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Marché de l’Art :  Sotheby’s – Rybolovlev : la maison d’enchères fait face à un procès de $380 millions 

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Publié le

3 octobre 2018

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Le monde de l’art d’Outre-mer est ébranlé par un nouveau scandale ayant trait au comportement peu recommandable du vendeur aux enchères : Dmitry Rybolovlev, homme d’affaire russe et président de l’ASM, va affronter Sotheby’s au tribunal. Les parties vont propos du rôle présumé que le groupe a joué dans l’affaire Yves Bouvier. Cela fait penser à la tourmente qui a eu lieu en France, il y a huit ans, lorsque les « cols rouges » de l’Hôtel Drouot, le plus prestigieux hôtel des ventes du pays, ont été accusés de vols de diamants, de meubles et d’oeuvres d’art de leurs clients pendant des années.

 

Ce corps de déménageurs des objets d’art, fort de 110 personnes, autonome et indépendant, surnommé « les cols rouges » à cause de la couleur des cols de leurs tuniques noires, était recruté dans une poignée de villages alpins dans l’Est de la France et profitait du monopole qui leur avait été accordé par Napoléon III en 1860. Presque la moitié du groupe aujourd’hui dissous a été accusé de vol de 275 tonnes d’objets grâce à des pratiques frauduleuses installées depuis des années sinon des décennies.

 

Sotheby’s – Rybolovlev. Un litige dont le marché de l’art se souviendra

La plainte la plus récente déposée ce mardi à New York implique la France également. La portée des activités illicites pratiquées par Yves Bouvier est largement connue dans ce pays, et l’enquête criminelle à son encontre suit son cours. La liste de ses associés connus comprend, entre autres, Jean-Marc Peretti réputé d’être un maffieux corse de longue date. Peretti et Olivier Thomas, un autre acolyte de Bouvier, ont été accusés d’avoir volé deux tableaux de Picasso à la belle-fille de l’artiste, Catherine Hutin-Blay. C’est un peu la même histoire que celle de Drouot et ses mauvais déménageurs, n’est-ce pas ? Et maintenant imaginez que Sotheby’s, le premier groupe de vente aux enchères dans le monde, aurait joué le rôle clé dans l’affaire Bouvier en donnant à ses fraudes avec des objets de l’art une apparence de crédibilité et en l’aidant à duper ses clients. Sotheby’s a déjà eu des problèmes en France en 2014, lorsque le ministère de la Science et de l’Éducation de Mongolie a protesté contre la vente aux enchères d’une statue de Bouddha importée illégalement et vendue pour 4,3 millions de dollars.

C’est peut-être le moment pour le groupe de regretter le mauvais choix car les entités de Dmitry Rybolovlev poursuivent Sotheby’s pour 380 millions de dollars. Il ressort de la plainte déposée par l’homme d’affaires russe que la manière de procéder de Bouvier était bien simple mais exigeait des connaissances d’initié sur le marché de l’art et aussi l’assistance de Sotheby’s qui était la mieux placée pour bien comprendre les acheteurs et les vendeurs. Premièrement, 12 des 38 œuvres acquises par Rybolovlev par le biais de Bouvier, étaient passées par Sotheby’s. Samuel Valette, le vice-président du groupe en charge des ventes privées, a travaillé avec Bouvier pendant des années. Il a aidé le marchand d’art à dénicher des œuvres pour Rybolovlev, a rédigé des actes d’expertise pour justifier les prix de rachat gonflés et a même payé de sa personne plusieurs fois lorsque Sotheby’s organisait des démonstrations de tableaux pour Rybolovlev. Il insiste pourtant qu’il ignorait complètement où il était ou qui était l’acheteur. En 2015, Bouvier a été arrêté à Monaco pour fraude, et la police a trouvé sur lui une carte de mémoire avec des signatures électroniques de Valette, ainsi que d’un autre responsable de Sotheby’s – Dr. Franka Haiderer et plusieurs copies numérisées du logo du groupe. Cela veut dire que la direction de Sotheby’s serait parfaitement au courant de la coopération entre Valette et Bouvier, cependant elle n’a pas pensé à renvoyer ou punir son employé. Au contraire, Sotheby’s prétend que la maison et ses personnels n’ont fait aucun mal, elle a même appuyé les efforts de Bouvier en 2017 en lançant une action préventive contre les entités de Rybolovlev à Genève.

