Skip to content

Maurice G. Dantec : un monstre à Boboland

Par

Publié le

25 juin 2018

Partage

dANTEC © Hannah Assouline

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1529915712344{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

On aurait pu craindre que la première biographie consacrée à Dantec relève de l’hagiographie, elle montre surtout les limites de son auteur, dépassé par un sujet dont il ne comprend pas le mouvement intellectuel, et qui n’a pas voulu débattre avec nous en raison de sa conception stalinienne de la tolérance.

 

L’exercice biographique est un exercice périlleux en soi, d’abord parce qu’il nécessite une distance avec son objet, et ensuite parce qu’il sera livré en premier lieu à un public qui en fera rarement preuve ; a fortiori lorsqu’il s’agit d’un écrivain comme Maurice G. Dantec, phénomène littéraire inédit dans le panorama culturel français, qui aura suscité autant d’adhésion que de rejet, et dont la perception n’est pas forcément claire, à plus de dix ans de sa gloire et à deux ans de sa mort. Monstre littéraire, élaborant des romans gargantuesques à partir d’une fragilité psychologique grâce à laquelle il percevait, par l’entremise de la science-fiction ou du polar, quelque chose de la catastrophe de notre monde. S’il bascula dans la Réaction puis dans un oubli relatif duquel il ressortira très certainement posthume, Dantec s’exila également d’un hexagone dont il ne supportait plus l’étroitesse pour une Amérique fantasmée dès son plus jeune âge. De la même façon, il échappait aux diverses chapelles politiques qui finalement ne parvinrent jamais à se l’approprier autrement que sur des malentendus: viscéralement antifasciste, il pourfendait les islamo-gauchistes qu’il dénonçait comme les héritiers des totalitarismes du XXe siècle dans des écrits polémiques ressemblant en tout point à des carnets de guerre.

 

Lire aussi Dantec : le site

 

Si Hubert Artus parvient à peu près à maintenir une certaine distance avec un auteur dont il aura été plus ou moins proche, en tant que journaliste et critique l’ayant suivi des débuts jusqu’à la fin, s’il montre quelques dispositions à saisir l’évolution de sa littérature, ses hauts et ses bas, et qu’il resitue intelligemment l’importance générale de son œuvre, ses partis-pris politiques, en revanche, le font trébucher sur le Dantec pamphlétaire et essayiste auquel il ne comprend rien faute d’une culture suffisante. Ainsi, Artus ne se prive pas de quelques raccourcis stupides et absurdes, son look à la fin des années 90 étant censé préfigurer la « dérive droitière », pour le dire dans les termes de la Bien-Pensance, des années 2000, celles du « déclin » de sa pensée, selon Artus…

Il y a, en effet, quelque chose de Nietzsche chez Dantec : une pensée dangereuse qui brise les os

On touche là un autre écueil de l’exercice biographique qu’Hubert Artus, biographe engagé manifestement, se prend de plein fouet et qui fait, hélas, chavirer sa biographie du côté de la subjectivité malvenue du jugement de valeur. Comme s’il n’existât jamais d’intelligence que de gauche et que toute réflexion de droite ne pouvait offrir rien d’autre qu’une pensée grotesque, et surtout comme si, malgré ses outrances médiatiques, la caricature dans laquelle il se complut sous l’influence de quelques mauvais conseillers, jusqu’à s’y perdre un temps, Dantec ne produisit pas, précisément lors de sa « dérive droitière », une pensée toujours subtile, en quête d’elle-même, et bien en peine d’être récupérée autrement que par des borgnes.Il y a, en effet, quelque chose de Nietzsche chez Dantec : une pensée dangereuse qui brise les os et qui en vertu de ce simple fait ne s’adresse qu’à ceux qui ont le courage de se laisser briser, excluant les autres qui randonnent en rond dans le ceR.C. Lense de leur idéologie bien circonscrite une fois pour toutes. Artus le reconnaît luimême en écrivant: « Mais avec ce « TdO » [Théâtre des Opérations, titre générique du journal de l’auteur, N.D.L.R.] et celui à venir, on allait se rendre compte que ce trop-plein de pensées n’était pas capable de produire des idées claires. Orthonormées. Structurées. Des idées, quoi ». Tout est dit! Pourquoi diable Dantec n’at-il pas fait du Soral? Pourquoi a-til produit cette pensée compliquée qui trouble les repères du pauvre Hubert Artus? Pourquoi parle-t-il d’Islamo-gauchisme alors que les islamistes c’est les méchants et les gauchistes les gentils? – et que les gentils n’ont jamais rien à voir avec les méchants, un peu comme les communistes, lors du pacte germano-soviétique n’avaient décidément rien à voir avec Hitler. Il eût été probablement plus intéressant de se demander en quoi Dantec s’inscrivait ou ne s’inscrivait pas dans le schéma d’une droite française qui, pour une bonne part, l’a toujours regardé comme un ovni, oscillant entre la fascination et le mépris pour un écrivain qui finalement éclatait davantage ses codes à elle que ceux de la gauche. Celle-ci, finalement, ne pouvait que vomir dans la même gerbe le monarchisme de Dantec, son futurisme, son sionisme, son christianisme, sa dénonciation de l’islam et son américanophilie…

 

Lire aussi Les meilleurs livres de 2017

 

Entre quelque inutile secret d’alcôve, des piques sur son acné et des lignes laissées en suspens, Hubert Artus dessine néanmoins un portrait de Dantec attachant et, faute de comprendre l’essayiste, redonne à l’écrivain sa place de première importance. C’est un début. Ne manque plus qu’un biographe moins bégueule, plus alerte, mieux équipé intellectuellement, et, en somme, à la hauteur du monument, reprenne le chantier.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest