Spécialiste du XIXe siècle, Éric Anceau signe une synthèse érudite et ultraréférencée sur la laïcité française, « de l’Antiquité au temps présent » ainsi que l’indique le sous-titre. C’est qu’il faut passer par l’histoire au temps long pour en saisir la teneur, ce que l’historien réussit avec brio et dont il tire, au-delà de deux invariants (indépendance de l’État et liberté de conscience), l’existence de toute une gamme de sensibilités dont la loi de 1905 sera le point d’équilibre libéral. Sa thèse est la suivante : technique de concorde civile mise en œuvre par l’État pour « faire nation » et lutter contre les influences indues, la laïcité française n’est en rien hostile au fait religieux et s’applique dans les faits avec une certaine latitude (calendrier chrétien, titres religieux du président, Concordat) – ce à quoi l’on répondra tout de même qu’il a produit un athéisme social sans précédent, avec les conséquences que l’on sait.
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Si l’auteur croit en sa possible compatibilité avec la laïcité, l’islam vient depuis menacer cet équilibre et a provoqué en réaction une extension inédite du domaine de la laïcité, au point de privatiser toute expression spirituelle – sans distinction entre religions. En dernière instance, la loi ne pourra pas tout concède l’historien (refus de saluer l’autre sexe par exemple) – preuve que la question n’est pas tant juridique que civilisationnelle, que c’est au nom de ce que nous sommes substantiellement que l’islamisation doit être endiguée, ce que le libéralisme, cette technique de neutralisation des conflits, ne peut ni voir ni faire.






