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La symétrie de la peur

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© CDC – Unsplash

Tout le monde a peur. Chacun d’entre nous s’en arrange comme il peut, soit par le déni, soit par la crainte d’une apocalypse à laquelle il faudrait se préparer. À l’heure du confinement généralisé en France, de la distance sociale, et de la mort qui frappe, la peur commande à la fois notre instinct et notre raison laquelle, choisissant d’y céder ou non, le conforte ou l’infirme. Ce n’est ni bien ni mal, c’est ainsi, seuls sont sereins les rares qui peuvent évaluer et connaître, qui peuvent prédire ce qui va arriver et qui se souviennent du passé – Dieu seul en fait, dans son immense solitude, ne connaît pas la peur.

 

 

 

Pour nous, c’est une autre affaire, déjetés hors de son giron, parce que pour nous, pour le dire comme Nietzsche qui lui-même faisait référence à Hegel, Dieu est mort: nous ne connaissons plus rien, ni l’avenir ni le passé non plus; sans connaissance aucune, pas même celle de notre ignorance, nous nous tenons devant l’événement qui provient comme devant une toile trop grande pour que nous puissions en comprendre le dessin; untel scrute un détail pour se rassurer, mais son voisin en observe un autre qui l’affole, c’est que l’instinct chez l’homme commande le sens, et que du haut de notre seule hauteur il n’existe pas de faits, seulement des interprétations !

 

Lire aussi : LITURGIE DE LA PESTE

 

Le confinement, l’ambiance Walking Dead à bas bruit, que nous imposent tout à la fois la maladie et l’incompétence de nos dirigeants nous offre l’occasion de méditer sur cette peur qui peut prendre la forme du déni comme celle de la prophétie auto-réalisatrice et qui à la fin nous donne la mesure du chaos du monde. Car la peur n’est jamais rien d’autre que le sens qui se reconquiert, et qui se débusque tant bien que mal. Elle est aussi condamnée à ne donner rien d’autre qu’elle, elle est, comme la religion pour Nietzsche, une maladie des yeux qu’on ne réfute pas. Dès lors, elle s’affronte au sens qu’elle veut découvrir, sans se soucier plus jamais de la vérité, devenue connexe et bien en peine de satisfaire notre volonté de puissance, synthétisée dans les deux attitudes contradictoires, et pourtant similaires, de ceux qui emplissaient les parcs à l’aube de la quarantaine et de ceux qui se calfeutrent depuis deux mois déjà. Il s’agit de s’inquiéter ou de se rassurer, rien d’autre…

On jugera alors, après coup, parmi nos médecins et nos politiques, ceux qui auront eu le courage d’agir sans se laisser vaincre par ce qu’ils croyaient craindre ou ne pas craindre.

On aurait tort de reprocher au commun des mortels ce genre d’attitude, car le troupeau dont nous sommes ne sait rien faire d’autre que de céder à la peur en s’y livrant ou en la conjurant, mais il n’y a pas en matière de crise, d’équilibre de la peur, ni de juste milieu : sont dignes seulement ceux qui agissent et qui posent un acte, c’est-à-dire ceux qui se placent au-delà de la crainte dans la perspective de l’action. On jugera alors, après coup, parmi nos médecins et nos politiques, ceux qui auront eu le courage d’agir sans se laisser vaincre par ce qu’ils croyaient craindre ou ne pas craindre.

 

 

 

Rémi Lélian

 

 

NIETZSCHE Guillaume Tonning Le Cerf 186 p. – 14 €

 

 

 

 

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