Hybride et efficace
PROFOUND MYSTERIES II, Röyksopp, PIAS, 17,25€
Après huit ans de silence discographique, les Norvégiens de Röyksopp ne font pas les choses à moitié : trois albums : Profound Mysteries I, II, III en une seule année. Après le premier volume sorti le 29 avril, et en attendant Profound Mysteries III, prévu pour le 18 novembre, penchons-nous donc sur cet opus médian, qui alterne tubes synthpop (« Denimclad Baboons ») et rêveries éthérées (le final « Some Resolve »). Pour ce disque, Röyksopp s’est entouré de plusieurs collaborateurs, du vétéran Jamie Irrepressible (Sorry, premier single du groupe et ballade hantée) aux étoiles montantes Astrid S ou Karen Harding pour créer un album protéiforme sans être foutraque. Le synthétique des machines se mêle à la chaleur des voix pour lorgner parfois sur une synthpop typiquement hybride des scènes scandinaves et britanniques (Unity). Un album qui ne cède ni au passéisme, ni à un modernisme forcené. On attend le troisième volet en dansant sur Denimclad Baboon, un verre de vin à la main.

Pour assumer septembre
KEEP ON SMILING, TWO DOOR CINEMA CLUB, Glassnote, 15,99€
Nous avions découvert Two Door Cinema Club avec leur album Tourist History. C’était alors la queue de comète d’un renouveau du rock qui avait débuté en 2001 avec la spectaculaire arrivée au monde des Strokes. La musique de Two Door Cinema Club est légère, directe, souvent dansante, toujours obsédée de mélodies imparables. S’ils ne sont jamais grandioses, toujours ils sont charmants. Nous les avions quittés en 2019 avec l’album False Alarm que ma mémoire abîmée n’a hélas pas gardé en souvenir. Les voilà de retour avec un album qui n’est pas révolutionnaire, ce qui n’est pas pour nous déplaire. Sorte de Talking Heads modernes, Two Door Cinema Club nous invitent à danser en remuant la tête sur ces guitares sautillantes et ces nappes synthétiques. Optimiste, Keep On Smiling n’oublie pas pour autant de donner une chance à la profondeur et aux accords mineurs (sur le titre « Lucky », par exemple). Après des vacances pleines de baisers volés, de cocktails acidulés et de chagrins sans lendemain, cet album qui sortira en septembre nous permettra d’atterrir doucement dans notre fastidieux quotidien.

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D’un ennui mortel
THE PINK ALBUM, UNLOVED, Heavenly Recordings , 17,99€
Qu’est-ce qu’un critique ? Un type qui se fait le chantre de sa subjectivité avec aplomb. Ceci étant dit, allons-y. J’ai l’habitude d’être dans mon lit plusieurs fois par jour – habitude que je partage avec Marcel Proust, mais sans avoir jamais cherché à créer une œuvre plus longue que cette petite chronique (comme quoi, la literie ne fait pas tout). Pour écouter l’album rose de Unloved, je n’ai donc pas dérogé à mon penchant pour la position horizontale. Ayant démarré cet album, comme il est conseillé de le faire, par la première chanson, j’ai été pris à mon propre piège en tombant endormi avant la troisième. J’ai donc décidé de renouveler l’expérience en allant courir. Je mentirais en disant être tombé assoupi avant le troisième kilomètre, mais disons-le, j’aurais sans doute préféré cette éventualité. En effet, l’écoute prolongée d’un disque si prétentieux, ennuyeux à mourir (ou à dormir) et faussement artiste n’est supportable qu’ivre mort ou dans un coma profond.

Dentelle brésilienne
VESTIDO DE AMOR, CHICO CÉSAR, Zamora Label, 14,99€
En trente ans de carrière, le chanteur et guitariste brésilien Chico César est devenu une figure centrale de la MPB (musique populaire brésilienne). Profus à souhait, son dixième opus, Vestido de amor, est toujours aussi fantasque et sérieux et l’on n’est jamais déçu. Enregistré à l’excellent Studio Ferber à Paris, le disque offre une merveilleuse intrication sensorielle et de brillantes interventions d’invités remarquables. Creusant le sujet du panafricanisme, Vestido de amor oscille entre passages emphatiques et pépites joyeuses, car « le plus grand risque encouru par le Brésil ces dernières années a été l’extinction de la joie, cette alegria propre au génie brésilien », affirme César. Il est stupéfiant de constater combien la variété des références (Brésil, Afrique, Jamaïque, Cap- Vert) n’empêche pas cet ensemble imprévisible de faire montre d’une grande cohérence. Probablement la signature de Jean Lamoot, véritable magicien du son aux effets électroniques tourbillonnants. Fortement recommandé !

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Élégant et sensuel
L’ÉLECTRICIEN DE LA VILLE LUMIÈRE, MARCIO FARACO, Ciranda, 20€
Le treizième album de Marcio Faraco, le plus français des musiciens brésiliens, est un prétexte pour déclarer son amour à Paris. Pour preuve, les très belles prises de vues de la capitale sur la pochette, que l’on doit à Robson Galdino, le producteur embarqué dans les balades de Marcio qui connaît Paris comme sa poche ! Cette fois, l’opus est intégralement interprété en français avec cette pointe d’accent feutrée et savoureuse qui conserve le « gingado – balancé » de sa langue originelle. Son jeu élégant et son grain de voix paisible et sensuel reconnaissable entre mille, habille les textes poétiques de l’auteur Philippe Thivet, à qui l’on doit notamment le croustillant « Électricien de la ville lumière », morceau éponyme. Les mots de l’écrivain Alain Gerber pour « Plus de mille jours » ont inspiré au guitariste l’une des plus jolies mélodies de sa carrière. L’élocution de Marcio Faraco dans son idiome natal est réputée, mais il parvient aussi à faire sonner la langue française – sans la dénaturer ! Un magnifique hommage.






