La question d’un Volkstaat (ou boerstaat) agite la minorité blanche d’Afrique du Sud depuis la fin du régime d’apartheid en 1994. Si Nelson Mandela s’était engagé à organiser un référendum sur le sujet, en échange de la participation des Afrikaners les plus extrêmes à la première élection multiraciale, il n’a pas été réalisé. Le gouvernement du Congrès national africain (ANC) n’a jamais donné suite à sa promesse, d’autant que les principaux concernés demeurent divisés sur le lieu exact où s’établir. Bien que quelques villes se soient déclarées en marge de la nation arc-en-ciel, comme Orania ou Kleinfontein, elles ne sont que des cas isolés. Leur rêve d’un État indépendant blanc ne pourra se réaliser que si le parti de l’Alliance démocratique (DA), qui gouverne le Cap-Occidental, était contraint de soumettre la question aux habitants de la province.
C’est au Cap, au XVIIe siècle, que l’histoire tumultueuse de l’Afrique du Sud a commencé. Ici on a parlé français, néerlandais ou allemand pendant des décennies avant que les colons finissent par adopter une seule langue commune à laquelle ils ont ajouté du malais et des idiomes de langues africaines, l’afrikaans. Sous domination britannique, Le Cap devient la capitale législative d’un pays qui se construit entre-deux- guerres avec les « cafreries » voisines. C’est sous le regard de la Montagne de la Table qui borde la ville que les Afrikaners ont entamé leur « grand trek » vers l’intérieur des terres pour y fonder les républiques indépendantes du Transvaal et de l’État d’Orange libre. C’est là aussi que le docteur Magnus Malan a débuté sa campagne avec le Parti national (NP), vainqueur des élections de 1948, et qui a permis aux Afrikaners de mettre doucement en place un régime de ségrégation raciale. Autant dire qu’avec ses kilomètres de vignes et ses universités réputées, Le Cap demeure cher au cœur des Afrikaners qui voient en elle un des berceaux fondateurs de leur nation. En août dernier, « Le Cap Independance Advocacy group », un groupe de pression, a fait publier un sondage dont les résultats ont provoqué une vaste polémique constitutionnelle.
Sous domination britannique, Le Cap devient la capitale législative d’un pays qui se construit entre-deux- guerres avec les « cafreries » voisines
Sur mille personnes interrogées, une sur deux souhaiterait que le gouvernement provincial organise un référendum sur la question de la sécession du Cap-occidental. L’idée d’un Volkstaat dans la province est portée par le Cape Party (CP). Son fondateur, Jack Miller, justifie son combat en dénonçant « la prise en otage par un système politique qui continue d’ignorer la liberté humaine, pille les ressources au profit de quelques-uns et persécute divers groupes de personnes ». Il a reçu le soutien de Calvin Cornelius III, souverain des Khoisans – les premiers habitants historiques de la province – qui a lui-même symboliquement proclamé la sécession du Cap en 2018. Sans grand effet. Et si jusqu’ici les résultats locaux du CP n’ont pas convaincu ses compatriotes, la récente montée des partis nationalistes dans les urnes pourrait bien changer la donne.
Le Cap-Occidental est la seule province qui a échappé au contrôle de l’ANC et qui reste aux mains de l’Alliance démocratique, parti multiracial qui puise majoritairement ses votes chez les blancs et les coloured (métis). C’est dans ces deux groupes ethniques que l’on trouve évidemment le plus de personnes en faveur de la sécession. Parmi les 36 % d’habitants de la province qui se prononcent pour une indépendance totale, 58 % d’entre eux sont issus des Coloured qui s’estiment stigmatisés par le gouvernement et 16 % appartiennent à la minorité (anglo-) afrikaner. 75 % de ces sondés pensent que la séparation de la province permettrait d’améliorer leurs conditions de vie.
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Une sécession du Cap-Occidental est-elle réellement possible ? « D’un point de vue constitutionnel, le défaut le plus évident de ce plan est qu’il n’est pas réalisable », affirme Pierre De Vos, professeur de droit constitutionnel à l’Université du Cap. À la suite du sondage, le gouvernement est monté au créneau et a démenti l’existence d’une ségrégation envers telle ou telle communauté. Et si « le Premier ministre d’une province a le pouvoir de convoquer un référendum dans la province en vertu de l’alinéa 127 (2), cet article n’est curieusement pas applicable au Cap occidental. Car ironiquement la province a sa propre Constitution », explique Pierre De Vos qui ajoute que « seul le président de la République peut décider de convoquer ce type de référendum ».
« Un groupe de pression, quel qu’il soit, n’a pas le pouvoir de forcer le gouvernement à le mettre en place à moins que cela ne rejoigne des intérêts stratégiques communs au président et au premier ministre provincial », renchérit-il. « D’ailleurs, si on imagine que le référendum ait lieu et que le oui remporte la majorité des votes, la constitution permettrait au Premier ministre provincial d’ignorer les résultats », note encore Pierre De Vos qui douche les espoirs de voir émerger un Volkstaat séparé de l’Afrique du Sud. « En tant qu’État indépendant, doté de politiques et économiques saines, nous envisageons un système de démocratie directe permettant la renaissance d’une nation basée sur le respect mutuel, la paix et la prospérité », affirme Jack Miller.





