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Laissez les morts déterrer les morts

Oignez vilain, il vous poindra, avertissait le sage Ancien Régime. Libérez les masses de leur servitude, elles vous réduiront bientôt en esclavage. En vérité, rien de neuf, il y plus de deux cents ans, la première révolution, la française, la nôtre, avait déjà démontré combien à renverser un ordre, même pour partie injuste, on courait le risque de la violence sans but, de la libération des chaos mimétiques que René Girard a si bien décrits, après le pressentiment qu’en avait de Maistre ; deux cents ans de révolution comme processus, comme idéologie, ont semé le meurtre, le sang, l’horreur, le saccage, la sédition, le massacre, et l’extermination, culminant dans le stalinisme et l’hitlérisme.

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Malgré 1948 et sa déclaration des droits de l’homme, l’instinct satanique qui monte le frère contre le frère au nom de la libération, s’il avait quitté provisoirement les rivages du monde occidental, saccageant à leur tour toutes les Asie, Amérique du sud et Afrique, n’a jamais déserté le monde. Il nous revient aujourd’hui comme un boomerang, comme une seconde vague de virus.

Ils ne vont pas seulement déboulonner des statues (ces objets qu’ils prennent pour des totems anciens) : demain, ils iront déterrer les morts.

Ceux que nous avons libérés hier, ceux même à qui nous n’avons jamais rien fait, jamais connus, viennent nous chercher des noises et réclamer des comptes. Quels comptes? On ne le saura jamais; on sait seulement qu’ils ont envie d’être des victimes et qu’on a une putain de sale gueule de coupables.

L’avons-nous bien mérité? Pas vraiment. D’abord, parce que, répétons-le pour la millième fois nul ne mérite ni n’hérite des péchés de ses pères; ensuite, simplement parce que dans ce processus sont inextricablement emmêlés bien et mal – comme toujours dira-t-on en première lecture, mais non, parce que l’universalisme qu’a répandu le christianisme n’étant pas seulement un bien, mais un sur-bien, si l’on ose dire, le mal qui lui a répondu est aussi devenu un sur-mal: l’enjeu est donc supérieur, il s’agit de dire qui a le droit de vivre et qui ne l’a pas. Inouï renversement mimétique puisque c’était de cette domination que l’universalisme romain (dans les deux sens de Rome) nous avait délivrés. Qui veut faire une victime l’accusera d’abord d’avoir fait elles-mêmes des victimes. C’est le secret de ce renversement.

En témoigne la soudaine passion d’histoire qui saisit nos contemporains: trouver les racines du mal semble la dernière libido de ces prétendus progressistes. Leurs regards sont entièrement tournés vers le passé et l’histoire que nous avions inventée, nous autres chrétiens, comme science des événements, devient la matière de notre condamnation. Ils ne vont pas seulement déboulonner des statues (ces objets qu’ils prennent pour des totems anciens) : demain, ils iront déterrer les morts. Pas la peine d’être grand clerc pour le savoir, encore une fois la révolution française y avait déjà procédé. Tout grand homme sera exhumé, exhibé en place publique pour un vaudou collectif, souillé et jeté au mieux en fosse commune. Ce sera le grand sabbat des sorcières, la transe absolue, le déchaînement luciférien, le Walking Dead général.

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Face à cet immense, terrible et grotesque tourniquet de l’histoire, où les enfants de rien entendent nous condamner éternellement pour avoir inventé le temps, il n’y a bien entendu pas à reculer. Plus, il n’y a surtout rien à lâcher, à ne pas reculer d’un pouce, à ne pas céder d’une lance comme dit l’enfant Vivien dans la chanson de Guillaume. Ils nous traiteront de tous les noms, nous saliront, tenteront de nous effacer. Mais ils ne savent pas qui nous sommes et c’est pourquoi ils perdront. Parce que ce nous que nous employons n’est pas l’homme-blanc-dominateur on ne sait quoi: ce nous est celui qui rassemble tous les êtres humains réellement libérés, par le christianisme couplé à la raison. Ce nous englobe autant le paroissien de la mission du Congo que la vieille annamite marmottant ses prières, autant le Russe à longue barbe que l’Alakaluf raspaillen. Ce nous est le nom des vivants, qui n’enterrent ni ne déterrent leurs morts, mais sont le témoin conscient d’une longue succession de sauvés.

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