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Macron libéral ? Quelle blague !

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Publié le

12 octobre 2020

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Libéral pour les antilibéraux, et réciproquement, Macron a tendance à désarmer les critiques par son « en même temps », autant qu’il aiguise les animosités. L’auteur de ce texte, partisan du libéralisme, défend l’idée d’un Macron interventionniste. Le lecteur jugera.

Et si Macron était le premier responsable du séjour de Carlos Ghosn dans les geôles nipponnes ? Posée dès l’arrestation du PDG de Renault le 19 novembre 2018 à Tokyo, la question n’en est plus une parce que la réponse est évidente. Lorsqu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, avait fait acquérir en avril 2015 près de 5 % supplémentaire du capital de Renault par l’État pour doter le gouvernement français, grand expert en stratégie industrielle comme chacun sait, d’une minorité de blocage, les Japonais de sa filiale à 43 %, Nissan, ont pris cette opération pour ce qu’elle était : Nissan allait devenir une entreprise publique détenue par l’État français, l’alliance allait devenir asservissement. Ils se sont donc fâchés tout rouge et n’ont pas trouvé d’autre façon de sortir de ce piège que de se débarrasser de Carlos Ghosn par n’importe quel moyen, y compris les plus douteux et les plus brutaux.

Déjà donc, deux bonnes années avant son accession à l’Élysée, Emmanuel Macron avait démontré brillamment son talent de haut fonctionnaire – certes un temps commis bancaire de luxe, mais pas un instant entrepreneur – à imiter des générations entières de dirigeants français ontologiquement incapables d’imaginer qu’une entreprise puisse exister sans l’œil tutélaire de l’État.

Crever les pneus et exiger des rustines !

Les gesticulations autour de Bridgestone, le pneumaticien japonais désormais incapable de produire des pneus à un prix acceptable par le client en France, qui est contraint de fermer son usine de Béthune (Pas-de-Calais), ne serviront évidemment à rien, mais elles témoignent de l’atavisme étatiste macronien. D’autant que, contrairement à d’autres industriels qui avaient obtenu l’aide de l’État pour sauvegarder des emplois, Bridgestone n’avait jamais rien demandé, ce que vient maintenant lui reprocher Amélie de Montchalin, ministre… de la Transformation et de la Fonction publiques ! Et tout l’aréopage gouvernemental de lancer diatribes, menaces et promesses pour faire semblant de se battre en faveur des salariés, alors que, « en même temps », ils mènent la guerre aux véhicules qu’équipe la société !

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« Certes, Bridgestone aurait dû monter en gamme, a ironisé le journaliste économique François Lenglet. Et fabriquer des pneus plus larges et plus chers […] À ceci près que la France dissuade les achats de gros véhicules, avec un malus écologique de plus en plus lourd. L’État voudrait qu’on fabrique des pneus, et empêche qu’on les vende… Il est partant pour sauver les usines, mais seulement après les avoir lui-même asphyxiées ». Eh oui : « Un chômeur qui roule à vélo, c’est d’abord un chômeur ».

Les libéraux de gauche étaient outre-Rhin

Et d’ailleurs, l’action de l’État doit-elle consister à sauver des emplois, à tout prix, dans l’immédiat ? Le chancelier socialiste Gerhard Schröder, à la tête du gouvernement allemand de 1998 à 2005, avait lancé en 2003, pour purger définitivement la facture de la réunification du pays, son plan d’assainissement de l’économie. Le plan Hartz ou plutôt les plans, car il y eut quatre vagues de lois Hartz, du nom d’un diplômé de rien du tout puisqu’il avait commencé à travailler à l’âge de 14 ans pour finir directeur des ressources humaines de Volkswagen, se firent à coups de réductions d’effectifs, de diminutions de salaires, de réductions des indemnités de chômage, ainsi que… de fermetures d’usines.

À l’époque, 12 % de la population active allemande était sans travail. Depuis, le taux de chômage s’est effondré pour toucher un plus bas à 3 % au début de cette année, avant la mise à l’arrêt de l’économie mondiale pour cause de virus chinois. Une performance d’autant plus remarquable qu’entretemps, une violente crise financière avait provoqué une sévère récession à travers le monde entier en 2008-2009. L’Allemagne avait vu son PIB reculer de près de 5 % cette année-là ; elle s’était redressée en moins d’un an…

Le plan Hartz ou plutôt les plans, car il y eut quatre vagues de lois Hartz, se firent à coups de réductions d’effectifs, de diminutions de salaires, de réductions des indemnités de chômage, ainsi que… de fermetures d’usines

Ce « modèle allemand », tant vanté par ailleurs, a été analysé dans un rapport sénatorial établi en octobre 2016. Le rapporteur était Philippe Dallier, sénateur LR de Seine-Saint-Denis et premier vice-président du Sénat. La présidente de la commission d’enquête était une élue PS de la Nièvre, Anne Emery-Dumas. Battue depuis, elle ne siège plus au Sénat. Et elle n’est plus non plus au PS : elle est passée à La République en marche.

Des aides, mais à condition de licencier !

