BELGE D’OUTRE-TOMBE
OPEX, ARNO, PIAS, 15,99 €
Baudelaire s’est trompé, il n’a pas compris les Belges. Oui, il y a un génie belge. C’est indéniable. Adolescent, je me plaisais à courir les superbes librairies désuètes à la recherche des recueils de poésie de Georges Rodenbach, poète né à Tournai. En écrivant ces lignes, j’ai devant moi une vieille photographie d’avant 1914 : ce sont mes ancêtres, des limonadiers wallons habillés pour l’occasion. Et il me faut parler du dernier disque d’Arno qui tourne en boucle dans ma nuit. Ou plutôt de son premier disque en tant qu’homme mort. En tant que Belge d’outre-tombe. Dès la première chanson, on prend une bourrasque venue d’Ostende. « Hier, c’était le passé ; aujourd’hui, la vérité ». Arno n’a jamais été autre chose que vrai. Pas de doute là-dessus. Tout le long d’un disque à la fois crépusculaire et lumineux, il continue à dévoiler, une dernière fois, sa vérité. Sa musique a les yeux d’un mystique face à la mort, mais jamais elle n’a boudé son plaisir face à la vie. Et nous, nous ne dédaignerons jamais non plus un pareil disque. Emmanuel Domont

Lire aussi : Éditorial culture de novembre : Aspersions
RETOUR EN GRÂCE
EBM, EDITORS, PIAS, 14,99 €
Mais comment la grâce déserte-telle un être ? Pourquoi disparaît-elle ainsi ? Ce sont des questions qui méritent d’être posées au sujet de Tom Smith, le leader d’Editors. Après deux albums, disons-le, touchés par une forme d’élégance, de lyrisme à la fois raffiné et nerveux, Editors s’est perdu à force de vouloir se renouveler à travers des albums insipides voire médiocres. Ils sont désormais de retour avec EBM, un album composé aux côtés de Benjamin John Power alias « Blank Mass ». De là le nom en trois lettres de cet album qui réunit donc Editors et Blank Mass. Mais EBM, c’est aussi cette Electronic Body Music qui vit le jour dans les années 80 entre l’Hacienda de Manchester, les hangars flamands de Gand ou Courtrai ou les plages d’Ibiza de 1989. Disons-le : Tom Smith n’a pas retrouvé le pouvoir magnétique qui était le sien en faisant ce voyage dans le temps et le son, mais c’est incontestablement le meilleur album qu’Editors nous livre depuis leur âge d’or. C’est déjà ça. Et ce n’est pas rien. ED

À MÉDITER
SHEBANG, OREN AMBARCHI, Drag City, 16 €
Oren Ambarchi est un cinquantenaire australien qui s’inspire du free-jazz tout en fuyant les chapelles. On peut rapprocher sa démarche de celle du mythique label munichois ECM qui publia jadis Pat Metheny et Steve Reich. Dans ce nouvel album, quatre pièces instrumentales, sobrement intitulés « Shebang » I, II, III et IV, et conçues de la Suède au Japon, abolissent les distances géographiques et esthétiques, adjoignant aux motifs minimalistes et répétitifs de la guitare des rythmiques à la cymbale de Joe Talia, la guitare steel du britannique BJ Cole, la clarinette de Sam Dunscombe et surtout les montées chromatiques du clavier de Jim O’Rourke, un musicien de Chicago aussi bien connu pour ses disques de musiques contemporaines que pour ses collaborations avec Faust et Sonic Youth. Un album exigeant, raffiné, mais jamais ennuyeux et qui, par sa grâce, invite à une certaine méditation. Jean-Emmanuel Deluxe

Lire aussi : Les critiques musicales de septembre
CLUB FRANCO-SCANDINAVE
MY DAYS IN COPENHAGEN, JEAN-PIERRE COMO TRIO, L’Âme Sœur, 13,99 €
Jean-Pierre Como est une sommité dans la jazzosphère, et on peut lui accorder une confiance aveugle. Ce trio franco-danois lui permet d’assouvir son intérêt de longue date pour ses comparses nordiques. C’est sous la houlette de Hans Barfod, directeur artistique du jazz club de Næstved, que Como s’est vu présenter des pointures locales : le contrebassiste Thomas Fonnesbæk et le batteur Niclas Campagnol. Ils se sont ensuite approprié un répertoire de standards inoubliables dont certains sont transformés au point d’être méconnaissables, pour notre plus grande joie. « Notre point commun, c’est qu’on a tous en tête les mélodies des standards, des morceaux d’une beauté rare qui titillent notre inspiration et nos improvisations. Un terrain de jeu incroyable que nous voulions partager et offrir ». Entre fougue et poésie, un album pour les inconditionnels de jazz en club. Alexandra Do Nascimento

MÉLANCOLIE IMPROVISÉE
INTERSEASONS, SÉBASTIEN MOREAUX TRIO, Autoproduction, 15,99 €
Avec une oreille aiguisée et une pulsion d’expression tenace, Sébastien Moreaux est l’archétype du pur autodidacte chez qui la nécessité du discours l’emporte sur la technicité. Il entrera néanmoins dans le moule du Conservatoire et de l’American School of Modern Music, n’apprenant les règles que pour mieux s’en affranchir. Cet album marque un retour à la spontanéité qui caractérise son jeu pianistique et ses compositions, lesquelles comprennent une part essentielle d’improvisation. Ses deux compagnons de route, respectivement contrebassiste et batteur issus de son cursus classique, adoptent à leur tour sa palette de sensations et sa désinvolture fougueuse. Si les titres composés par Sébastien Moreaux sont affinés à trois, ce n’est pas sans quelques taquineries au sujet de ses débordements de métrique. Son jeu magnifique mais non-académique est sans cesse sublimé d’imprévus. Revenue du chemin classique, sa musique enrichie est plus inspirée que jamais. ADN






