Le président-philosophe a soigneusement choisi son terme : avec la guerre d’Ukraine, la Russie ferait peser sur la France une « menace existentielle ». Autrement dit, si l’on croit les dictionnaires, quelque chose « qui concerne l’existence en tant que réalité vécue personnellement et concrètement ».
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On se demande alors ce qui concerne « personnellement, et concrètement » la France dans cette guerre, malgré le narratif avancé par Jupiter. Résumons-le. En 2014, la Russie, choquée par la procédure d’adhésion à l’Union européenne reprise à la suite de la « révolution de la dignité », entre en guerre contre l’Ukraine, avec l’annexion de la Crimée et le soutien aux séparatistes. La France et l’Allemagne tentent alors une solution de paix : les accords de Minsk. Hélas, ces accords ne calment pas l’ours russe qui, en 2022, attaque l’Ukraine. Que la Russie se soit inquiétée d’une procédure d’adhésion à l’UE qui a servi de préalable à l’entrée dans l’OTAN de presque tous les anciens pays du bloc de l’Est, que la Crimée ne soit que peu ukrainienne, que les accords de Minsk n’aient pas été mis en œuvre par l’Ukraine et, aux dires même d’Angela Merkel, n’aient eu comme seul but que permettre à cette dernière de se sortir d’une mauvaise passe et de réarmer, que la CIA ait installé ses bases dès 2014, que tous ces éléments parfaitement documentés soient exclus de ce narratif manichéen montre bien que la France est partie prenante du conflit.
On se demande alors ce qui concerne « personnellement, et concrètement » la France dans cette guerre, malgré le narratif avancé par Jupiter. Résumons-le.
Mais on peine à déceler la « menace existentielle » qu’il ferait peser, pas plus – ou pas moins – que ceux en cours au Congo, en Arménie, ou dans le reste du monde. C’est que si la Russie gagne, déclare le président, la vie des Français serait bouleversée : nous serions en permanence face à un risque de nouvelle guerre, ruinés et ramenés des décennies en arrière, et, privés de ce blé que seul l’Ukraine produit, réduits à un pain bis fait de sciure. Mais nous sommes déjà ruinés, les dysfonctionnements de nos services publics nous ramènent déjà des décennies en arrière, et des menaces bien plus réelles pèsent déjà au quotidien sur la vie de nos concitoyens et l’avenir de notre nation, contre lesquelles on ne fait pourtant rien…
Certes, la guerre n’apporte jamais que malheur et désolation, et laisser exister le charnier ukrainien reste une honte. L’un des devoirs de notre pays, son honneur, serait donc de tenter d’y mettre fin diplomatiquement. Mais Emmanuel Macron, en fixant un objectif inepte et irréalisable, le retour aux frontières de 2014, obère toute chance d’apaisement. Irréalisable, parce que l’on ne force pas à vivre ensemble des gens qui ne le veulent plus. Inepte, parce que la règle de l’intangibilité des frontières a vécu, y compris en Europe, quand l’OTAN
a imposé les éclatements successifs de la Yougoslavie et notamment la partition du Kosovo, ouvrant la boîte de Pandore.
C’est que si la Russie gagne, déclare le président, la vie des Français serait bouleversée : nous serions en permanence face à un risque de nouvelle guerre, ruinés et ramenés des décennies en arrière, et, privés de ce blé que seul l’Ukraine produit, réduits à un pain bis fait de sciure.
Pour tenter de se trouver une légitimité, le président use d’artifices, sinon de « fraudes à la Constitution ». Ainsi, au lieu de faire ratifier par le Parlement ou le peuple le récent accord signé avec Zelenski, il use de l’article 50-1 et organise à la va-vite une déclaration du gouvernement sur cette thématique. Un bonheur n’arrivant jamais seul, le parti présidentiel très en retard dans les sondages sur le RN aux élections européennes croit ainsi délégitimer ceux qui, n’adhérant pas à sa rhétorique guerrière, ne seraient jamais que les nouveaux munichois.
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Cette crise, comme les autres, est en fait utilisée pour justifier la fuite en avant de notre oligarchie vers une inféodation plus grande encore de notre pays. Mais devant les narratifs caricaturaux, les objectifs surréalistes, l’incompétence affichée et les visées politiciennes, les Français ne s’y trompent plus, et la cote de popularité d’Emanuel Macron s’enfonce chaque jour un peu plus malgré ses déclarations martiales. C’est sans doute que, pour beaucoup de nos concitoyens, la « menace existentielle », c’est lui.





