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L’Église sud-américaine toujours en crise

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Publié le

28 juillet 2020

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Avec l’élection de François en 2013, l’Amérique latine se voyait reconnue et pouvait espérer un renouveau. Sept ans après, tout reste à faire.
christ

L’Église est présente en Amérique latine depuis que le premier Européen y posa le pied à la toute fin du XVe siècle. Durant les lentes et longues conquista et colonisation du continent, la croix et l’épée cheminèrent ensemble. Le péché et la grâce y furent mêlés, tout comme la violence et la rédemption. Ainsi, en 1524, après avoir vaincu les Aztèques au Mexique, Hernan Cortés demanda urgemment à l’empereur Charles Quint l’envoi de frères franciscains et dominicains pour protéger les Indiens de l’esclavage, et leur montrer le chemin du Seigneur.

La conduite de l’Église et de ses représentants dans leurs lointaines colonies par-delà l’Atlantique, en particulier envers les Indiens, fut une préoccupation constante des souverains castillans. Ainsi, les Lois de Burgos de 1512, la Déclaration des droits de l’Indien de 1546, et le troisième Concile de Lima en 1582 et 1583, figurent parmi les textes destinés à affirmer l’attitude de l’Église envers les membres des nombreuses tribus indiennes qui peuplaient le continent; des individus qu’elle considérait « non comme des esclaves, mais des hommes libres ». L’Église était alors fidèle à sa mission première, qui est de sauver les âmes des hommes quels qu’ils fussent. Il convient de souligner ici que, lors de l’expansion européenne à travers le monde, l’Espagne et le Portugal furent les seules nations à établir un continent intégralement catholique.

Combattre l’injustice du monde séculaire et atteindre à un certain égalitarisme furent ses objectifs

Cependant, comme ce fut le cas à d’autres époques et en d’autres lieux dans l’histoire de l’Église, celle d’Amérique latine connaissait des ennemis en son sein. Le plus célèbre d’entre eux fut probablement Bartolomé de Las Casas (1484-1566), missionnaire dominicain de son état, véritable écolo-insoumis avant l’heure, et précurseur de la très gauchiste Théologie de la Libération. Pour Las Casas et ceux qui le suivirent sur le même chemin, la condition sociale et matérielle de l’Indien primait sur sa vie spirituelle et sur son possible salut. Combattre l’injustice du monde séculaire et atteindre à un certain égalitarisme furent ses objectifs. Depuis cette lointaine époque, l’Église d’Amérique latine vit avec ces deux courants en son sein, et le récent Synode sur l’Amazonie d’octobre 2019 du pape François ne fut qu’un épisode de ce long combat interne, dans lequel, aujourd’hui, le courant progressiste a la main.

Théologie communiste

Les années qui suivirent la Deuxième Guerre mondiale amenèrent ce que l’on pourrait appeler une crise existentielle au sein de l’Église, avec une forte proportion de son clergé cherchant à parvenir à une impossible conciliation entre son essence, sa tradition et sa fonction, et les aspirations, souvent contre-nature, d’un monde toujours plus moderne. Ce processus déboucha en 1962 sur le Concile Vatican II, et sur la crise qui s’ensuivit. L’Église d’Amérique latine traversa les mêmes épreuves que celle d’Europe, mais avec un certain retard. Vatican II eut de nombreuses conséquences, dont deux des principales pour l’Amérique latine furent celles qui suivirent la décision que le catholicisme ne serait plus religion d’État, et, une dizaine d’années plus tard, l’émergence de la Théologie de la libération.

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La fin du catholicisme comme religion d’État ouvrit à d’autres une porte ; une porte dans laquelle s’engouffrèrent les richissimes sectes protestantes américaines, beaucoup moins exigeantes au niveau liturgique et beaucoup plus accommodantes aux travers de la nature humaine (le Brésil perd 1 % de catholiques par an au profit de ces sectes). Cette intrusion servit par ailleurs de cheval de Troie aux États-Unis, et leur permit de prendre plus ou moins le contrôle de nombre de gouvernements de la région. Des États-Unis qui travaillent de concert avec un FMI qui conditionne la plupart du temps l’octroi d’aides financières – généralement impossibles à rembourser dans la grande tradition du financement des guerres bolivariennes – au vote de lois sociétales destinées à saper les fondements de la société chrétienne traditionnelle, comme celles sur le divorce, l’avortement, ou le mariage homosexuel.

