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Mes chaussettes rouges : l’élégance au pied levé

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Publié le

11 août 2025

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De Rome à Paris, en passant par la rue César Franck, ils ont remis la chaussette à sa place : au cœur de l’élégance masculine. Depuis 2009, Vincent et Jacques, fondateurs de Mes Chaussettes Rouges, bâtissent patiemment une marque singulière, entre tradition tailleur et innovation textile. Entretien.
Les fondateurs de Mes Chaussettes Rouges dans leur boutique parisienne.© Benjamin de Diesbach

Comment est née l’idée de Mes Chaussettes Rouges ?
C’était en 2009. On était encore étudiant, et j’essayais désespérément d’acheter des chaussettes rouges Gamarelli, celles des cardinaux. Mais la boutique à Rome était toujours fermée le week-end. Après plusieurs tentatives, on s’est dit qu’on n’était peut-être pas les seuls à vouloir ces chaussettes-là. Alors on a lancé un site rudimentaire, avec cinquante paires, trois couleurs : rouge, violet, noir. Et à notre grande surprise, la première commande a épuisé tout le stock d’une référence. On a compris qu’il y avait un créneau. Petit à petit, on a élargi la gamme. On a collaboré avec un tailleur d’académiciens, puis on a lancé notre propre marque, Mazarin. Aujourd’hui, « Mes Chaussettes Rouges » propose près de 1 000 modèles, avec des longueurs, couleurs, matières et usages très variés. Notre obsession, c’est la justesse : une belle chaussette, confortable, qui tombe bien, et qui dure.

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Quelle est la particularité de vos chaussettes ?
Ce sont des chaussettes longues. Ce segment représente à peine 1 % du marché mondial, mais on s’y est spécialisé. Il existe très peu de marques capables de proposer des chaussettes longues en laine, à motifs, élégantes, et solides. Ensuite, il y a le problème de la durabilité. Beaucoup de gens ne sont pas satisfaits de leurs chaussettes : elles glissent, se trouent, serrent trop… On a voulu créer la chaussette de ville la plus résistante possible. Il nous a fallu des années, mais aujourd’hui on y est. Nous sommes devenus une référence à la fois identifiable et discrète.

Le succès est-il venu tout de suite ?
Non, ça a pris du temps. Ce qui a aidé, c’est l’épisode Fillon. Il portait des chaussettes rouges, les médias en ont parlé, ça nous a donné un coup de projecteur. Mais ce n’est jamais automatique. Il faut un équilibre : assez de ventes pour se dire « on continue », sans quoi on abandonne.

Qui sont vos clients ?
Il y a trois profils. D’abord, les sartoriaux, passionnés d’élégance. Ensuite, ceux qui cherchent de la qualité pour être en cohérence avec le reste de leur tenue – voiture, costume, montre. Enfin, ceux qui achètent pour offrir. Les cadeaux représentent 25 % de nos ventes. Et dans ce registre, nos coffrets sont devenus de vrais classiques. Socialement, c’est hétérogène : du militaire au prof de yoga qui a mal aux pieds. Mais tous sont attentifs aux détails.

Est-ce qu’une paire de chaussettes peut vraiment faire la différence dans une tenue ?
Clairement. Une belle tenue peut être ruinée par des chaussettes fatiguées, avachies ou trouées. C’est comme une Ferrari avec des chips sur les sièges. Et inversement, des chaussettes bien choisies peuvent attirer l’attention, exprimer une personnalité. C’est un détail accessible, mais qui dit beaucoup. Et c’est une forme d’identité facile. La couleur attire, crée la conversation. Moi qui m’habille de manière sobre, je trouve que les chaussettes permettent d’ajouter une touche originale sans changer toute sa garde-robe. Et puis, elles disent quelque chose de vous sans trop en faire.

Peut-on assortir ses chaussettes à sa cravate ?
Pourquoi pas. Ce qui compte, c’est de ne pas tomber dans l’excès. Le vrai piège, c’est l’élégance en kit : les boîtes toutes faites avec chaussettes, cravate et pochette assorties. Ça peut vite tourner à la caricature. Mais si une touche de rouge foncé sur la cravate rappelle celle des chaussettes, c’est même très habile.

Vous avez observé une évolution de la tenue masculine ?
Oui, radicale ! La cravate a quasiment disparu. Les gens s’habillent plus sport, plus confort. Le télétravail a renforcé ça. S’habiller, c’est social : quand on ne voit plus personne, on relâche l’effort. Mettre un costume aujourd’hui, c’est presque un statement. Avant, c’était la norme. Aujourd’hui, on vous regarde comme si vous alliez à un enterrement. La culture vestimentaire masculine se délite.

Avez-vous dû adapter vos produits ?
Oui, nous avons développé des chaussettes de sport, des modèles pour femmes et enfants, même si cela reste marginal. Et on s’est mis à produire des modèles plus adaptés aux sneakers, ou à la marche. Tous ceux qui font du sport veulent s’équiper avec du bon matériel – y compris pour les chaussettes.

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Où sont fabriquées vos chaussettes ?
En Italie du Nord. La France a malheureusement perdu son industrie textile. Il reste une dizaine de fabricants, mais la filière est fragmentée, les coûts sont élevés. L’Italie a gardé un écosystème vivant : fabricants de machines, de fils, d’aiguilles, tous dans un rayon de 50 kilomètres. Mais nous avons deux machines ici, à Paris, pour mieux comprendre le produit, améliorer notre relation avec les ateliers, et proposer des paires sur mesure.

Quel est aujourd’hui votre plus grand défi ?
Gagner en notoriété. Beaucoup de gens dans notre cible ne nous connaissent pas. On mise sur le bouche à oreille, les recherches très ciblées du type « chaussettes longues en laine jaune ». Ce genre de requête ne laisse aucune place à la concurrence. On a arrêté la publicité sur Google et Meta. C’était coûteux et peu rentable. On préfère investir dans la qualité et la fidélité. Et continuer à défendre une certaine idée de l’élégance française, à hauteur de cheville.

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