[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]A[/qodef_dropcaps]près dix années de rupture avec les traditions diplomatiques de la Ve République, Emmanuel Macron avait prévenu. Pendant sa campagne, il voulait renouer avec la synthèse « gaullo-mitterrandienne », autrement dit, en finir avec « le néo-conservatisme ».
Formule ambiguë et popularisée par Hubert Védrine. Emmanuel Macron était d’ailleurs entouré par une petite cour atlantiste qui, après avoir soutenu l’action extérieure de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, comptait bien amplifier son emprise dans le sillage du candidat En Marche !
Bruno Tertrais, Nicolas Tenzer, Gérard Araud ou l’inévitable Bernard-Henri Lévy ne tarissaient pas d’éloge sur leur nouveau poulain. L’ancien associé de Rothschild était le seul parmi les quatre principaux favoris de la présidentielle à ne pas céder à la tentation de l’amitié franco-russe. Emmanuel Macron arrivant inexpérimenté sur la scène internationale, ils poussent la nouvelle égérie du progressisme à clarifier sa doctrine en leur faveur. Aurélien Lechevallier, l’ami de Sciences Po et de l’ENA du nouveau Président, chargé de mission auprès du très atlantiste Justin Vaïsse au CAPS du Quai d’Orsay, n’était-il pas le principal conseiller diplomatique du candidat en compagnie de Gérard Araud, ambassadeur à Washington ?
Le soir de sa victoire, au son de la 9e symphonie de Beethoven, le jeune prince héritier marchait sur les traces de François Mitterrand en direction de la pyramides du Louvre. Ce fut ensuite la réception grandiose de Vladimir Poutine dans la cour de Versailles. Le Pré- sident regardait la troupe qui lui rendait les honneurs, comme si la monarchie républicaine et militaire, celle de Mitterrand et de Chirac mais surtout de de Gaulle, était restaurée, quelque part entre les Tuileries et le château du Roi-Soleil. « Jupiter », surnom emprunté au PC souterrain de l’Élysée, nomma le réaliste Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay. L’ambassadeur Philippe Étienne, en partance pour Moscou, prit la tête de la cellule diplomatique du Président. Ancien des cabinets Charrette et Kouchner, le nouveau sherpa coche toutes les cases. Mais il ne fait pas partie des atlantistes du Quai contrairement à Lechevallier, son numéro 2.
Les premiers pas d’Emmanuel Macron sur la scène internationale répondent en effet à une tradition gaullienne : une résistance symbolique à l’hégémonie américaine
Déçus, les « ultratlantistes » n’étaient pas au bout de leur peine. Il fallut ensuite digérer l’entretien du Président au Figaro le 22 juin : « Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye ». Directement ciblée, la « secte » néo-cons laisse éclater sa colère sur les réseaux sociaux. Jean-Sylvestre Montgrenier éructe dans sa chronique à Challenges. Vincent Jauvert menace dans L’Obs à la veille du congrès de Versailles. Des universitaires de gauche comme François Burgat et Jean-Pierre Filiu pétitionnent dans Libération.
Les premiers pas d’Emmanuel Macron sur la scène internationale répondent en effet à une tradition gaullienne : une résistance symbolique à l’hégémonie américaine. Accueilli dans le nouveau siège de l’OTAN à Bruxelles, il partit à pied à la rencontre de ses homologues et esquiva Donald Trump pour tomber dans les bras d’Angela Merkel. La poignée de main virile avec le milliardaire de la Maison-Blanche fut longuement commentée dans les colonnes du JDD. Au G7 de Sicile, l’Amérique était pressée de respecter les accords de Paris. « Make our planet great again », s’exclamait sur Twitter le juvénile Président, couronné troll officiel de Donald Trump par la presse internationale. La venue du Président des États-Unis le 14 juillet sur les Champs-Élysées n’apaisa pas les craintes des « ultratlantistes » pour qui Trump est illégitime.
À mi-chemin entre Moscou et Washington, la diplomatie Macron entretient une imprévisibilité presque hé. Le rapprochement avec Moscou lui donne une marge de manœuvre qui oblige les États-Unis à prendre en considération les intérêts de Paris. Ni atlantiste ni gaulliste, la diplomatie Macron est chiraco-mitterrandienne, autrement dit pragmatique mais incohérente. Emmanuel Macron critique la Russie en Ukraine et, « en même temps », poursuit le processus de Minsk. Il veut laisser Assad à Damas et prépare des frappes en cas d’attaque chimique. Il promeut l’Europe de la Défense et maintient les accords militaires avec l’Otan en Irak-Syrie. Un compromis bancal entre l’indépendance gaullienne et l’internationalisme des faucons du droit humanitaire





