Marie-Madeleine : c’est pas si facile d’être une femme libérée

@DR

Auréolé du succès international de son dernier film « Lion », Garth Davis offre aujourd’hui aux salles obscures un biopic de Marie-Madeleine avec Joaquin Phoenix en Jésus Christ.

 

 

Marie-Madeleine est une jeune femme célibataire qui a le don de faire accoucher les femmes sans douleurs. Son père et son très méchant frère veulent la marier de force. Mais elle tient bon. Elle n’est pas soumise, elle, et sa proxo de famille peuvent bien l’exorciser, elle ne sera pas une pute. Heureusement un guérisseur traine dans le coin avec ses groupies black/blanc/beur. Il a la tronche du Dude de The Big Lebowski, semble accro à l’ecstasy, mais peu importe, il l’a comprise. Carpe diem, elle décide de tout quitter pour le suivre.

 

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« Je ne connaissais pas bien l’histoire de Marie Madeleine, et je pense que le public non plus. Revisiter la vie de Jésus à travers la vision d’une femme qui se bat pour ses convictions, en dehors du rôle que la société veut lui faire tenir, me semblait un pari intéressant » explique le réalisateur australien. Entre malhonnêteté et nullité on ne sait quel pari Garth Davis a tenté de réussir. Si le cinéma autorise tous les points de vue et par sa subjectivité ne prétend pas livrer une exégèse, il impose néanmoins une sincérité, celle d’accorder le fond avec la forme. En s’inspirant principalement de L’Evangile apocryphe de Marie, Marie-Madeleine offre quelques surprises scénaristiques mais qui, l’honnêteté nous oblige à reconnaître, se révèle très nettement inférieur à l’originale. Mais Garth Davis s’en bat l’œil, alors que le nôtre pleure de rire et de honte, seul lui importe de promouvoir Marie-Madeleine en figure emblématique du féminisme.

Passons rapidement sur la forme, faussement contemplative et affligeante de paresse. Garth Davis se contente d’enquiller les mêmes scénographies indigentes, alternant la caméra à l’épaule et les champs-contrechamps avec autant d’imagination qu’un JRI de France 3 Auvergne. Si  Marie-Madeleine revisite quelques évènements phares – la résurrection de Lazare (à la sauce Walking Dead), les marchands du temple, la Cène, la crucifixion et la résurrection du Christ – il s’autorise quelques grandes libertés pour appuyer son propos. Marie-Madeleine n’est plus «  l’apôtre des apôtres » mais le treizième apôtre. Et c’est par ses affrontements quotidiens avec les douze que le réalisateur révèle sa flamboyante modernité. Elle doit affronter la misogynie de Pierre, furieux de se faire piquer sa place par une bonne femme (on attend que Rokhaya Diallo s’offusque que cet affreux personnage ait été fait noir), les visées révolutionnaires d’un gentil Juda et les crises d’angoisse de Jésus. Marie Madeleine n’existe ici que par opposition au crétinisme des autres, et franchement, le premier témoin de la Résurrection du Christ aurait tout de même mérité un meilleur sort.

Arthur de Watrigant

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adewatrigant@lincorrect.org

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