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Une philosophie du droit

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26 février 2019

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Le libéralisme n’est pas une doctrine économique, mais une pensée du droit et de la place de la personne dans la société. Cette réflexion juridique a des implications économiques et politiques, mais aussi dans l’ordre des nations et des relations internationales.

 

La version moderne du libéralisme apparaît dans ce XVIe siècle troublé par les guerres civiles et les rivalités religieuses. Des juristes français conduits par Jean Bodin réfléchissent à la place de l’homme, à sa liberté personnelle, à ses rapports avec l’État et à ses marges de manœuvre face aux groupes sociaux, politiques et religieux. La réflexion se poursuit en France au XVIIe et au XVIIIe siècle avec la question de l’absolutisme du pouvoir politique et de la liberté économique.

 

Dans cette révolution industrielle qui naît en France aux détours des années 1710, beaucoup réfléchissent aux conditions du développement matériel, à l’amélioration de la production agricole, à l’essor de l’industrie, au commerce et aux rapports entre les nations. C’est la naissance de l’école française d’économie politique, antérieure à l’école anglaise, et qui a perduré jusqu’aux années 1920. L’originalité de ces penseurs est qu’ils ne sont pas des purs esprits ou des philosophes maniant les idées du haut de leur chaire professorale, mais des praticiens, hommes de guerre, commerçants, industriels, agriculteurs, hommes politiques ; des hommes confrontés aux réalités du terrain qui ne cessent de faire des allers-retours entre cette réalité et leurs idées. Par leurs actions et par leurs pensées, ils essayent de trouver des solutions concrètes aux maux de leur temps.

Au fur et à mesure de leurs écrits et de leurs pratiques, la pensée libérale se précise et se cristallise autour de piliers structurants : le respect du droit naturel, la liberté d’association, la défense de la propriété privée, la subsidiarité, la lutte contre l’arbitraire de l’État, la paix entre les nations, l’égalité civique.

C’est Vauban, bien connu pour ses fortifications militaires, qui s’oppose à la révocation de l’édit de Nantes et qui publie un traité sur l’impôt, La dîme royale, qui jette les fondements de ce que les économistes nomment aujourd’hui la flat tax. C’est Pierre de Boisguilbert, commerçant à Rouen et gérant ses terres de Pinterville, qui se lève contre les guerres incessantes de Louis XIV et la trop forte pression fiscale. Au XVIIIe siècle, on trouve notamment les noms de Vincent de Gournay, marchand de Saint-Malo, à qui l’on doit l’expression « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises » et le plus célèbre Anne-Robert Turgot.

 

Au fur et à mesure de leurs écrits et de leurs pratiques, la pensée libérale se précise et se cristallise autour de piliers structurants : le respect du droit naturel, la liberté d’association, la défense de la propriété privée, la subsidiarité, la lutte contre l’arbitraire de l’État, la paix entre les nations, l’égalité civique. D’où leur combat pour que tous payent l’impôt, y compris la noblesse. D’où leurs combats aussi contre les octrois et les douanes intérieures qui provoquent l’accroissement des prix des grains et donc la disette des plus pauvres. Les libéraux sont convaincus que la suppression de la pauvreté ne passe pas par la redistribution, mais par la création de richesse et l’élévation générale du niveau de vie. Ce qu’ils appliquent dans les différentes activités économiques qu’ils ont eues à traiter.

 

 

Assumer la Révolution

 

Alors que les progressistes voient dans la Révolution française le début de l’histoire et les réactionnaires son terme, les libéraux considèrent celle-ci comme un moment, dont il faut éliminer le pire et garder le meilleur. Ils n’ont eu alors de cesse, tout au long du XIXe siècle, de défendre un régime modéré et pacifique, qui sache concilier la pluralité des opinions et les diverses écoles spirituelles et intellectuelles françaises. Comme au XVIe siècle, la France est toujours menacée par la guerre civile, et l’enjeu du pouvoir politique est d’arriver à faire vivre ensemble des hommes aux idées opposées.

 

Rejetant la violence de la loi et de la force, les libéraux se tournent vers la monarchie parlementaire permise par la charte. L’Angleterre apparaît à beaucoup comme un modèle, elle qui a réussi à faire une révolution pacifique et qui parvient à concilier le respect du roi et les luttes politiques au sein du Parlement. François Guizot, Victor de Broglie, Frédéric Bastiat, Alexis de Tocqueville, chacun à leur manière, assument les temps nouveaux en conservant ce qu’il faut et en modernisant ce qui doit.

