Henri Guaino : « quand on fait trop souffrir les gens en abîmant leur vie, on a toujours la violence au bout. »

© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

 

Ancien député LR et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino a décidé de se mettre en retrait de la vie politique en 2017 suite à sa défaite aux élections législatives. Mais il reste un observateur avisé de la vie politique et s’inquiète de l’avenir de son parti Les Républicains. Tour d’horizon en quelques réponses accordées à L’Incorrect.

 

 

 

Qui est le vainqueur de ces élections ? Le RN ou Macron ?

 

D’une certaine façon, les deux. Le rassemblement national a gagné. Il arrive premier et il améliore en pourcentage son score du premier tour de la présidentielle. Emmanuel Macron a transformé ces élections en plébiscite. Il l’a perdu. Il a perdu aussi une bonne partie de ses électeurs du premier tour de l’élection présidentielle.

 

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Mais il n’a pas tout perdu : en contrepartie il a siphonné une bonne partie de ce qui restait de l’électorat des Républicains, ce qui donne à son parti une base sociologique et idéologique plus cohérente. À moins de 23 %, la fin du mandat sera plus difficile. Mais en vue de la présidentielle de 2022, ces résultats confortent pour l’instant sa stratégie de la bipolarisation sur laquelle il compte pour être réélu.

 

 

Le score des Verts est-il purement circonstanciel ou le signe que l’écologie politique est en train de devenir un messianisme politique?

 

Là encore, les deux. Il y a un aspect circonstanciel qui tient à l’offre politique, en France, comme ailleurs en Europe, devant laquelle, pour un certain nombre de gens, l’écologie est la réponse commode à la question : « Comment contester l’organisation actuelle de la société, le système économico- politique, tout en préservant sa bonne conscience ? » Voter Vert c’est un moyen, sans avoir à voter pour les extrêmes, de récuser un système qui produit de l’injustice, du mal-vivre, du mal- être. Car ce que proposent les Verts dans tous les pays européens ce n’est pas seulement la protection de la nature, la préservation de la planète, des ressources non renouvelables, des espèces animales, des forêts mais un contre projet de société. Mais il existe une différence entre la grande majorité des électeurs des partis écologistes et le noyau dur des militants, faut-il dire des « croyants » ?, d’une nouvelle idéologie naturaliste qui, au fond, préfère le sauvage à l’humain civilisé. Idéologie qui, poussée à l’extrême de sa logique, a tendance effectivement à devenir un nouveau messianisme. Mais si la nature est nécessaire à l’homme, et par ailleurs présente dans l’homme lui-même, elle est aussi une impitoyable machine de sélection naturelle.

 

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Le messianisme naturaliste, n’est-ce pas le risque de voir la biologie s’introduire dans la politique et la sélection naturelle devenir une norme sociale ? Que penser de la pente d’une idéologie qui trouve très bien que le loup dévore le mouton? En cela la montée de l’écologisme est aussi un symptôme comme un autre, et pas plus rassurant que les autres, de la crise de civilisation que nous traversons et dont nous ne mesurons pas encore tous les dangers qu’elle recèle.

 

Bellamy, adjoint au maire de Versailles est arrivé 3 points derrière Nathalie Loiseau dans la ville de Versailles. De même, Macron est désormais devenu très largement le candidat des riches arrondissements de l’ouest parisien. La droite bourgeoise est-elle à vomir ? Qui est le responsable de ce phénomène socio-politique ? Cette droite bourgeoise libérale est-elle récupérable et indispensable pour une future victoire présidentielle ?

 

J’assume ce que j’ai dit par le passé. je n’y reviens pas. Tout ce qui se passe était prévisible et ne prouve au fond qu’une chose : il ne faut pas espérer quoi que ce soit d’un parti qui s’enferme dans la représentation d’une seule catégorie sociologique, qui ne parle qu’à elle, qui ne court qu’après ses voix.

il ne faut pas espérer quoi que ce soit d’un parti qui s’enferme dans la représentation d’une seule catégorie sociologique

Embrasser toutes les catégories, parler à la nation tout entière, c’est, pour la politique, non seulement la seule façon de créer les conditions qui peuvent permettre de gouverner, mais c’est aussi la seule qui soit digne. À la fin, la politique c’est une rencontre qui se fait ou qui ne se fait pas. Mais elle se perd en s’abaissant dans le marketing politique qui segmente la société en clientèles.

 

 

Pensez-vous que Laurent Wauquiez peut toujours rester à la tête des LR ? Pensez-vous à un retour de Nicolas Sarkozy ? Le souhaitez-vous ? N’est-il pas temps pour vous-même de revenir dans l’arène politique ?

