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Marvel est-il en train de pourrir Hollywood ?

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Publié le

28 mai 2019

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La question peut sembler futile et pourtant elle met en relief la crise que traverse l’industrie hollywoodienne. Entre la fuite des réalisateurs vers les plateformes de streaming, le soft power chinois et la stratégie offensive de Disney, un imaginaire formaté et moribond transforme l’usine à rêves américaine en vulgaire machine répétitive. 

 

 

OUI. En raison d’une obésité morbide

Alors qu’Avengers 3, énième boursouflure du Marvel Cinematic Universe censée clore une série de  22 films vient de sortir en salles, on peut légitimement se demander dans quelle mesure Marvel a entamé l’imaginaire hollywoodien, en lui imposant ce modèle qui paraît désormais insurpassable, celui de l’univers étendu, lequel promet aux producteurs une source quasi inépuisable d’histoires et de personnages. Mais là où Marvel parvenait à déployer une mythologie foisonnante sous forme de comics books, les films sont au contraire de plus en plus lénifiants et confèrent à l’imaginaire hollywoodien les symptômes d’une obésité morbide.

 

OUI. Marvel est devenu une écurie Disney

Depuis 2009, Marvel, après Lucas film et la Fox, fait partie des prestigieuses écuries que Disney a rachetées pour s’assurer un quasi-monopole sur la fiction à coups d’OPA agressives. Derrière le lissage éhonté du monde fictionnel de Marvel, comment ne pas deviner la main gantée de Disney qui, depuis le califat exercé par Rob Iger, devient au même titre que les GAFAs une tentaculaire corporation agglomérant à peu près toutes les instances du divertissement sans autre souci que celui d’imposer sa vision monolithique du monde ? Résultat, des films interchangeables à l’infini.

 

Lire aussi : Recours au poème – si nous ne sommes que sur la Terre

 

OUI. La BD s’accommode mal des contraintes hollywoodiennes

Aurélien Lemant, spécialiste ès comics books, nous rappelle qu’« à quelques merveilleuses exceptions près, les super-héros au cinéma sentent vite le Coca-Cola light et la fraise Tagada. Cette récupération n’a pas que la couleur du fric et dissimule mal son objectif d’abêtir davantage des esprits massifiés via l’imaginaire ». En effet, il semble que le pléthorique panthéon de Marvel, pourtant si chatoyant dans sa version bande dessinée où il représente une synthèse réussie entre pop culture et un genre assumé d’animisme post-chrétien, devient un spectacle sinistre une fois javellisé par les contraintes hollywoodiennes. La bande dessinée, art de l’ellipse et de la suggestion, s’accommode finalement assez mal d’une machinerie qui impose des succédanés d’intrigues et de personnages.

 

OUI. La politique des auteurs est enterrée

Dans les années 80 et 90 et dans le sillage du « Nouvel Hollywood » qui consacrait le réalisateur-roi, les films de super héros pouvaient encore être confiés à des cinéastes exigeants et frondeurs. Parmi les grands projets de l’époque finalement sabordés, on regrette de ne jamais avoir vu Elektra Assassin par Oliver Stone ou le Justice League par Georges Miller. Les réalisateurs d’aujourd’hui ne sont plus que des artisans médiocres débauchés au détour d’un court-métrage remarqué sur YouTube et qui travaillent sous la férule de décideurs en col blanc.

Le pléthorique panthéon de Marvel devient un spectacle sinistre une fois javellisé par les contraintes hollywoodiennes.

OUI. Les « univers étendus » sont des trous noirs

Lorsqu’il arrive à la tête des studios Marvel en 2007, le yuppie Kevin Feige n’a qu’une idée en tête : sortir de la lutte éternelle d’achat de franchises que se livrent les studios, racheter toutes les licences possibles et cadenasser le tout en imposant un Marvel Cinematic Universe. Il s’agit d’une trame temporelle unique pour toute une clique de super héros qui se rejoignent ensuite dans des films-climax tels que la trilogie Avengers. Résultat, c’est tout Hollywood, qui, séduit par la possibilité d’engranger des millions à partir d’un seul univers juridiquement inviolable, se lance dans les univers étendus. Le naufrage artistique de Star Wars ou l’échec cuisant de l’univers cinématique des monstres Universal sont autant de dommages collatéraux à cette manie des universsommes ; univers au sein desquels les films ne font que se citer les uns les autres – ces festivals d’autoréférences n’excitant désormais que les plus attardés des cinéphiles. 

 

OUI. Néanmoins les super héros survivront

« En termes d’occupation médiatique, le super-héros est sur le point d’arriver à la saturation de son propre espace, et comme pour toute vague, à la crête succède le crash. Il ne disparaîtra pas pour autant, il se fera plus discret et cédera la place à son successeur. L’après du surhomme », prophétise Aurélien Lemant. Hollywood saura-t-il alors chercher un nouveau genre d’héroïsme et surtout, enfin, se réinventer ?

 

Marc Obrégon

 

Aurélien Lemant est à la fois acteur, essayiste (Vies et morts des Super héros, PUF) et fan de Blue Oyster Cult. À l’instar de ses compères des éditions du Feu Sacré, c’est un exégète qui voit dans la culture post-moderne un formidable vivier où les spectres de la Tradition, malmenés par des siècles de scientisme, sont revenus à la vie.

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