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Le mystère Mussolini : entretien avec Maurizio Serra

Écrivain et diplomate, membre de l’Académie française, Maurizio Serra délivre dans « Le Mystère Mussolini » – récemment lauréat du Grand Prix de la biographie politique 2021 – le portrait d’un dictateur sinistre et pathétique à mille lieues de son image d’Épinal. Entretien.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Mussolini est un tissu de paradoxes, notamment celui de se vouloir à la hauteur de son siècle dont pourtant les lignes de force lui échappent, que ce soit l’ascension des États-Unis, la primauté de la technique et du capital. Ne fut-il pas un homme du XIXe siècle ?

Mussolini est une nature bipolaire, fissurée. Chez lui, la part du masque est essentielle au point que l’enjeu fut finalement d’être à la hauteur de son masque. J’ai écrit cette biographie pour dissiper le poncif du « César de carnaval » qui a cours, notamment en France. Mussolini est à la fois un politique du XIXe siècle et un modernisateur conscient de certaines nouveautés de son époque. Par exemple, il fut le premier homme d’État à reconnaitre le régime soviétique lequel en retour, par realpolitik, n’eut aucun scrupule à établir des relations avec lui, alors même qu’il persécutait les communistes italiens. Mais Mussolini ne dépassera jamais ses contradictions géostratégiques. Il est à noter qu’Hitler fit preuve des mêmes ignorances : sous-estimation de la puissance des États-Unis et du poids de la finance (au sens strictement économique et non fantasmatique).

Ce réaliste ne fut-il pas happé par la folie de son Époque, comme en témoigne sa fuite en avant après 40 ? N’a-t-il pas été victime de sa vision du monde selon laquelle tout est préférable à la neutralité et que « s’arrêter c’est mourir » ?

La fuite en avant lui a longtemps réussi sur le plan intérieur. Mussolini cultivait la vitesse et une certaine audace tactique. La « Marche sur Rom », par exemple, fut un coup de bluff. Il est en revanche plus douteux qu’elle lui ait réussi sur le plan international, même s’il sut faire preuve d’une certaine habileté diplomatique, notamment lors des accords de Munich. Si Mussolini avait une connaissance du monde limitée – quoiqu’il eut en sa jeunesse côtoyé l’intelligentsia socialiste européenne – il la corrigeait par une réelle curiosité intellectuelle. Cette fuite en avant devint un défaut politique quand son anti-neutralisme l’amena à des positions jusqu’au boutistes, et, à la suite d’Hitler, a une surenchère belliciste. [...]

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