La Théologie de la libération a officiellement vu le jour en 1972 avec la publication à Lima de l’ouvrage du prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez Merino, Teologia de la liberación : Perspectivas. Cette théologie, directement inspirée du marxisme, fit son lit de la crise que traversait alors l’Église, et une importante partie du courant progressiste en son sein s’en accommoda fort bien, y trouvant des réponses à ses propres contradictions. La cause majeure de l’émergence de ce puissant courant est sans aucun doute le profond clivage qui existe en Amérique latine entre une petite minorité très riche et une vaste majorité très pauvre.

Il convient d’ajouter à cela les comportements moins qu’exemplaires d’élites – catholiques ou non – complètement rongées de corruption, certaines affaires de mœurs à l’intérieur du clergé (encore récemment, celle des prêtres pédophiles au Chili), et l’existence de contingents d’Indiens, qui ne demandaient rien à personne, qu’une sensiblerie jouant sur le racisme demanda utopiquement à « libérer de leur condition ». Ce courant eut pour résultats de dresser des groupes de fidèles les uns contre les autres, et de transformer les ministres du Seigneur en des syndicalistes et des assistantes sociales. L’arbre que fut le concile Vatican II avait en quelques années porté ses fruits en Amérique latine : une Église dénaturée et gangrénée de l’intérieur par le communisme et le progressisme.

« Mettez le bazar ! »

Cette profonde transformation de l’Église d’Amérique latine allait s’accélérer avec l’élection en mars 2013 du premier pape sud-américain, l’Argentin Jorge Mario Bergoglio, précédemment archevêque de Buenos Aires. Le futur pape fut bercé dans sa jeunesse par le péronisme, un mouvement axé sur la justice sociale qu’il soutint officiellement au début de son sacerdoce. François en a gardé les manières, il aime s’exprimer par phrases chocs : on se souviendra de son fameux « Hagan lio ! » (Mettez le bazar!) lancé en juillet 2013 au million de jeunes rassemblés à Rio de Janeiro durant les Journées mondiales de la jeunesse.

Le futur pape fut bercé dans sa jeunesse par le péronisme, un mouvement axé sur la justice sociale qu’il soutint officiellement au début de son sacerdoce.

François est jésuite : cependant les jésuites d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux qui fondèrent les réductions guaranis du Paraguay, ils n’en ont gardé que les côtés les plus caricaturaux, comme l’usage de la dialectique, domaine dans lequel François excelle, tout comme les marxistes. François est connu pour son autoritarisme maladif, pour son horreur de la contradiction, et pour être capable de déclarer tout et son contraire d’un entretien à l’autre. Il est fasciné par les foules au contact desquelles il rayonne, et auxquelles il cherche à plaire en faisant de la surenchère en soutenant tous les mouvements et courants progressistes, quitte à brader les principes de l’institution dont il est le dépositaire et le représentant.

Derrière la belle façade

L’Église d’Amérique latine reste certes une formidable puissance aux assises solides, mais c’est aujourd’hui une église dégradée en pleine régression, qui ne retient plus les fidèles. Sa façade reste impressionnante, mais derrière elle tout s’écroule. Dans certains contextes politiques, elle demeure la seule force d’opposition structurée, la seule interlocutrice ou le seul repère, comme c’est le cas aujourd’hui au Nicaragua, au Venezuela et en Bolivie. Il y a bien entendu des variations selon les pays : l’Uruguay est le pays le plus laïque d’Amérique latine et l’Église y est très peu présente, tandis qu’en Colombie elle reste une force conservatrice bien présente.

Cependant, malgré ces disparités locales, la pente est partout la même sur un continent qui cherche à copier une Europe qui sombre dans les abysses d’un océan fait d’insouciance et d’apostasie, et parmi des nations encouragées à adopter un american way of life qui ne produit ni saints ni martyrs mais qui tue l’Église. Le tableau peut paraître bien sombre : pourtant ces peuples demeurent profondément religieux, et, contrairement à l’Europe, il ne faudrait pas grand-chose pour rallumer les braises d’une foi catholique. Et puis, comme les catholiques locaux qui encore ancrés dans la tradition de l’Église le font remarquer, la dévotion mariale des Latino-Américains est très forte, et la Vierge Marie n’abandonnera jamais les peuples qui sont sous sa protection. Une affaire à suivre donc, le temps de l’Église étant autre.

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