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Laurent Obertone, la guerre civile pour les nuls

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Publié le

21 novembre 2019

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Opiniâtre et sans doute galvanisé par le succès insolent du premier volume, Obertone enfonce le clou de l’alarmisme viril avec un Guerilla : Le Temps des Barbares qu’on n’attendait pas vraiment au tournant. Plus de 400 pages écrites en caractères pour myopes qui nous refont le coup de la guerre de tous contre tous. Était-ce vraiment nécessaire ?

 

 

En caracolant en tête des ventes sur Amazon pendant plusieurs mois d’affilée, Obertone a au moins prouvé qu’on pouvait écrire un best-seller malgré le boycott systématique des médias. L’acharnement de la presse généraliste à ne pas lui allouer la moindre notule prouve au moins que son œuvre a fait mouche : en s’attaquant à la pensée dominante de façon aussi frontale, Obertone s’est immédiatement propulsé dans le cercle très fermé des dissidents authentiques et s’est assuré la dévotion d’une fan base avertie, prête à dégainer ricanements et quolibets face à la moindre attaque dirigée contre le panzer de Ring. Las, au-delà de cet exploit, on aimerait tenir un nouveau Jean Raspail, un vrai intellectuel de droite maniant avec style la prospective crépusculaire, ou tout au moins un authentique raconteur d’histoires sachant emprunter au polar français ses meilleurs mécanismes. Malheureusement, ce Guérilla : Le Temps des Barbares ne fait que reproduire consciencieusement la formule qui avait propulsé son prédécesseur en tête de gondole : style simpliste, intrigue minimale et violence racoleuse.

 

CONTRE LE CALIFAT DU 9.3.

La comparaison avec Dantec s’impose car, outre que les deux écrivains ont partagé le même éditeur, ils ont également en commun un certain goût pour le virilisme, la balistique, et quelques réflexes issus d’une tradition française de polar hard boiled – Manchette et Joël Houssin en tête – sans la distanciation nécessaire. Pas d’obsession eschatologique chez Obertone, tout au plus se contente-t-il de recopier en début de chaque chapitre des définitions sorties du Larousse. De quoi est-il question ? Quelques jours seulement après les sanglants évènements du tome précédent, voilà que la plupart des personnages rempilent pour affronter le terrible « califat » installé en Seine-Saint-Denis, et c’est reparti pour un festival de clichés qu’on croirait sortis de l’esprit d’un survivaliste de 17 ans : hordes de méchants islamistes, invariablement crétins, dégénérés et violeurs de cadavres, confrontés à des symboles vieillissants de la nation récalcitrante : montagnards sévères mais justes, médecins droitards acariâtres mais malins, dignes militaires à la retraite mais prêts à reprendre du service, sans oublier une psychiatre apprenant à piloter un hélicoptère en dix minutes chrono et un Chinois tout droit sorti de Spirou et Fantasio qui commence toutes ses phrases par « L’honorable officier »…

 

Lire aussi : CONTEMPLATION PAÏENNE

 

UN ROMAN-TRACT

L’effort eût pu être louable, après tout, pourquoi ne pas rebâtir une bonne fiction droitarde et burnée, l’équivalent français d’un Portés Disparus avec Pierre de Villiers en guise de Chuck Norris ? Le problème, c’est qu’à aucun moment Laurent Obertone ne semble croire à un roman, qui, de fait, tient davantage du tract polémique déguisé en fiction où s’enchaînent des saynètes apocalyptiques peuplées de silhouettes sans vie et d’archétypes. Faute de savoir où il se situe littérairement, Obertone oscille : tantôt une espèce de parodie ironique (les avenues de Paris sont systématiquement renommées avec des noms d’animateurs TV : boulevard Apathie, centre Elise Lucet, etc., le procédé pourrait être amusant s’il n’était pas si systématique) ; tantôt brûlot antimoderne peu nuancé (même si le communautarisme LGBT et l’écriture inclusive en prennent pour leur grade à juste titre) ; tantôt tentative de politique-fiction puérile et, finalement, assez amorale. Obertone ne choisit pas et nous livre cet objet mal identifié qui trouvera malgré tout, assurément, sa place sur les tables de chevet de nos plus fervents amateurs de Piero San Giorgo.

 

Marc Obregon

 

 

GUERILLA : LE TEMPS DES BARBARES Laurent Obertone RING  ?  429 p. – 19,95 €

© RING

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