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« Tout le monde déteste la police », éructent les gauchistes. « Tout le monde déteste les journalistes », répondent les Français, pour lesquels il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Les bobards et partis pris propagés par les médias mainstream jettent l’opprobre sur la totalité des médias et sur tous ceux qui les font. On se calme.
Bonne nouvelle pour l’ensemble des journalistes : la défiance des Français à l’égard des médias ne s’accentuera plus. La preuve mathématique en a été apportée le 19 décembre par l’institut Viavoice dans une enquête sur les « nouvelles fractures françaises ». À la question « De manière générale, faites-vous tout à fait confiance, plutôt confiance, plus pas confiance ou pas du tout confiance aux médias », le total des Français leur faisant « tout à fait confiance » s’élève à… 0 % ! Même pas zéro virgule quelque chose, comme en recueillerait n’importe quel candidat asselinesque du seul fait d’avoir fait imprimer des bulletins de vote à son nom, non, nada, queue de chie, le pied de nez à l’impossibilité scientifiquement démontrée : le zéro absolu était atteignable, la preuve, les médias l’ont fait.
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Même les députés et les partis politiques peuvent encore compter sur 1 % de gens pour croire a priori à ce qu’ils disent, et les banques miser sur la confiance de 2 % de la population. Pour « les médias » en général, plus personne. S’ils n’ont pas tous fermé boutique, L’Incorrect inclus, c’est qu’il se trouve encore 23 % de Français pour cocher la case « plutôt confiance ». Avec méfiance donc et avec parcimonie. Ce chiffre pourrait apporter quelque réconfort s’il ne situait encore une fois les médias en antépénultième position, seulement suivis par les députés (17 %) et par les partis (7 %), mais devancés par les syndicats (27 %), les grandes entreprises (35 %), les banques (37 %) et même la justice (46 %) !
Feu à volonté sur les journalistes
Un quart de siècle après la mort du billettiste du Figaro, les médias ont donné raison à André Frossard : « Le rêve des esprits avancés est de partir de zéro. Quand ils ne le peuvent pas, ils y retournent ». Réjouissant pour le présent et le proche avenir du progressisme, et en particulier de ses organes de propagande médiatiques, mais néanmoins problématique dans la mesure où le discrédit s’étend à l’ensemble des médias, quels qu’ils soient, et où il s’est propagé à toute la profession. Faire publiquement état de sa qualité de journaliste expose illico à des regards suspicieux et à des remarques pour le moins désobligeantes.
Entre le journaliste et le chevreuil, il n’y a plus qu’une différence : on ne peut chasser le second que cinq mois et demi dans l’année, et seulement entre 8 h 30 et 17 h 30, tandis que pour le premier, c’est 365 jours sur 365 – et même 366 en 2020 –, 24 heures sur 24.
Pour commencer. Parce qu’après, on ne sait jamais comment ça va tourner. Entre le journaliste et le chevreuil, il n’y a plus qu’une différence : on ne peut chasser le second que cinq mois et demi dans l’année, et seulement entre 8 h 30 et 17 h 30, tandis que pour le premier, c’est 365 jours sur 365 – et même 366 en 2020 –, 24 heures sur 24. Sous les acclamations du populo et de ses représentants, toutes tendances politiques confondues, avec mention particulière pour les populistes, de Mélenchon à Le Pen. À bas les journalistes, sus aux « journaleux », à mort les « journalopes » !
Pour une droite moins sectaire que la gauche
Les maux des médias dominants (la traduction de « mainstream »), nombreux, justifient certes amplement le courroux de ce qu’il leur reste comme téléspectateurs, auditeurs et lecteurs, mais ce ne sont ni ceux de tous les médias, ni ceux de toute la profession, n’en déplaise à tous ceux qui se croient journalistes – et meilleurs journalistes que les journalistes – parce qu’ils disposent d’un téléphone qui leur permet de filmer, n’en déplaise aussi à ceux qui, à droite, ne relèvent que ce qui les hérisse : Claude Askolovitch (ou Jean-Michel Apathie, faites votre choix) ne pontifierait à l’antenne qu’une fois dans l’année qu’ils s’en offusqueraient ! Si la droite veut des médias de droite, qu’elle les crée ! Et que, déjà, elle lise, écoute, regarde ceux qui existent ! Et même les autres.
Oui mais voilà : la droite française a peur. De tout. Et particulièrement des médias. De ne plus y être invité et d’en être la cible. Alors qu’il serait de son devoir, et de son honneur, de refuser, par exemple, de mettre les pieds à France Inter et de laisser ses supposés journalistes, en fait des éditorialistes, dans le meilleur des cas, ou des militants politiques, pour la plupart de ceux qu’on entend dans la Matinale, dans l’entre-soi du ricanement dérisoire.
