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Macron mis à nu

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Publié le

10 septembre 2019

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Emmanuel Macron, Julien Aubert le connaît depuis longtemps. Avec « Manu », ils étaient ensemble à l’ENA. Le député du Vaucluse et président d’Oser la France aurait pu rédiger un portrait truffé d’anecdotes, il a choisi de prendre de la hauteur. Il a bien fait. Son analyse du macronisme est plutôt juste.

 

Le macronisme est, d’abord, un narcissisme. E. M. pour En Marche ! parce que E. M., ce sont ses initiales. Il doit y avoir un avant et un après E.M.comme il y a un avant et un après J.-C. Qu’on se souvienne de son discours exalté, « presque christique », à la porte de Versailles, en 2016. « Le macronisme est tout entier dévolu à l’amour d’une seule personne », lui-même, écrit Aubert. Bien sûr, le macronisme n’est pas que cela. Le Sauveur ne va pas nu. Il s’est paré d’oripeaux idéologiques.

Pour Macron, l’individu est un entrepreneur en puissance, et l’essentiel n’est pas de participer à la chose publique mais de gagner de l’argent, ultima ratio de la performance

 
 On ne suivra pas forcément Aubert quand il affirme qu’on ne les a pas vus, qu’on l’a pris pour un « pragmatique », voire, selon la formule de Jean-Louis Bourlanges, comme « un mélange insolite de gaullisme et de centrisme ». Macron, c’est l’économisme pour l’hémisphère droit, le progressisme pour l’hémisphère gauche, avance Aubert. On pourrait aussi dire que ce sont deux hémisphères gauches qui se corrèlent parfaitement. C’est en tout cas l’émancipation individuelle par la réussite économique. « Pour Macron, l’individu est un entrepreneur en puissance, et l’essentiel n’est pas de participer à la chose publique mais de gagner de l’argent, ultima ratio de la performance ».

Pour Macron, tout est vu, analysé – et peut-être résolu – par le prisme de l’économie

 

Pour Macron, tout est vu, analysé – et peut-être résolu – par le prisme de l’économie. Business d’abord et libéral-mondialisme à toutes les étapes. C’est donc très logiquement que « le macronisme se pense comme un anti-conservatisme et pose comme point de départ la déconstruction de toute identité collective unitaire et stable, en commençant par l’identité nationale ». Entre « l’individu-réussite » et le « monde-marché », écrit Aubert, pour E. M., il n’y a rien, car il ne doit rien y avoir. Et surtout pas de politique. « Il en résulte que le politique n’est pas là pour dicter sa loi à l’économie, mais pour lui permettre de fonctionner le plus aisément possible, parce que le marché a raison et crée de la prospérité ».

 

 
 Aubert consacre de nombreuses pages aux différentes formes de déconstruction des structures traditionnelles et représentations sociales que prend le progressisme macronien avec d’autant moins de complexes qu’il « n’a pas d’objectif clairement défini » en la matière. Peu importe où on va aboutir, jusqu’où on va aller, du moment que cela prote aux individus. Et au marché.

Il y a toutefois des angles morts dans son livre, dont on ne peut pas croire qu’ils ne sont pas volontaires.

 
 Il y a toutefois des angles morts dans son livre, dont on ne peut pas croire qu’ils ne sont pas volontaires. Celui qui avait créé en 2013, avec un fol esprit créatif, le Rassemblement Bleu lavande (sic) pour contenir la progression du FN et de Marion Maréchal dans le Vaucluse ne parle quasiment pas de l’islam. Dans tout l’ouvrage, le terme n’apparaît que trois fois. Et encore, jamais seul. Deux fois pour parler du terrorisme, « islamique » ou « islamiste ». Une fois pour dénoncer « l’islam radical ». Et c’est tout. Dans le passage sur l’« identité nationale », il n’est question que de « rétablir l’unicité de la République » pour faire reculer « les autonomistes de tout poil  » – les Corses apprécieront… – et « les fanatiques religieux ». Sinon, les mosquées partout, ça va ?

 

 

En fait, Julien Aubert a deux craintes: heurter « la sensibilité de ceux qui […] sont au fond d’eux-mêmes un peu blessés par la manière agressive dont la République peut parfois prendre en compte [le] sujet » de l’islam, et que se produise un « raidissement identitaire » des Français non musulmans, qui se traduirait par un vote pour le Rassemblement national. Ce n’est pas dans cet ouvrage qu’il le dit mais dans le Livre tricolore sur les islam(s), à télécharger sur le site d’Oser la France. Il en ressort qu’il faut « avoir une politique de préférence culturelle » – bravo ! – et « revoir la loi de 1905 par un texte complémentaire spécique au culte musulman, de manière à corriger les inégalités avec les autres cultes » !

 
 
La limite de Julien Aubert est là. Le livre du candidat souverainiste à la présidence de LR s’achève par une dénonciation du matérialisme, « qui, avec le gauchisme sociétal, est l’autre fléau moderne », et il se conclut par le mot de « civilisation ». À comparer avec ses autres écrits, on se demande si le « en même temps » de Macron n’est pas contagieux.

 

© https://www.editionsdurocher.fr/livre/fiche/emmanuel-le-faux-prophete-9782268102429

 

EMMANUEL, LE FAUX PROPHÈTE

Julien Aubert

Le Rocher, 220 p., 15,90 € (à paraître le 11 septembre)

 

Blanche Sanlehenne

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