Skip to content

Le moment populiste

Par

Publié le

31 octobre 2019

Partage

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1572523610382{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Pourquoi l’Occident connaît-il actuellement un moment populiste qui paraît, à bien des égards, inévitable ? Quelles sont les causes qui l’ont engendré et sur quoi peut-il déboucher ? Telles sont les questions auxquelles répond Christophe Boutin, professeur de droit public à l’université de Caen.

 

 

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Tel pourrait être le cri d’alerte lancé dans le monde occidental face à la montée non de la peste mais de la « lèpre » populiste. Et il est vrai que le mouvement semble général, touchant en sus de l’Amérique latine, les USA et la plupart des pays européens, membres ou pas de l’Union européenne. Ses leaders, malgré les campagnes de presse ou les manœuvres d’improbables coalitions, parviennent parfois au pouvoir ; mais même quand ils en sont écartés, leur discours structure, en ce début de XXIe siècle, un nouvel antagonisme politique, synthétisé par Emmanuel Macron, entre progressistes et populistes.

 

Lire aussi : Le populisme, maladie ou remède ?

 

Bouleversement du cadre de vie

Pourquoi ce même mouvement, au même moment, dans des États si différents ? Quel rapport en effet entre des crises qui affectent, par exemple, des États scandinaves au modèle social-démocrate, des Pays-Bas symbolisant la tolérance, une Europe du Sud plus remuante, les anciens pays de l’Est encore traumatisés par les souvenirs de leur occupation, ou une Allemagne à visées hégémoniques au sein de l’Union européenne ? Sans doute, chez leurs peuples, un même sentiment de double dépossession. Celle, d’abord, de leur cadre de vie, bouleversé par la mondialisation, de ses structures économiques à ses fondements anthropologiques. L’une après l’autre les appartenances diverses qui étaient comme autant de cercles protecteurs pour les individus, nations, collectivités territoriales, classes sociales ou familles, présentées comme des prisons enfermant les individus, sont systématiquement détruites. Mais sont maintenant aussi déconstruits d’autres éléments qui contribuaient à structurer chaque individu, ce patrimoine dans lequel chacun puisse pour se constituer en personne différenciée, religion, histoire, langue, culture, et jusqu’au sexe. La monade ainsi « libérée » est théoriquement appelée à se construire elle-même, piochant au hasard de ses désirs, et qu’importe la réalité.

De là ce populisme de réaction contre ces oligarchies, ce cri, comme le dit Éric Zemmour, de ces « peuples qui ne veulent pas mourir ». Que certains bâtissent ensuite une mystique du peuple, qu’existe ou pas un « pays réel » naturellement sain et miraculeusement préservé, est finalement secondaire.

Insécurité, identité, immigration

Dépossession du cadre de vie donc, mais dépossession politique ensuite, car que reste-t-il aux peuples qui se refusent à ce reniement ? Que peuvent ceux qui ne veulent pas de cette marche forcée vers l’utopie où les titulaires du pouvoir entendent bien les mener malgré eux – car le divorce entre des élites acquises à l’idéal progressiste et leurs peuples est patent dans l’ensemble du monde occidental ? Aujourd’hui rien, ou presque. De là ce populisme de réaction contre ces oligarchies, ce cri, comme le dit Éric Zemmour, de ces « peuples qui ne veulent pas mourir ». Que certains bâtissent ensuite une mystique du peuple, qu’existe ou pas un « pays réel » naturellement sain et miraculeusement préservé, est finalement secondaire. Le point central reste cette évidente constatation que, sur tous les grands sujets d’inquiétude de nos contemporains, et notamment les trois « I » de l’insécurité, de l’identité et de l’immigration, une très large majorité des peuples européens souhaiterait choisir une politique inverse de celle menée depuis quarante ans par leurs dirigeants.

