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Langues régionales : le paradoxe breton

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Publié le

30 juillet 2021

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Breton à l’ouest et gallo à l’est : la Bretagne est linguistiquement divisée en deux entités. Les partisans du gallo tentent actuellement de répondre à l’offensive du breton qui s’est répandu sur l’ensemble du territoire, bien aidé en cela par le revival celtique.
bretagne

Sujet explosif en Bretagne : les langues ! Car linguistiquement, la Bretagne est double. À l’est, c’est la « Haute-Bretagne », le royaume du gallo, une langue romane d’oïl. À l’ouest, c’est la « Basse-Bretagne », l’empire du breton, une langue celtique. Jusqu’à la dernière guerre, le français n’était vraiment parlé que dans les villes.

Double aliénation

Or, depuis le « revival celtique » des années 70, le destin du breton s’est confondu avec celui de la Bretagne tout entière. « Escroquerie intellectuelle ! » nous confie un acteur du dossier. Car l’ancienne langue des ploucs est devenue tendance et a réussi à gagner du terrain à l’est. « Le militantisme breton a joué à fond sur le celtisme. La France est de culture gréco-latine ? La Bretagne doit être celtique ! La France se veut un état unilingue et uniculturel ? La Bretagne doit être de même ! Nous avons aussi nos jacobins locaux », affirme-t-il, goguenard.

La langue mérite cet engouement : une imposante littérature est née, un énorme travail de terminologie a été mené, le breton sait tout dire et a créé son propre univers médiatique, digital et éducatif.

D’où le développement des écoles bilingues ou immersives Diwan à l’ouest de la Bretagne mais aussi à l’est… où le breton n’a jamais été parlé ! « C’est une perversion de l’idée de départ : redonner la fierté de leur langue aux Bretons. Mais la langue n’a jamais été la même à Quimper et à Ancenis ! Des écoles en breton à Roscoff c’est formidable et ça fait sens, mais à Vitré ? Pour les Gallos, c’est une double aliénation : ils sont censés redécouvrir une langue qui n’est même pas la leur ». Ce qui n’empêche pas l’ouverture régulière de nouvelles classes et de nouvelles écoles en plein pays gallo. Car le breton est en vogue ! Et la langue mérite cet engouement : une imposante littérature est née, un énorme travail de terminologie a été mené, le breton sait tout dire et a créé son propre univers médiatique, digital et éducatif.

La langue a pris une telle place qu’elle est même devenue un secteur d’emploi à part entière. Reste le plafond de verre du monde économique. « Aujourd’hui, vous parlez breton, vous pouvez trouver un travail mais… dans le secteur de l’éducation. Ailleurs, la langue bretonne n’est pas encore une valeur ajoutée sur un CV. Et la pratique a du mal à sortir du cadre scolaire, même si c’est de moins en moins vrai ». La puissante association Produit en Bretagne peine toujours à jouer un rôle moteur dans la mise en place d’une économie en breton.

Le retour au galop

« Soyons clair, les premiers responsables du retard du gallo sont les militants gallos eux-mêmes. Le gallo s’est enfoncé dans l’impasse du folklore », nous confie-t-on. Mais aujourd’hui, une nouvelle génération de militants est apparue et a changé la donne. « Ils ont pris la voie des « grandes » langues régionales en investissant l’école, la littérature, l’adaptation à la société moderne. Mais ils ont lutté le dos au mur pendant 20 ans ! » Le travail a cependant fini par payer : une bonne trentaine de mairies ont installé une signalétique en gallo. Et surtout la langue a pénétré le monde de l’école en proposant un volume horaire modeste (15 minutes par jour) mais qui a vocation à évoluer.

Lire aussi : Langues régionales : le provençal, Mistral perdant

Au-delà des crispations militantes et même des réalités historiques, les temps actuels sont à la « synthèse ». Notre spécialiste de la question confirme : « Le breton progresse en Haute-Bretagne, mais le gallo progresse aussi et trouve même quelques ancrages en Basse-Bretagne. En fait, beaucoup de jeunes Bretons trouvent aujourd’hui plus logique de défendre les deux langues. Le terme « Langues de Bretagne » est apparu et satisfait tout le monde. Le gallo devrait trouver sa voie sans pour autant être un obstacle pour le développement du breton, notamment à Rennes et Nantes là où vit une grosse partie de la population bretonne et où on commence à entendre du breton dans les rues ».

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