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Marine arrivera-t-elle à gagner malgré la droite ?

Marine Le Pen est parvenue, en dix ans de présidence du FN/RN, à s’attirer deux sortes d’inimitié : celle des fafs et celle des droitards. Qui, mieux que Pierre Robin, qui fut « jeune, con et de droite » avant de virer faf, pouvait plaider la cause de MLP ? Parole à la défense.

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Il y a, côté extrême droite classique, tous ceux qui lui reprochent d’avoir trahi, en quelque sorte, les 150 points de la Phalange espagnole, d’être globalement moins coruscante et excitante que son père ou de ne pas se croiser contre le mariage gay (qu’elle s’est engagée à abroger cependant) ou de ne pas assez stigmatiser l’islam – parce qu’elle s’obstine à voir, dans les musulmans de nationalité française, des Français musulmans. Et puis surtout, côté droite droitarde, il y a l’armée BCBG de ceux qui ne lui pardonnent pas d’avoir jeté aux orties le mot de « droite » et d’avoir un programme « socialiste » – traduisez « social ».

On a pu ainsi entendre des radicaux souhaiter pour elle une nouvelle défaite humiliante à la prochaine présidentielle, condition de l’émergence d’un puissant courant national-révolutionnaire et « intransigeantiste ». C’est peut-être la lassitude de l’âge, mais j’avoue hausser péniblement une épaule à ces matamoresques analyses : reconquérir la France de 2022 avec quelques centaines ou quelques milliers d’activistes pas trop structurés politiquement et organisationnellement, et accessoirement divisés entre eux, ça me paraît disons adolescent; ce sont les mêmes qui voyaient la révolution en gilet jaune balayer le vieux monde.

On a pu ainsi entendre des radicaux souhaiter pour elle une nouvelle défaite humiliante à la prochaine présidentielle, condition de l’émergence d’un puissant courant national-révolutionnaire et « intransigeantiste »

Et puis la droite Neuilly-Auteuil-Passy frémit d’horreur devant le programme économique plus ou moins keynésien de MLP et son manque d’empathie pour les problèmes et exigences du libéralisme mondialisé. Mais quand on voit le bilan économique, sociétal et culturel de cette droite de gouvernement, que beaucoup d’entre nous ont subie douloureusement dans leur chair et dans leur âme depuis 30 ou 40 ans, j’aurais plutôt tendance à me féliciter que la présidente du RN lui tourne résolument le dos. Moi, quand je ferme les yeux et pense au mot « droite », je vois d’abord, désolé, les avenantes figures de Fillon ou de Sarkozy (pour ne pas citer de grands disparus comme Giscard et Chirac), et je repense à leurs promesses de Gascons-de-droite et à leurs mesures Medef et Otan-compatibles. Et ça m’excite peu ou pas.

D’autres – ou les mêmes – mettent en avant l’évidence stratégique : il faudrait privilégier « l’union des droites », immortelle arlésienne de l’imaginaire réac depuis l’émergence du FN voici un gros tiers de siècle, martingale du succès électoral. C’est l’évidence même : MLP devrait rechercher le front (commun pas national) avec des hommes et des femmes de conviction comme Valérie Pécresse ou François Baroin (ou Larcher, ou Bertrand, ou encore le général Boulanger – pardon, de Villiers). Des gens très intelligents et cultivés comme Zemmour et Buisson ont défendu cette utopie, quitte à rétropédaler un peu après le naufrage de leur ami Bellamy aux dernières européennes. J’ai même cru les entendre prôner désormais un rassemblement de tous les mécontents, victimes et déçus du mondialisme et de l’oligarchie en place : franchement, c’était bien la peine de se moquer de MLP pour en arriver là, car c’est à peu près sa ligne.

Lire aussi : Marine Le Pen : ce que le peuple de droite vous demande

Je n’ai pas le bagage de ces grands seigneurs de l’analyse politique, mais je crois qu’il n’y aura pas d’union des droites, parce que le concept même de droite ne mobilise plus, et que, de toute façon, ça fait longtemps que la droite politicienne n’est plus de droite dans l’acception traditionnelle, et même traditionaliste, du mot.

De toute façon, dans cette histoire, l’irrationnel mène le bal, quitte à inventer de nouvelles lois mathématiques : on entend ainsi répéter que Marine n’a aucune chance de l’emporter sur Macron, alors que les deux dernières enquêtes disponibles la créditent de 47 ou 48 % au second tour. C’est entendu, ce ne sont que des sondages portant sur un événement encore lointain, mais moi qui suis un garçon simple, c’est la première fois que je vois une candidate invariablement désignée comme d’« extrême droite » par l’ensemble des médias mainstream être créditée de scores pareils[...]

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