 

Lire aussi : Boutin, Dard & Rouvillois : Tout savoir sur les populismes

 

Le pouvoir de dire non

Ces peuples ont pourtant en démocratie un droit légitime à la parole, et souhaitent retrouver leur pouvoir politique perdu. Pas nécessairement d’ailleurs, contrairement à ce que suggèrent certains, en décidant de tout, tout le temps, dans cette démocratie directe permanente que permettrait l’agora du net. Nombre de populistes se satisfont fort bien de déléguer leur pouvoir à des représentants, et se plaindraient même plutôt de la faiblesse de ces derniers. Mais ils entendent bien user de trois possibilités : celle, d’abord, de mettre sur la place publique certains sujets lorsque leurs dirigeants se refusent à le faire, d’en débattre, et éventuellement de décider de la solution à apporter ; celle, ensuite, de pouvoir s’opposer à certains choix et de refuser leur mise en œuvre ; et celle, enfin, d’écarter certains membres du pouvoir. À bien y regarder, ce que veulent les populistes c’est instaurer des garde-fous pour contenir l’hubris de quelques dirigeants politiques… ou éviter leur soumission à d’autres puissances. Ils ne demandent pas tant de pouvoir dire « oui » que « non », et d’être ainsi à même de fixer des limites ; ils veulent user au moins autant de la « faculté d’empêcher » que de celle « de statuer » pour reprendre la distinction de Montesquieu.

La question du territoire et de ses frontières, niée par le progressisme mondialiste, s’invite ainsi au débat. Comme celle de la composition de la communauté habilitée à vivre sur ce territoire et de sa cohésion. Il n’est pas évident que le populisme aurait connu une telle flambée en Europe si la question migratoire n’était pas devenue ces dernières années le point focal des tensions, rendant plus visible encore le bouleversement du cadre de vie des peuples concernés.

Quarante nuances de populismes

Puisque ce mouvement court comme un feu de landages sur toute l’Europe et au-delà, il pourrait être tentant de le structurer en une force commune, comme Steve Bannon aurait aimé le faire. Mais ces peuples sont divers, et divers aussi est ce qu’ils veulent protéger, culture, langue, histoire, institutions… Unis dans un même rejet du nivellement mondialiste, ils n’ont pas toujours compris comment dépasser leurs différences, et reste sous-jacente sur notre continent la crainte que le renouveau identitaire, ce ré-enracinement qui est au cœur des revendications populistes, ne fasse du voisin une menace.

La question du territoire et de ses frontières, niée par le progressisme mondialiste, s’invite ainsi au débat. Comme celle de la composition de la communauté habilitée à vivre sur ce territoire et de sa cohésion. Il n’est pas évident que le populisme aurait connu une telle flambée en Europe si la question migratoire n’était pas devenue ces dernières années le point focal des tensions, rendant plus visible encore le bouleversement du cadre de vie des peuples concernés. Invités bien malgré eux à partager leur quotidien avec les représentants de ces autres cultures dont ils n’ont que le droit de chanter les apports, les peuples européens se demandent au nom de quoi agissent ceux qu’ils avaient élus pour protéger leur cité.

« Réaction de survie », le populisme que nous connaissons actuellement en Europe, et quand bien même prend-il les formes de la manifestation de rue et s’accompagne-t-il de violences, veut donc avant tout conserver, sinon restaurer. Plus encore qu’un « parti de l’ordre », prétendument conservateur, mais plus préoccupé en fait de préserver sa quiétude personnelle que les équilibres sociaux vitaux.

Arrimer le conservatisme au populisme

« Réaction de survie », le populisme que nous connaissons actuellement en Europe, et quand bien même prend-il les formes de la manifestation de rue et s’accompagne-t-il de violences, veut donc avant tout conserver, sinon restaurer. Plus encore qu’un « parti de l’ordre », prétendument conservateur, mais plus préoccupé en fait de préserver sa quiétude personnelle que les équilibres sociaux vitaux. Et c’est sans doute à la fois – on n’ose écrire « en même temps » – avec ce conservatisme assumé que les armes politiques du populisme trouveront toute leur place dans la lutte contre le progressisme.

Christophe Boutin

 

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest