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Les critiques musicales de novembre

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Publié le

24 janvier 2024

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de novembre.
© DR

Ère glaciaire

TOREM, NYTT LAND, Napalm Records, 16,90 €

À l’instar des Norvégiens de Wardruna (connus principalement pour leur participation à la BO de la série Vikings), les Russes de Nytt Land convient leurs auditeurs à une odyssée musicale au temps des anciennes peuplades nordiques. Fondé en 2013, le duo originaire de Kalatchinsk en Sibérie signe un retour fracassant grâce à un nouvel album plus que jamais placé sous le signe du grand Nord et de l’antique panthéon païen. Grâce à l’utilisation d’instruments traditionnels à cordes comme le Kantele ou le Talharpa et de techniques vocales héritées du passé comme le chant di- phonique ou de gorge, le couple formé par Anatoly et Natasha Pahalenko parvient à nous replonger dans une ère antédiluvienne adoratrice des forces de la nature. Au confluent de la dark folk et de l’ambient, la musique de Nytt Land plonge ses racines dans le folklore viking. Le chant en vieux norrois, les passages atmosphériques et les samples de sons naturels renforcent encore sa dimension primitive et chamanique. Mathieu Bollon

Constante évolution

BOMBAY BICYCLE CLUB, MY BIG DAY, Mmm… Records, 15,99 €

Bombay Bicycle Club est un groupe étrange. Son leader – et tête pensante – Jack Steadman (qui a sorti deux très bons albums sous l’alias Mr Jukes) est un esprit curieux, qui, dans sa musique, laisse toujours une part de sa charmante bizarrerie. Son talent n’est plus à démontrer. Avec le groupe, il en est à son sixième album. Pas un n’a été raté. Et c’est encore, aujourd’hui, une réussite. Beaucoup de featuring comme on dit (d’invités, ndlr), de Damon Albarn à Chaka Khan en passant par Holly Humberstone (sur deux titres). Disque intelligent, les idées fusent de partout dans chacun des morceaux. La production est soignée et singulière (une texture ressort de cet album – doux et gluant à la fois). Ce nouveau coup d’essai impose Bombay Bicycle Club comme un groupe constant et sans cesse en évolution. On ne peut pas en dire de même pour tout le monde. Ils seront au Trabendo le 21 novembre prochain. Et si j’en parle c’est que c’est sans doute l’un des groupes les plus agréables du moment à retrouver sur scène. Emmanuel Domont

Efficace en diable

ONE MORE TIME, BLINK 182, Columbia, 16,99 €

On pourrait jouer les snobs. Dire que les Nocturnes de Chopin ont bercé nos quatorze ans plus que les hymnes de Blink-182. On pourrait, oui. Mais ce ne serait pas honnête. En vérité, sans être amateur de skateboard, je portais un baggy lors de l’hiver 2003, quand sortait le dernier album véritablement réussi de Blink. Bientôt, je devins snob (à quinze ans, c’est bien normal), mais cet hiver-là, l’intro filtrée de Feeling This avec la batterie de Travis Barker me donnait des frissons à chaque fois que je posais l’album dans mon walkman Sony, le casque audio de ma sœur posé sur mes oreilles. Cette pop-punk californienne faisait, sur ma génération, l’effet des singles des Beach Boys sur la génération qui avait dix- sept ans en 1963. Et puis, nous sommes passés à autre chose ; dédaignant nos passions passées. Aujourd’hui, Blink 182 revient avec un album admirable (pour ceux qui daigneraient employer pareil adjectif concernant pareil groupe). Rien à jeter. Tout est direct, gonflé par une production sous stéroïdes, efficace en diable, et d’un niveau très au-dessus de leurs derniers disques. Emmanuel Domont

Sénilité

SIT DOWN FOR DINNER, BLONDE REDHEAD, Section 1, 16,99 €

Blonde Redhead, c’est ce groupe arty new-yorkais composé de jumeaux italiens et d’une Japonaise chantonnant sur le fil du rasoir, qui débute dans les années 90 et le sillon du bruitisme chic de Sonic Youth en multipliant les clins d’œil à Gainsbourg et la Nouvelle Vague. Entre 2004 et 2010, ils signent sur le mythique label anglais 4AD et sortent coup sur coup trois chefs-d’œuvre : Misery is a butterfly, 23 et Penny Sparkle, où un son plus clair et des allures pop trans- forment le premier magma en une mélancolie extrême et exquise. Après ce triptyque zénithal, le génie décroît et Barragan, sorti sur Kobalt Label Services, plus acoustique, montre des signes de sénilité précoce : aux élégies hypnotiques succèdent des berceuses essoufflées. On espérait donc une résurrection avec ce nouvel album naissant presque une décennie plus tard. Las, si par instants la grâce remonte (« Kiss Her Kiss Her » ou le titre éponyme de l’album), les Blonde Redhead ont décidément pris des cheveux blancs et fait virer leur spleen au soporifique. Romaric Sangars

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