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L’athazagoraphobie est-elle de droite ?

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Publié le

3 juin 2019

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Comme on me faisait remarquer une fois encore que je ne m’emparais assez des vrais sujets (le Destin, la Gloire, la Beauté, le Vrai, que sais-je ? de Gaulle), j’ai décidé de chanter l’athazagoraphobie. C’est la peur d’être oublié de ses proches, de ses amis, de ses pairs.

 

 

Cosmopolitan.fr et Gentside.com en parlent avec effroi. C’est un sujet considérable. C’est un mal urbain et contemporain réservé aux gens connectés. Ils n’en meurent pas tous mais tous en sont frappés. On pressent que le hobereau en voie de déclassement qui récolte ses cornouilles pour en faire des confitures – son grand-père façonnait sans doute des cannes en cornouiller – le catholique au capital social symbolique rogné et l’amatrice de Jacques Perret qui flâne le long de la Seine en sont épargnés.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Frère humain qui est avec nous

 

Pourquoi? Parce qu’ils ne cherchent pas la vaine gloire, parce qu’ils ne sollicitent pas l’admiration de leurs proches, de leurs amis et de leurs pairs, parce qu’ils ne mesurent pas leur valeur à la reconnaissance des contemporains. Pour la plupart d’entre eux, ils ont pris l’habitude d’avoir le front frotté de cendres une fois par an et de fouiller dans les bibliothèques oubliées des maisons où ils passent, d’où resurgissent les gravures des contes de Nodier, un mémento pour Tante Aglaé et un prospectus des Postes vantant les appels internationaux. Ils savent que tout finit par être poussière et que même les rocs finissent par s’évanouir. Oui, les rocs s’effritent, et les poutres les plus formidables s’embrasent, et les toits les mieux assis s’effondrent, et les civilisations sont mortelles. Les cathédrales flambent et s’écroulent, l’eucharistie demeure. C’est pour ça que les gens de droite ne portent pas de ticheurte Che Guevara et ne hurlent pas No Pasaran ! dans la tentative désespérée d’inventer une mythologie contemporaine, obsolète à peine formulée, aux liturgies absconses à peine réglées. Les gens de droite se passent de signes de reconnaissance fébrilement jetés au vent des réseaux sociaux, et de flèches qui cristallisent les enjeux de l’époque. Les gens de droite n’ont pas peur d’être oubliés de leurs pairs car tous sont leurs pairs, du Président qui passe au clochard qui reste.

 

Lire aussi : Henri Guaino : « quand on fait trop souffrir les gens en abîmant leur vie, on a toujours la violence au bout. »

 

Parfois leurs proches les oublient, mais ils ne les oublient pas. Parfois les amis passent, que le vent emporte, mais il est d’autres amis qui ne passent pas : le nom des arbres, le chemin vers Chartres, le bruit des feuilles qu’on écrase dans la forêt, l’odeur de paille des églises vides, en mai. Nous en avons vu, des palais qui flambent, des églises ravagées et des peuples anéantis (car pour les gens de droite, tout ce qui fut est) – et nous les avons rangés avec nos amis. Nous avons bâti nos cathédrales au cœur de l’homme et nous les avons peuplées de grandes figures et de l’immense piétaille et du sentiment que tout continue. Il nous suffit de prêter attention pour que la cohorte de tous ceux qui étaient et la promesse de tous ceux qui sont à venir nous remplissent de la calme certitude de n’être pas seuls – sans même parler de Celui qui nous accompagne. L’athazagoraphobie n’est donc pas de droite.

 

 

Par Richard de Seze

 

 

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