Les États-Unis, d’où est partie en septembre 2008, avec la faillite de Lehman-Brothers, la crise financière qui couvait depuis l’année précédente après l’éclatement de la bulle immobilière provoquée par les subprimes, ces prêts consentis à des ménages massivement incapables de les rembourser, ont procédé à des nationalisations temporaires pour sauver l’industrie automobile du pays. On disait alors que les Américains contournaient la crise par la gauche. Pareille intervention de l’État était, en effet, inédite dans toute l’histoire des États-Unis, mais les conditions de ces nationalisations méritent d’être éclaircies.

Le 17 décembre 2008, George Bush, toujours président des États-Unis, un mois avant que Barack Obama ne prenne officiellement ses fonctions, accorda un prêt de 17 milliards de dollars à General Motors, à l’époque encore premier constructeur automobile mondial et qui se trouvait en cessation de paiement. Mais pour que le Sénat accepte ce prêt qui devait être transformé en actions de l’État fédéral, GM, dont les effectifs étaient déjà passés en quatre ans de 350 000 à moins de 240 000 salariés, dut prendre un engagement : non pas celui de maintenir les emplois, mais celui… de supprimer 20 000 emplois supplémentaires et de fermer treize sites de production dans le pays ! Un plan avalisé, et même amplifié, par le nouveau Sénat à majorité démocrate, et par Barack Obama en personne, qui obtint même le départ du patron de GM, expliquant que celui-ci n’en avait « pas encore fait assez » en matière de « restructuration ».

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Le sens de cette condition sine qua non pour obtenir l’aide publique, et éviter ainsi la disparition pure et simple, était limpide : il fallait supprimer des emplois maintenant pour sauver la firme et pouvoir en recréer plus tard. Dix-huit mois après sa nationalisation, GM retournait en Bourse, l’État fédéral s’en retirait en totalité. De l’autre côté de l’Atlantique, le premier actionnaire de Renault est resté l’État français à hauteur de 15 %. Ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas supprimé une dizaine de milliers d’emplois en France depuis 2007…

L’IFI n’a rien à envier à l’ISF

Gerhard Schröder et Barack Obama étaient-ils libéraux, voire de droite ? Chacun se fera son opinion. Mais les exemples ne manquent pas qui prouvent à quel point Macron est moins libéral et plus à gauche que les deux réunis. Citons en trois.

D’aucuns jugent Macron libéral parce qu’il a supprimé l’ISF, l’Impôt de solidarité sur la fortune. Hors qu’aucun brevet de libéralisme ne saurait être décerné pour avoir supprimé un impôt qui n’existe quasiment nulle part ailleurs, Macron a inventé l’IFI, l’Impôt sur la fortune immobilière. Celui-ci n’est qu’une concrétisation discrète d’une idée à proprement parler effrayante, théorisée par son entourage durant la campagne de 2017 : l’instauration d’un impôt sur un revenu fictif au détriment des propriétaires de leur logement ayant soldé leur crédit. Le raisonnement est simple : désormais logés gratuitement, ils doivent être taxés en fonction de l’avantage qu’ils ont sur celui qui continue à acquitter un loyer mensuel. L’IFI pourrait n’être qu’un premier pas vers ce nouveau compartiment de l’enfer fiscal français.

L’IFI pourrait n’être qu’un premier pas vers ce nouveau compartiment de l’enfer fiscal français

L’idée est d’autant moins enterrée que l’ancien conseiller de Hollande Gaspard Gantzer, énarque comme il se doit et très proche de Macron qu’il a longuement côtoyé à l’Élysée à partir de 2012, l’a remise sur le tapis lors des dernières élections municipales à Paris. Les retraités, dont on dit qu’ils ont largement contribué à l’élection de Macron en 2017, feraient bien d’y réfléchir d’ici à 2022.

Le fantôme de l’Union soviétique bien vivace

Toujours au nom du gouvernement « libéral » de Macron, le 1er juillet 2019, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Action et des Comptes publics, installait la toute nouvelle police fiscale dans ses locaux à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) : 266 nouveaux enquêteurs dotés de moyens de police, habilités à procéder à des gardes à vue, à des perquisitions et à des géolocalisations pour traquer d’éventuels fraudeurs dans le pays le plus fiscalisé et avec le taux de recouvrement (98,5 %) le plus élevé du monde ! Et cela dans le pays qui affiche une dépense publique qui approchera les 2/3 du PIB à la fin de cette année. Il n’est pas sûr que l’Union soviétique ait jamais atteint un tel niveau.

Comparaison n’est pas raison ? La référence à l’Union soviétique est bel et bien de mise depuis quelques jours dans toutes les colonnes. Pour ôter un argument à Marine Le Pen, qui y est favorable, et pour donner un hochet à son ami François Bayrou, Macron vient de ressusciter le Commissariat général au Plan.

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Dissous en 2006 mais tombé en désuétude dès le septième plan quinquennal (1976-1980), et dont pratiquement aucun objectif n’a été accompli du fait des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979, il est peu probable qu’il serve à quoi que ce soit, si ce n’est donner un emploi à 200 fonctionnaires supplémentaires qui mettront leur grain de sel dans la vie économique au détriment de la liberté d’entreprendre, et viendront expliquer dans quel secteur stratégique et forcément d’avenir il convient d’investir à ceux qui, n’étant pas issus du corps de l’Inspection des finances, ne peuvent évidemment rien en savoir.

La Cour des comptes publiera bien dans quelques années le montant de cette nouvelle gabegie. On pourra toujours lui demander ce jour-là si Macron était un libéral.

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