale, et surtout à l’heure médiatique – importance que le politologue analyse depuis ses enjeux jusqu’à ses effets, en déclinant les usages d’hier et d’aujourd’hui. C’est que le physique participe activement au « miracle permanent de la transsubstantiation d’un individu en monarque ». Pour faire court, l’homme politique est devenu un véritable entrepreneur esthétique – non sans rapport avec le culte néolibéral de la performance – ; la beauté opère ainsi une discrimination souterraine entre les candidats, favorisant les personnalités narcissiques en quête d’estime de soi ; elle participe surtout à leur élection par un effet de halo, puisque lui est associé tout un tas d’autres qualités telles l’intelligence et l’honnêteté. Ajoutons que le poids du critère varie selon le pays et le mode de scrutin ; le sexe, l’appartenance politique et le degré de politisation du votant.
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En décrivant une peopolisation effrayante, cet ouvrage égratigne encore un peu le mythe démocratique de l’électeur – rationnel qui s’informe et opère des choix en vue du bien commun; disons aussi qu’il charrie une forte charge réactionnaire en nous rappelant à quel point le Prince – ce père de la grande famille nationale – doit incarner physiquement la totalité organique du peuple, et qu’en cela son corps est social, car véritable thermomètre de l’image qu’une nation se donne d’elle-même.

PUF, 304 p., 22 €





