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La remigration est bien catholique

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Publié le

16 juin 2020

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Le christianisme est bien évidemment complexe dans ses dogmes, mais aussi et encore dans ses implications sociales et politiques, et hélas ses ouailles paresseuses autant que l’observateur non averti peinent de plus en plus, à mesure le temps passe et que la modernité simplifie tout par inculture, à en entendre la réelle articulation.

 

Ainsi, de même que dès vous essaierez d’infuser de la morale dans la politique, le chaland vous hurlera de ne pas faire de politique alors, si vous évoquez la double subordination des fins, celle de la personne au bien commun et réciproquement et essayez d’en débrouiller l’écheveau, aussitôt vous perdez votre lecteur ou votre auditeur.

 

Pourtant, le nœud du rapport chrétien au politique est précisément situé ici, et une grave question comme celle de la remigration en relève éminemment. Du droit que l’on fera ou à la personne humaine ou à la communauté selon les circonstances découlera l’orientation des politiques migratoires. Dans cette subordination des fins, c’est la personne qui gagne, valant plus que la communauté, mais pour ce que son salut éternel est individuel.

 

Dans le mode temporel, même si le catholicisme tient qu’il ne vaut jamais qu’un seul homme meure plutôt que tout un peuple, des droits sont accordés à la communauté, non pour elle-même, mais pour ce qu’elle est le lieu où va s’épanouir la personne précisément, et que le zoon humain reste toujours politikon.

 

Dans le mode temporel, même si le catholicisme tient qu’il ne vaut jamais qu’un seul homme meure plutôt que tout un peuple, des droits sont accordés à la communauté, non pour elle-même, mais pour ce qu’elle est le lieu où va s’épanouir la personne précisément, et que le zoon humain reste toujours politikon. Aussi s’il n’est pas permis de sacrifier des hommes sur l’autel de la patrie, fors cas de guerre, il n’est pas permis non plus de détruire l’équilibre de la nation, voire la nation elle-même à la fin, sur l’autel de la satisfaction de droits non réellement prouvés, en dehors du droit d’asile. Cela se prouve par les différentes déclarations du magistère, à des degrés divers, sur la question.

 

Depuis 1952 et Pie XII, les Papes se sont souvent exprimés sur les « migrations », et logiquement puisque cette deuxième partie du siècle a été violemment confrontée au phénomène : l’Église, par leur bouche, commence par rappeler avec raison des vérités premières comme le fait que « tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toutes circonstances » (Benoît XVI, encyclique Caritas in veritate, n° 62). Mais contrairement à ce que croit ou fait semblant de croire une certaine partie des fdèles catholiques et parfois de leurs pasteurs, le « migrant » (notion qui reste à définir) n’est pas pourvu illico de tous les droits, et son cas demeure soumis à de nombreuses conditions.

 

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Le Catéchisme de l’Église Catholique, à son article 2241, résume cela clairement : « Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges ». Reconnaissance, obéissance et contribution, qui, on l’admettra sans peine, manquent grandement chez une partie de nos immigrés récents, dont on ne voit que trop combien ils se moquent de nos mœurs, de nos lois et même de notre âme française.

 

Benoît XVI appuyait un peu plus cette idée dans son message pour la 99e journée mondiale des migrants et des réfugiés en 2013 : « Le chemin d’intégration comprend des droits et des devoirs, une attention et un soin envers les migrants pour qu’ils aient une vie digne, mais aussi, de la part des migrants, une attention aux valeurs qu’offre la société où ils s’insèrent ».

 

Deux ans auparavant, à l’occasion de la même journée, il précisait déjà que « les États ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières, en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine », ajoutant qu’« en outre, les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale » (97e journée mondiale des migrants et des réfugiés, 2011).