 

Lire aussi : Mathieu Detchessahar : « C’EST LE BIEN COMMUN QU’IL FAUT RECONSTRUIRE »

 

Sur les fondements intellectuels évoqués plus haut, les libéraux défendent alors la liberté scolaire (loi Guizot de 1833 et loi Falloux de 1850), la liberté de la presse et la liberté des peuples et des nations. Les libéraux soutiennent les mouvements nationaux en Europe, assumant le patriotisme face aux empires, que ce soit en Italie ou en Allemagne.

 

Liberté des hommes et paix des nations

 

Les libéraux se retrouvent aussi dans la lutte contre l’esclavage et la traite négrière. Broglie est le président de la Société française pour l’abolition de l’esclavage, qui regroupe tous les libéraux de l’époque et qui aboutit au décret de 1848. Leur anticolonialisme est aussi une constante et ils n’ont eu de cesse de s’opposer à la politique de Jules Ferry et à la colonisation menée par la République.

 

 

Anti-esclavagisme, anti-colonialisme et liberté du commerce vont de pair. L’école libérale a des fondements intellectuels qui s’expriment ensuite dans une grande diversité d’opinion ; c’est notamment le cas sur le plan religieux. Si l’absolutisme réactionnaire des dévots de l’Ancien régime les rebute, on trouve une grande variété de sensibilités religieuses.

Certains sont anticléricaux et vaguement théistes, d’autres pieux. Pour Tocqueville par exemple, le catholicisme est le seul moyen de sauver la démocratie de ses dérives et de n’en garder que le meilleur, c’est-à-dire l’égalité des conditions civiques. Dans La démocratie en Amérique, il explique même que la démocratie est la fille du catholicisme et non pas du protestantisme, comme c’est alors communément défendu à l’époque.

 

Lire aussi : Conservatisme libéral ou barbarie ? 

 

Parti de la libre-pensée, Bastiat se convertit au catholicisme et reconnaît que son œuvre a été inspirée par la recherche de Dieu, comme il l’écrit dans la préface de ses Harmonies économiques : « Il y a dans ce livre une pensée dominante ; elle plane sur toutes ses pages, elle vivifie toutes ses lignes. Cette pensée est celle qui ouvre le symbole chrétien : JE CROIS EN DIEU ». Bastiat a été lu par le cardinal Pecci, qui l’a cité dans une lettre pastorale comme l’un des grands économistes de son temps.

 

Devenu le pape Léon XIII, on retrouve de nombreux arguments de Bastiat dans sa lettre encyclique sur la question sociale Rerum novarum. Comme plus tard Jean-Paul II, dont l’encyclique Centesimus annus a été influencée par ses échanges avec Michel Camdessus, alors directeur du FMI.

 

 

Ni communiste ni étatiste

 

Infatigable défenseur de la paix, Frédéric Passy a été honoré du premier Prix Nobel de la paix en 1901. Mais l’école française d’économie politique voit ses derniers représentants disparaître dans les années 1920. Moins regroupés et organisés, les libéraux deviennent davantage francs-tireurs. Jacques Rueff, Raymond Aron, Jean Fourastié ou Jean-François Revel, pour ne citer que les défunts, luttent contre le socialisme, que celui-ci s’exprime dans une version de droite ou dans une version de gauche, d’une façon forte (communisme) ou d’une façon douce (étatisme). À l’instar de Friedrich Hayek, très influencé par Tocqueville, ils ont compris que la route de la liberté conduit à l’égalité, mais que la route de l’égalité mène à la servitude.

 

La primauté accordée aux droits naturels de la personne et les piliers fondateurs du libéralisme apportent des solutions aux grands problèmes d’aujourd’hui : protection des données personnelles, sauvegarde de l’environnement, nouvel esclavage de la GPA et nouvelle traite négrière, défense de la grande propriété privée qu’est la nation face au dissolvant mondialiste, fiscalisme maladif et étatisme débridé. Pensée du droit, le libéralisme tente de répondre à ces défis : comment permettre le bonheur des hommes et comment sauvegarder la paix des peuples.

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