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Les mauvaises herbes sont-elles de droite ?

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Publié le

24 octobre 2019

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On s’est récemment ému de la disparition des coquelicots. Le coquelicot est une plante adventice, c’est-à-dire qu’elle pousse là où on ne l’a pas invitée. Elle prend racine, elle se reproduit. Le champ est moins uniforme, la récolte est moins pure. C’est une mauvaise herbe, une herbe folle, comme on disait du temps où on stigmatisait les neuro-atypiques. Ses semences sont vivaces longtemps et résistent, enfouies, à la dessiccation et à l’asphyxie.

 

 

Oui, la mauvaise herbe est tenace et demeure, malgré les efforts les plus violents, les campagnes les mieux menées, le progrès le plus technique, les injonctions les plus morales. On lui reproche de distraire à son profit la nourriture des plantes que l’homme veut faire croître, innombrables et semblables. Un simple coquelicot menace le blé normé qui doit produire selon des rendements standardisés des grains calibrés.

 

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Les mauvaises herbes ont des noms charmants qui révèlent leurs qualités, célèbrent leurs vertus ou dénoncent leurs vices: anthémis puant et crépis fétide, laiteron délicat et brome cathartique, fumeterre officinale et houlque molle, dame d’onze heures et épilobe hirsute, œil du Christ et orge des lièvres, persil des moissons, fausse roquette, pied d’oiseau délicat et fenouil commun. On aimerait en réciter des litanies.

 

Fenouil commun. Elles sont communes, en effet. Elles nous accompagnent depuis longtemps. On a réussi pendant des siècles à faire pousser avoines, orges, blés et seigles sans les anéantir. Mieux, on s’est attaché à découvrir leurs vertus.

 

L’adventice peut être utile à l’homme pourvu qu’il s’essaye longtemps à découvrir s’il peut manger le pissenlit et empêcher le sang de couler grâce à la capselle bourse à pasteur.

 

Le chénopode puant (qu’on appelle aussi arroche puante, herbe-de-bouc et vulvaire) permet de teindre la laine en jaune vif et est anti-hystérique. Quant à la fumeterre officinale (qu’on nommera plutôt herbe à la veuve, fiel de terre ou pied de Céline), elle est tonique, apéritive, diurétique et dépurative. L’adventice peut être utile à l’homme pourvu qu’il s’essaye longtemps à découvrir s’il peut manger le pissenlit et empêcher le sang de couler grâce à la capselle bourse à pasteur.

 

D’autres n’ont pour elles que d’être jolies à nos yeux, outre qu’elles nourrissent les oiseaux et les insectes. Le coquelicot a en plus un aspect patrimonial fâcheux puisqu’il évoque la Grande Guerre, donc le patriotisme, donc le nationalisme – qui ressemble assez à une semence enfouie résistant à l’asphyxie, d’ailleurs. Le coquelicot est donc proche à la fore obsidionale, qui pousse dans les pas des armées.

 

Lire aussi : L’athazagoraphobie est-elle de droite?

 

Résumons-nous. Les mauvaises herbes poussent en France où elles révèlent leurs vertus, embellissent les chemins et fixent l’azote. Leurs noms sont un conservatoire d’un temps où l’homme vivait selon la nature. Elles ont un aspect patrimonial qui gêne les beaux esprits. La modernité les trouve irritantes car elles n’obéissent pas aux principes démocratiques d’uniformité et d’utilité citoyennes. On s’est tant attaché à les faire disparaître à coups de rationalité chimique que c’est la nature entière qui est en train de crever. La France en a besoin. Les mauvaises herbes sont de droite.

 

Richard de Seze

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