 

Ceci démontrant déjà que s’il existe un droit à émigrer, il connaît de fortes limites qui relèvent de la prudence des nations, et particulièrement des États qui accueillent

 

Ceci démontrant déjà que s’il existe un droit à émigrer, il connaît de fortes limites qui relèvent de la prudence des nations, et particulièrement des États qui accueillent ; ceci brisant déjà le mythe d’un mouvement giratoire perpétuel des êtres humains sur la terre comme si aucune limite n’existait, ou qu’elles pouvaient être rompues, enfreintes à toute occasion. Déjà Pie XII, père de la doctrine en la matière, en posait les bases : « La domination de chaque nation, bien qu’elle doive être respectée, ne peut être exagérée au point que, si un endroit quelconque de la terre permet de faire vivre un grand nombre d’hommes, on n’en interdira, pour des motifs insuffisants et pour des causes non justifiées, l’accès à des étrangers nécessiteux et honnêtes, sauf s’il existe des motifs d’utilité publique, à peser avec le plus grand scrupule » [nous soulignons] (Constitution apostolique Exsul familia Nazarethana, 1er août 1952). François lui-même, quoiqu’il n’en soit pas coutumier, rappelait en 2013, à la suite de Benoît XVI, qu’il convient de « sauvegarder les exigences et les droits des personnes et des familles émigrées et, en même temps, ceux des sociétés où arrivent ces mêmes émigrés ».

 

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Mais plus loin que ces réflexions toutes en prudence, les Papes ont édicté autre chose : le droit à ne pas émigrer. Benoit XVI évoquant chez les migrants « les blessures du déracinement et du détachement, avec au fond l’espérance d’un futur retour vers leur terre d’origine » (99e journée), affirmait qu’« avant même le droit d’émigrer, il faut réaffirmer le droit de ne pas émigrer, c’est-à-dire d’être en condition de demeurer sur sa propre terre », répétant avec le Bienheureux Jean-Paul II que « le droit primordial de l’homme est de vivre dans sa patrie : droit qui ne devient toutefois effectif que si l’on tient constamment sous contrôle les facteurs qui poussent à l’émigration » (Discours au IVe Congrès mondial des Migrations, 1998) » (ibid.)

 

Il devient naturel d’envisager la remigration, dans des conditions humaines et sans oblitérer la personne et ses droits, mais au nom du bien commun.

 

D’où le Pape allemand déduit qu’« une gestion régulée des flux migratoires, qui ne peut se réduire à la fermeture hermétique des frontières, au renforcement des sanctions contre les personnes en situation irrégulière et à l’adoption de mesures visant à décourager les nouvelles entrées, pourrait au moins limiter pour de nombreux migrants les dangers de devenir victimes des trafics ». Invitation à développer une politique internationale de fixation des peuples sur leurs terres, en les rendant vivables, économiquement et politiquement.

 

Ce souci du sort du migrant recoupe celui qu’en avait Jean-Paul II, qui toujours faisait l’éloge des nations: dans son encyclique Laborem Exercens en 1981, le Polonais écrit que l’émigration est « en des circonstances déterminées, ce que l’on appelle un mal nécessaire », mais donc un mal puisque, comme le soulignait déjà Léon XIII, « personne, en effet, ne consentirait à échanger contre une région étrangère sa patrie et sa terre natale, s’il y trouvait les moyens de mener une vie plus tolérable ». Ce droit de chacun de pouvoir vivre son pays dans la paix fut rappelé à de nombreuses par les différents papes. Et Jean-Paul II de conclure dans la même encyclique qu’il s’agit d’« une perte pour le pays d’où on émigre », puisque « vient à manquer un sujet du travail qui, par l’effort de sa pensée ou de ses mains, pourrait contribuer à l’augmentation du bien commun dans son pays ».

 

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Si l’on ajoute à ce mal subi par le pays de départ celui qu’éprouve le pays d’arrivée, Benoît XVI encore une fois rappelant l’importance pour les pays européens de « revendiquer avec détermination le respect de sa propre histoire et sa propre identité religieuse et culturelle », il devient naturel d’envisager la remigration, dans des conditions humaines et sans oblitérer la personne et ses droits, mais au nom du bien commun. Reste à en élaborer les contours.

 

 

Jacques de Guillebon

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