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Un père qui est d’ailleurs très aisé pendant la petite enfance de Maya. Sa famille grandit dans une splendide maison au cœur d’une pinède beyrouthine qui embaume la sève et où les aiguilles séchées craquent sous les pas. Jusqu’aux jours sombres de l’occupation syrienne, où il perd tout : ses associés pillent tous ses biens, protégés par l’occupant avec lequel ils collaborent. Le sang des martyrs est semence de chrétiens : l’urine des soldats syriens coulant sur les icônes familiales aussi.
Mais à l’instar des bombardements urbains de la Seconde guerre mondiale qui n’ont fait que renforcer la détermination de leurs victimes, les attentats ont renforcé la détermination des chrétiens. Pour preuve, la lycéenne qui rêvait d’aurores boréales choisit de s’engager quand le corps du responsable des étudiants des Forces Libanaises, un parti maronite, est retrouvé à moitié décomposé dans un coffre de voiture, dix jours après son enlèvement.
Le Liban des années 90 est violent. Mais à l’instar des bombardements urbains de la Seconde guerre mondiale qui n’ont fait que renforcer la détermination de leurs victimes, les attentats ont renforcé la détermination des chrétiens. Pour preuve, la lycéenne qui rêvait d’aurores boréales choisit de s’engager quand le corps du responsable des étudiants des Forces Libanaises, un parti maronite, est retrouvé à moitié décomposé dans un coffre de voiture, dix jours après son enlèvement. Son engagement sera un premier papier en 2006 dans Horizons, l’organe des étudiants FL. Qui lui vaudra l’honneur de sa première chasse à l’homme, quand des étudiants du Hezbollah la recherchent dans le campus.
Pendant ses années estudiantines, elle découvre émerveillée ce milieu littéraire francophone qui ceinture la Méditerranée, en souvenir de ce peuple qui laisse derrière son passage des ponts et des livres. Pour le meilleur et pour le pire : avant d’aimer Péguy et Bernanos, elle aima, certes passagèrement, Sartre et Beauvoir.
Reçue parmi les meilleurs de son pays au bac scientifique, elle ne présente que des copies blanches aux concours d’ingénieur, pour brûler ses vaisseaux et faire des études de littérature. Elle sera major de sa licence. Pendant ses années estudiantines, elle découvre émerveillée ce milieu littéraire francophone qui ceinture la Méditerranée, en souvenir de ce peuple qui laisse derrière son passage des ponts et des livres. Pour le meilleur et pour le pire : avant d’aimer Péguy et Bernanos, elle aima, certes passagèrement, Sartre et Beauvoir. Des amours qui ne furent pas stériles : en 2012 elle participe à l’ouvrage collectif Le cèdre polyphonique, et écrit entre autres Moi en sépia (2014), un recueil de poésie sur ses pérégrinations amoureuses.
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Repérée par L’Orient-Le Jour, le grand quotidien francophone, elle commence à piger pour les pages littéraires vers 2012. Pour gagner sa vie, mademoiselle Khadra donne des cours à des CE2 et des collégiens, en suivant un master de psychanalyse appliquée à la littérature. Ces activités s’enrichissent mutuellement, si bien qu’elle gagne en 2013 le prix du journalisme francophone illustré dans les zones de conflit, pour son reportage sur les réfugiés syriens au Liban. Un prix récompensé par un mois de stage à France média monde. L’occasion de partir pour la ville-lumière.
La France a toujours été un phare, familier et lointain. À l’âge de six ans, elle reçoit un modeste dictionnaire Hachette qu’elle lit avec délectation et dont elle note dans un cahier les mots les plus jolis. Lorsqu’elle rêve en contemplant nuitamment le ciel au-dessus de l’anti-Liban, ses étoiles sont des mots et les constellations des phrases. Elle connaît par cœur Trenet et Ferré. Et se maquille en tricolore pour accompagner le convoi qui traverse Beyrouth en hurlant de joie le 12 juillet 1998. Tant et si bien que lorsqu’elle arrive à Paris pour son stage, elle ressent cette sensation étrange d’être chez elle dans un lieu où elle n’était jamais venue que par la procuration des personnages de Balzac, Maupassant et Camus.
Aujourd’hui elle poursuit sa thèse sur l’identité libanaise à la Sorbonne, et travaille pour le Forum académique chrétien sur la citoyenneté dans le monde arabe qu’elle a contribué à fonder. Sa maîtrise de l’arabe lui permet de s’exprimer en qualité de correspondante sur les télés arabophones, comme SkyNews ou la BBC.
Maya Khadra se fait une réputation en écrivant pour la première (et probablement dernière) fois à Libération un billet cinglant où elle s’indigne contre #BalanceTonPorc en pleine polémique. Aujourd’hui elle poursuit sa thèse sur l’identité libanaise à la Sorbonne, et travaille pour le Forum académique chrétien sur la citoyenneté dans le monde arabe qu’elle a contribué à fonder. Sa maîtrise de l’arabe lui permet de s’exprimer en qualité de correspondante sur les télés arabophones, comme SkyNews ou la BBC. Femme, chrétienne : autant dire que ses plateaux sont souvent musclés. Elle travaille également comme directrice du département culture générale de l’IPAG, et pige à L’Incorrect, Global geo news, au Figaro Vox et à Valeurs actuelles.
Une petite fille émerveillée par la France, et dont on a du mal à soutenir le regard quand elle parle de ce que la France devient. Une petite fille qui a conquis dans son village montagnard le droit de danser le Dabke, la danse martiale des hommes du Proche-Orient, et qui a juré de prendre les armes quand notre pays sera en guerre.
C’est l’histoire d’une petite fille venue d’un pays à une mer de distance, où des enfants sont prénommés De Gaulle ou Jeanne d’Arc. Un pays dont on chante qu’il nous attend depuis si longtemps mais mourra sans notre soutien. Une petite fille émerveillée par la France, et dont on a du mal à soutenir le regard quand elle parle de ce que la France devient. Une petite fille qui a conquis dans son village montagnard le droit de danser le Dabke, la danse martiale des hommes du Proche-Orient, et qui a juré de prendre les armes quand notre pays sera en guerre. Nul doute que par honneur, on rendra la politesse au sien si l’occasion s’en présente.
Louis Lecomte
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