Nicolas Diat, Un temps pour mourir : Derniers jours de la vie des moines.

Parmi les grands sujets d’actualité qui tourmenteront sans cesse l’humanité, « l’ars moriendi » ou « art du bien mourir » sera toujours le plus brûlant. Retour sur un ouvrage qui est le fruit d’une enquête sur la mort dans les monastères de France.

 

Au revers des discours hors sol incitant à mourir dans une « dignité » qui ressemble plutôt à une immense misère humaine, ou à entrer dans la course à l’immortalité à coup de gros sous, Nicolas Diat se fait le traducteur d’un univers coupé du capitalisme où la mort est une ouverture vers un autre monde ardemment désiré. Cette enquête sur la mort dans les monastères de France sonne juste, sonne clair, sonne joyeux.

Du tragique, il y en a toujours quand on parle de la mort, cette « grande dame fort belle à laquelle il ne manque que le cœur », comme disait Chateaubriand : le récit d’un suicide inéluctable à l’abbaye d’En-Calcat en est un exemple poignant. Mais la joie arrive par le spectacle de ces hommes qui soupirent toute leur vie après la belle aventure de l’éternité. De la Grande Chartreuse à Solesmes, en passant par les renaissantes abbayes de Fontgombault et Sept-Fonds, les témoignages concordent : dans les monastères, les agonies sont rarement longues et douloureuses, on meurt dans la paix et très entouré. On meurt dans les monastères de la France macronienne comme on mourait dans les grottes cénobitiques des déserts moyen-orientaux au temps des Apophtegmes des Pères du désert, ces recueils d’anecdotes sur la vie de saints ermites, écrits au IVe siècle pour nourrir la spiritualité monastique.

Dans les monastères, les agonies sont rarement longues et douloureuses, on meurt dans la paix et très entouré.

Mais, a contrario de l’image schématique d’une vie monastique soi-disant intemporelle, livrée par le maintenant fameux Pari bénédictin de Rod Dreher, les pères abbés interrogés avec tact par Nicolas Diat, sont très au fait des problématiques actuelles sur la fin de vie. La communauté des chanoines de Lagrasse confrontée aux souffrances indicibles du jeune Frère Vincent atteint de sclérose en plaque, s’est spécialisée sur la question de la frontière si subtile entre acharnement thérapeutique et soins palliatifs. Quand un vieux moine présente quelques raisons d‘inquiétudes pour sa vie à Solesmes, on ne le met pas à l’hôpital loin de la sollicitude des frères infirmiers, sans s’interroger d’abord sur l’opportunité de prolonger ainsi son espérance de vie.

 

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À la Chartreuse autant qu’ailleurs, la terre tourne tandis que la Croix demeure, et  les recettes des moines, livrées ici avec sensibilité, peuvent accompagner chacun de nous, les futurs morts du XXIe siècle.

 

 

Nicolas Diat, Un temps pour mourir. Derniers jours de la vie des moines. Récit.

Paris : Fayard, 2018.

226 p. 20,90€.

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mdumoulin@lincorrect.org

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