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L’hérésie populiste (4/4) : pourquoi une gauche populiste n’est pas viable ?

La tentative populiste de Podemos en Espagne fût un échec, et pour cause : en quête d’agents révolutionnaires, la gauche a oublié le peuple traditionnel au profit des minorités. Quatrième article d’une série de quatre, paru sur le site espagnol El Manifiesto et traduit par Patrick de Pontonx.

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Plutôt que le prolétariat, le « peuple » : l'analyse de Laclau a été pleinement reprise en Espagne par le groupe d'extrême gauche Podemos, qui a vu dans ce schéma un excellent outil pour reconstituer les rangs ruinés de la vraie gauche. Une opération admirable : des millions de personnes qui votaient autrefois pour la droite, mais qui sont aujourd'hui ruinées par la crise, pouvaient désormais pencher vers un mouvement transversal. Or, il est très significatif que la manœuvre ait fini par dégénérer en ce qu'elle est aujourd'hui : il n’y a aucune transversalité, mais uniquement la récupération intégrale des vieux clichés de la gauche radicale, l’écrasement des traits proprement populistes sous le poids d'une base militante qui veut seulement être « rouge ». L'expérience du gouvernement de Podemos dans les municipalités et les régions donne la mesure de cet échec. Cet échec peut se résumer ainsi : la gauche n’est pas parvenue à cesser d’être la gauche.

Il faut insister sur le processus social et politique qui nous a conduits jusque là. La répétition pourra peut-être servir de point d’orgue à l'analyse. De même que la droite a fini par trahir la nation, c'est-à-dire le peuple historiquement et politiquement constitué, la gauche a complètement oublié qui est vraiment le « peuple », ce qu'est la « classe ouvrière ». Il faut rappeler que ceux qui ont opéré le grand miracle de la transformation socio-économique dans tout l'Occident entre 1950 et 1970 n'étaient pas des activistes LGBT ou des apôtres du métissage, mais des Européens de souche (et fiers de l’être), au visage blanc (normalement noirci par le travail), des hétérosexuels avec des enfants, pour la plupart chrétiens (du moins dans leur référence au bien et au mal) et avec une idée bien matérielle, qui n’avait rien d’idéologique, de la liberté et de la prospérité. Ces générations ont réussi à réduire au minimum l'écart social ; ils furent le matériau avec lequel furent exécutées les grandes politiques de reconstruction, aussi bien dans l'Allemagne sociale-démocrate que dans l'Espagne franquiste ou dans « l'Amérique des opportunités ». D'un certain point de vue, ils ont été les héros de la seconde moitié du XXe siècle. Voilà ce qu’était le peuple. Le seul peuple réellement existant.

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