Figure centrale du courant communautarien, Michael Sandel déconstruit dans ce nouvel essai, et de manière implacable, l’idéal méritocratique en tant qu’il est ressort de l’individualisme libéral et donc d’un chacun pour soi des plus cruels. De la supposée aristocratie des mérites, le philosophe met en lumière les hypocrisies – aléatoirité des talents intrinsèques, tendances sociologiques lourdes, importance du sort – et les conséquences sociales néfastes – hubris méritocratique des vainqueurs et humiliation rancunière des vaincus. En définitive, dans un monde dénué d’humilité, l’American dream rend impossible le bien commun et explique la colère trumpiste des dégradés.
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Pour répondre à cette crise plus sociale et morale que matérielle, l’aristotélicien propose, avec raison, de décorréler valeur de l’individu et marché par une réaffirmation de la dignité de tout travail, d’une éthique de la bienveillance et de la notion de dette sociale. Excellant encore par sa généalogie théologique de la grâce méritocratique ou par sa cartographie des oppositions entre écoles libérales, l’Américain perd ailleurs en fluidité par sur-pédagogisme, longueurs et répétitions. Plus regrettable surtout, Sandel n’ébauche pas une critique de la mobilité sociale en tant que telle au nom de l’enracinement, et tait la part juste de déterminisme, car pour qui d’autres que leurs progénitures travaillent les parents dans une société constituée ? « Droit social des pères à se survivre dans leurs enfants », rappelait René de La Tour du Pin.

Albin Michel, 384 p., 22,90 €