Ceux sans étiquette politique définie ou marqués à gauche. Quoi ? Oui, même ceux-là, ou alors c’est se comporter comme un homme de gauche pour qui rien de ce qui est produit (pardon pour le vilain mot) par le camp d’en face ne mérite qu’on s’y attarde.
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Deux exemples entre cent (ou mille). La meilleure chronique judiciaire de toute la presse française est due à Dominique Simonnot. Elle s’appelle « Coups de barre ». On la trouve chaque semaine dans Le Canard enchaîné. Les chroniques de Fabrice Nicolino sur le thème de l’écologie sont ce qui se fait de mieux dans le genre. Elles sont, et c’est leur titre, « une bouffée d’oxygène ». On les trouve chaque semaine dans Charlie Hebdo, hebdomadaire qui ne se limite pas aux caricatures et publie quantité d’enquêtes très poussées. Et sinon, LCI, c’est une chaîne de gauche ? Et CNews aussi ?
Qui osera dire merde à France Inter ?
Le problème, le vrai problème, c’est le service public, pris au sens large, c’est-à-dire en y englobant l’Agence France Presse, le principal vecteur de la mésinformation qui sévit partout. Ceux qui vivent des plus de trois milliards d’euros – oui, quand même… – que leur procure la redevance (France Télévisions, Radio France, Arte) et se croient autorisés à ostraciser une partie de ceux qui les font vivre. Et l’AFP qui, elle, dispose de plus 300 millions d’euros annuels votés par le Parlement.
Si la droite française avait un minimum de courage et d’honneur, a commenté le journaliste du Figaro Ivan Rioufol, elle aurait depuis longtemps protesté contre les partis pris idéologiques de journalistes, forcément progressistes et diversitaires, qui se croient dépositaires d’une morale officielle.
Au Royaume-Uni, où le fait de ne pas payer la redevance est considéré comme un crime passible d’une amende de plus d’un millier d’euros, le Premier ministre Boris Johnson, furieux du « manque d’objectivité » de la BBC, menace de faire requalifier ce manquement en simple délit, avec, pour conséquence, des amendes moins élevées, donc un manque à gagner pour la BBC estimé à plus de 230 millions d’euros. Selon The Guardian, en 2018, 130 000 personnes ont été poursuivies pour s’être soustraites à cette obligation et ce sont déjà 6 % des foyers qui refusent de l’acquitter.
« Si la droite française avait un minimum de courage et d’honneur, a commenté le journaliste du Figaro Ivan Rioufol, elle aurait depuis longtemps protesté contre les partis pris idéologiques de journalistes, forcément progressistes et diversitaires, qui se croient dépositaires d’une morale officielle. Hormis quelques rares exceptions, la devise de l’audiovisuel public français pourrait être : “Que nul n’entre ici s’il n’est de gauche”. »
Oui mais voilà : la droite française a peur. De tout. Et particulièrement des médias. De ne plus y être invité et d’en être la cible. Alors qu’il serait de son devoir, et de son honneur, de refuser, par exemple, de mettre les pieds à France Inter et de laisser ses supposés journalistes, en fait des éditorialistes, dans le meilleur des cas, ou des militants politiques, pour la plupart de ceux qu’on entend dans la Matinale, dans l’entre-soi du ricanement dérisoire. Au lieu de cela ils se justifient, mettent un genou à terre avant même d’être entrés dans le studio.
« La réalité ne pardonne pas qu’on la méprise » Si « les médias » n’ont plus aucune crédibilité, c’est que les médias officiels, et ceux auxquels ils donnent de la visibilité à l’exclusion de tous ceux qui ont une pensée qu’il faut bien qualifier de dissidente, se sont enfermés dans une posture idéologique aux antipodes du journalisme.
La base du journalisme, c’est le réel. Son observation, sa restitution, sa contextualisation avant que de livrer, éventuellement, ses commentaires.
Ils jugent, alors qu’ils devraient exposer. La base du journalisme, c’est le réel. Son observation, sa restitution, sa contextualisation avant que de livrer, éventuellement, ses commentaires. À force de l’oublier, en travestissant ou en occultant les faits pour faire entrer la réalité dans une grille de lecture préétablie, « les médias » se sont décrédibilisés. Puis discrédités. Ils se sont tellement égarés qu’ils se sont perdus. Or, comme l’écrivait Mikhail Boulgakov, « les faits sont la chose la plus obstinée du monde ». Quel que soit le poids de la novlangue sous laquelle on s’efforce de les dissimuler, ils finissent toujours par s’imposer.
Joris-Karl Huysmans l’avait écrit : « La réalité ne pardonne pas qu’on la méprise ; elle se venge en effondrant le rêve, en le piétinant, en le jetant en loques dans un tas de boue ! »
Bruno Larebière
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