Pour des raisons qui m’échappent, ou que je ne peux considérer sans tristesse, Durex a décidé de lancer « une campagne ludique et authentique », Le Sex en Vrai [sic]. Évidemment, il s’agit moins d’être ludique que d’être « sans tabou », ce qui est quand même devenu une gageure ; je propose d’ailleurs de lancer un Conservatoire national des Tabous, pour la préservation des modalités sociales préhistoriques et historiques telles que la civilité et la bienséance ; mais c’est une autre histoire. Or donc, et comme l’affirme avec force et courage Benjamin Caspari, Category Marketing Manager chez Durex (ça existe), « cette opération répond à notre volonté d’inclusion et de libération de la parole. Nous souhaitons aborder la sexualité de manière ouverte et sans tabous, en parlant de sujets cruciaux comme les premières fois, la confiance ou encore le consentement. Notre but est de donner la parole aux jeunes mais aussi d’informer et de prévenir notamment sur l’importance du dépistage et de la protection ». On n’est pas plus citoyen, au sens républicain du terme (un sens républicain confère à n’importe quel objet, comme le préservatif, une indispensable aura de respectabilité sanitaire et progressiste, comme M. Blanquer a pu le démontrer).
Pour ce faire, Durex a fait appel à l’influenceuse Romy (« Romane pour les intimes. Pocket-sized girl who loves fashion, animals and icetea. »), blonde aux sourcils et au mufle travaillés. Cliquant sur le compte Instagram de Romy, je suis tombé sur un statut du mois d’octobre où Romy affirme qu’elle se sent « cute » en « purple », avec un commentaire éloquent : « Omgggggg ??? » ; commentaire émanant de flyingdressfrance, qui vante les mérites de se faire prendre en photo avec une robe de soie volant au vent grâce à sa très longue traîne, et un ventilateur.
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Au premier abord, on se dit que c’est bon pour les cagoles. Au second, on est désarmé par le constat que se faire photographier en 2021 dans une robe de princesse Disney est une petite épiphanie, loin, très loin de l’uniforme unisexe que les modeux et les vigilants tentent d’imposer. Un désir enfantin qu’on réalise à l’âge adulte, un appétit de décorum, l’affirmation presqu’inconsciente que la parure féminine agrémente la vie et que sa mise en scène exacerbée est une source de joie innocente. Cette robe volante est la chose la plus réactionnaire qui soit sans même s’en rendre compte. Voilà que Winterhalter est descendu dans la rue et qu’une robe fugace fixe une anthropologie plus sûrement qu’un discours de Bellamy.
La vulgarité s’efface derrière la satisfaction naïve et légitime d’être, un instant immortalisé, l’équivalent de la Belle, avec une féminité exacerbée qui se moque des âges, des situations, des positions, des tatouages et des richesses. La robe volante, soyeuse, genrée, brillante, féerique, absolument pas racisée et populaire, est de droite.