 

Lire aussi : Genève : Yves Bouvier au coeur d’un nouveau scandale d’escroquerie de millionnaires russes

 

L’art de la tromperie

Bloomberg cite un courriel datant du 25 juillet 2012, envoyé par Valette à Bouvier : « La Tête est une sculpture unique », dit-il se référant à une œuvre de Modigliani. S’il est « très difficile » de définir le prix de ce chef-d’oeuvre, écrit-il, il doit sûrement valoir entre 80 et 100 millions d’euros, vu la forte demande des sculptures modernes et l’absence de meilleurs Modigliani sur le marché. Cette lettre a été redirigée par Bouvier vers le représentant de Rybolovlev. Bouvier a acheté ce Modigliani pour 31,5 millions d’euros à une vente privée organisée par Sotheby’s, d’après un contrat rédigé par le groupe et daté du 25 septembre 2012, dont Bloomberg a pu prendre connaissance. Rybolovlev a accepté de payer 62,5 millions d’euros pour cette sculpture, selon la facture datée du 7 janvier 2013 et mentionnée dans la plainte. Pendant que Bouvier lui décrivait les « dures » négociations avec les « vendeurs », la Tête était déjà en sa possession. Les négociations « serrées » étaient donc sa pure invention.

En 2014, Bouvier a annoncé que les vendeurs du No. 6 de Rothko était d’accord pour s’en séparer contre la Tête assortie de 80 millions d’euros, et l’équipe de Rybolovlev y a consenti. À ce moment Bouvier, bien entendu, avait déjà acheté le Rothko pour 80 millions, alors que le vendeur initial ne savait rien sur la Tête qui ne l’a jamais interessé. Cependant Bouvier a promis de leur remettre la Tête. En fait, la sculpture a été confiée à Sotheby’s et vendue aux enchères publiques à New York dans le courant de l’année. Le groupe l’a fait, en sachant parfaitement que la Tête faisait partie de la collection de Rybolovlev et que Bouvier n’avait aucun droit de la revendre. Ou, pour le moins, ils n’ont jamais vérifié s’il en avait le droit ou pas. Bouvier a gardé la recette, et Sotheby’s a perçu sa commission.

 

Quand la réputation vaut mieux que l’or

Lorsque l’Affaire Bouvier a défrayé la chronique dans le monde entier, il aurait été sage de garder ses distances avec le Suisse et de livrer immédiatement toutes les preuves possibles aux autorités. Ce serait certainement un moyen de réduire les risques pour la réputation et de prouver qu’il n’y avait rien à dissimuler. Cela va sans dire que Sotheby’s aurait pu tirer la sonnette d’alarme beaucoup plus tôt en signalant le comportement de Bouvier aux plaignants pour tuer son escroquerie dans l’oeuf. Mais Sotheby’s a choisi de prendre parti pour Bouvier et a refusé de livrer les documents qui auraient montré l’ampleur de l’escroquerie de Bouvier aux compagnies qui poursuivent maintenant le groupe de vente aux enchères pour 380 millions de dollars.

La dernière fois où Sotheby’s a voulu pêcher dans l’eau trouble, la fin de l’histoire n’a pas été heureuse. Entre 1992 et 1995, la maison, affligée par le marché en récession, a conspiré avec son rival Christie’s pour monter un schéma illégal de fixation des prix. Au début des années 2000, son président Al Taubman est allé en prison pour dix mois et a dû payer 7,5 millions de dollars infligés par le CEO Diana Brooks en échange de la réduction de sa peine. Un recours collectif a suivi, et les deux groupes ont dû payer 512 millions de dollars aux plaignants. Qui sait, un recours collectif peut être déposé dans le cadre de cette nouvelle affaire également, car au moins 12 vendeurs peuvent se considérés lésés à la suite des pratiques frauduleuses de Bouvier et Sotheby’s.

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