 

Laurent Wauquiez ou quelqu’un d’autre, ce n’est pas le problème. Le problème c’est que LR est un parti qui a perdu une bonne part du socle électoral sur lequel il s’était progressivement replié. Encore une fois, la problématique d’une famille politique c’est « à qui parler et pour dire quoi ? » Le fait de savoir qui incarne une famille politique suppose que cette famille existe. À l’heure actuelle, LR est un parti politique qui n’est plus enracinée dans une famille politique. C’est celle-ci qu’il faut reconstruire avant d’en reconstruire les structures partisanes. Pour ce qui est de Nicolas Sarkozy, on peut lui adresser les critiques que l’on veut mais l’histoire lui rendra justice au moins d’avoir été à la hauteur des circonstances dramatiques qu’il a dû affronter.

il suffit de comparer comment l’un et l’autre ont traité le dossier Alstom alors qu’ils étaient ministres des Finances : le premier a sauvé l’entreprise de la faillite, le second en a vendu la plus grande partie à Général Electric

Et pour faire la différence entre lui et Emmanuel Macron, il suffit de comparer comment l’un et l’autre ont traité le dossier Alstom alors qu’ils étaient ministres des Finances : le premier a sauvé l’entreprise de la faillite, le second en a vendu la plus grande partie à Général Electric. Quant à son retour, ce genre de choses, ce sont toujours les circonstances qui en décident. Enfin, pour ce qui concerne ma descente dans l’arène, ce n’est pas actualité.

 

 

Le parti que vous serviez en tant que député il y a encore quelques années est aujourd’hui à 8%, pensez-vous ce parti, Les Républicains, peut continuer à vivre et à gagner comme par le passé ? Le moment est-il venu d’une grande recomposition à droite, avec le Rassemblement National et Debout la France ?

 

Je n’ai jamais servi un parti. J’ai appartenu à une famille politique et j’ai essayé de servir l’idée je me faisais de la France. C’est peut-être démodé mais c’est comme ça. Je ne sais pas ce que vont devenir « Les Républicains » en tant que parti. Mais en tout état de cause, je ne crois pas du tout aujourd’hui au mécano partisan que vous évoquez. Ça, c’est vraiment de la petite politique qui ne mène nulle part.

 

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Mon problème c’est que ma famille politique, disons la famille gaullo-bonapartiste, a disparu de la scène politique française. La seule chose qui m’intéresse c’est qu’elle y revienne. Vous raisonnez avec vos histoires de partis comme si les électeurs étaient désormais rangées dans des boîtes, petites ou grandes, dont ils ne sortiraient plus. Mais les électeurs n’appartiennent à personne et passent leur temps à sortir des boîtes. À compter par boîtes, en 1969 le candidat communiste faisait, au premier tour de l’élection présidentielle, 21 % des voix, le candidat centriste, Alain Poher, plus de 23 %, Georges Pompidou 44,5%, Il n’y avait alors aucune place pour les socialistes dont le candidat, Gaston Deferre, faisait 5 %. Mais en 1971, c’était le congrès d’Epinay et trois ans plus tard, le nouveau parti socialiste de François Mitterrand portait son candidat à 43,25 % au premier tour de l’élection présidentielle. En 2017, entre la boîte du Front National, celle des Républicains et celle du Parti socialiste, il n’y avait pas d’espace.

la politique c’est une une rencontre, une alchimie, encore faut-il vouloir les créer

Pourtant, Emmanuel Macron a gagné la présidentielle et, «En Marche », créé un an auparavant, a envoyé 302 députés sur 577 à l’Assemblée. Au Royaume-Uni, le parti pro-Brexit, fondé en février dernier, vient de remporter près de 32% des voix aux élections européennes. Tout cela ne relève pas de la logique des petites boîtes. Encore une fois la politique c’est une une rencontre, une alchimie, encore faut-il vouloir les créer.

 

Vous dites que la recomposition de la droite doit se faire avant tout sur des idées.

 

La politique c’est la volonté humaine dans l’histoire. Qu’est-ce qu’une volonté qui n’est pas au service d’une idée ?

 

Le gaullisme social dont vous vous revendiquez, ainsi que la conservation de l’héritage du Conseil National de la Résistance, sont constamment battus en brèche par la politique d’Emmanuel Macron. Or, nombre de cadres des LR sont toujours partisans, comme François Fillon hier d’un libéralisme économique toujours plus exacerbé. Pensez-vous que la droite si elle veut revenir au pouvoir demain pour servir les intérêts du peuple ne peut-être qu’une droite sociale ?

 

Cela me semble une évidence. Mais j’ai compris depuis longtemps qu’elle était bien difficile à faire partager par tous ceux qui ne croient plus à la Nation comme communauté de destin. Mais quand on détruit le lien social et civique, quand on fait trop souffrir les gens en abîmant leur vie, quand les inégalités et le sentiment d’injustice fracturent la société, on a toujours, toujours, la violence au bout.

 

Et l’immigration?

 

C’est aussi un sujet que l’on pourra pas  éluder éternellement et qui entretient une relation intime avec la question sociale au moins autant qu’avec la crise identitaire.

 

 

Propos recueillis par Romain Demars

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rdemars@lincorrect.org

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