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Le Bobaroscope

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Publié le

9 janvier 2020

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Régulièrement, les médias dénonciateurs de « fake news » se retrouvent eux-mêmes pris à leur propre piège. De l’agression homophobe de « Wilfred » prétendument commise par des sympathisants de la Manif pour tous à « l’Affaire Théo », cette dernière décennie fut riche en manipulations médiatiques. Florilège.

 

 

  1. L’ophtalmo n’est raciste qu’en imagination. « Dégage d’ici, je ne reçois pas les sales arabes ! » C’est ce qu’aurait dit un ophtalmologiste d’Aix-en-Provence à Mohamed et sa fille venus en consultation. Sauf que tout a été inventé par la prétendue victime qui s’est épanchée dans les médias, conduisant une journaliste de Rue 89 à révéler l’identité de l’ophtalmologiste sans vérifier au préalable les faits. Résultat : un ophtalmo harcelé qui porte plainte et obtiendra, cinq ans plus tard, la condamnation de Mohamed pour dénonciation de faits imaginaires.

 

  1. La fausse agression homophobe de La Manif pour tous. Un couple d’homosexuels, Wilfred et Olivier, est violemment agressé à Paris en avril 2013. Alors même qu’on ne connaît pas encore l’identité des coupables, RTL affirme : « la contestation du mariage homo semble créer un climat très tendu autour de la communauté homosexuelle ». Sur France Inter, Pascale Clark en rajoute, invitant la victime à faire le lien avec La Manif pour tous. Il s’agissait en fait de Taieb, Abdelmalik et Kidé identifiés quelques mois plus tard et bien connus des services de police.

 

  1. Theo Luhaka n’a pas été violé par la matraque d’un policier. Alors qu’il s’interpose face à des policiers effectuant un contrôle d’identité à Aulnay-sous-Bois en février 2017, Theo affirme avoir été violé par le bâton télescopique d’un policier qui aurait baissé son pantalon. Les images de la caméra de vidéo-surveillance rendues publiques en 2018 contredisent la version de Theo, ce qui n’empêche pas, à l’époque, le président Hollande de se rendre à son chevet et Libération d’évoquer La matraque de la honte.

 

  1. Poutine : un homme, un tigre. France 2 consacre un sujet de son JT aux vacances des chefs d’État étrangers et affirme, photo à l’appui, que, pour Poutine, c’est « chasse au tigre en Sibérie et plongée dans les eaux glacées du lac Baïkal ». Seul problème : la photo date de 2008 et montre Poutine participer à une expédition dans le cadre d’un programme national de protection des tigres de Sibérie. Tout l’inverse d’une chasse.

 

  1. Yann Moix voit des CRS qui gazent et tabassent les migrants à Calais. Sur le plateau d’On n’est pas couché, Yann Moix est formel : il possède des images de ces exactions policières. Se croyant Émile Zola, il accuse dans Libération les forces de l’ordre. Invité à apporter les preuves de ses dires, Moix produit des images qui ne montrent rien de tout cela. Il avoue ensuite piteusement au préfet du Pas-de-Calais qu’il avait tenu des propos « outranciers ».

 

 

Lire aussi : Médias : pourquoi sommes-nous si médiocres ?

 

 

10e ANNIVERSAIRE DES BOBARDS D’OR.

 

Cela fait maintenant dix ans que Jean-Yves Le Gallou organise chaque année la cérémonie des bobards d’or, destinée à récompenser ironiquement les journalistes s’étant le mieux illustrés par la diffusion de fausses informations. L’occasion, pour lui, de rassembler dans un ouvrage dix années de bobards médiatiques et de passer au crible les motivations – très souvent idéologiques – des journalistes qui s’en sont rendus coupables. Ces bobardiers – selon le néologisme que Léon Daudet avait inventé en qualifiant ainsi les artisans de la SDN – se retrouvent dans tous les supports médiatiques : de la presse écrite au web, en passant par les chaînes d’informations en continu – qui, par leur flot incessant d’informations, colportent de nombreux mensonges – et, bien sûr, l’inénarrable AFP qui continue, malgré ses multiples bobards, d’être crue par le public au point de constituer une source incontestable de légitimité médiatique.

Et, à en croire Le Gallou, c’est sur la question de l’immigration que prospèrent le plus ce genre de fausses nouvelles, comme si l’on cherchait à cacher une réalité qui dérange – l’immigration de masse – ou bien à la présenter comme pacifique et sans influence sur le cours de notre vie publique.

Bien sûr, les bobards ne sont pas tous de fausses informations factuelles même si l’auteur en cite, notamment l’annonce, par l’AFP, de la mort de Martin Bouygues en 2015 (on pourrait également citer, plus proche de nous, la fausse arrestation du Dupont de Ligonnès en octobre 2019). Mais, il s’agit là d’erreurs humaines souvent dues à un manque du professionnalisme ou à la culture du buzz. Autrement plus sournois est le choix de traiter ou de taire une information ou bien de l’interpréter dans le sens que l’on souhaite en s’affranchissant de toute honnêteté intellectuelle. Et, à en croire Le Gallou, c’est sur la question de l’immigration que prospèrent le plus ce genre de fausses nouvelles, comme si l’on cherchait à cacher une réalité qui dérange – l’immigration de masse – ou bien à la présenter comme pacifique et sans influence sur le cours de notre vie publique. C’est bien en cela que l’on peut parler de désinformation.

 

 

Benoît Dumoulin

 

 

 

L’ALBUM DES BOBARDS, 10 ANS DE FAKE NEWS DES MÉDIAS Jean-Yves Le Gallou et l’association Polemia Via Romana 180 p. – 24 €

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