Mélenchon et la gauche : la tentation universelle

 

Être français, ce n’est pas une couleur de peau, c’est pas une religion, c’est adhérer à un programme commun de l’humanité », a dit Jean-Luc Mélenchon en visite à La Réunion le samedi 16 septembre 2017. S’il a indéniablement raison pour les deux premières négations, sa définition de l’appartenance à la France ne peut que faire bondir.

 

Elle rappellera d’ailleurs l’œuvre méconnue du baron Jean-Baptiste de Cloots, dit Anacharsis Cloots. Député de l’Oise, ce philosophe prussien fut fait citoyen d’honneur de la France en 1792. Dans son œuvre majeure, publiée la même année sous le titre « La République universelle ou Adresse aux tyrannicides », Anacharsis Cloots développe une pensée originale pour son temps, profondément cosmopolite, arguant que la République naissante ne devait pas se contenter d’être simplement « française », s’adressant à tous les citoyens « de la « République des hommes ».
 
Anacharsis Cloots ne décrivait-il ainsi pas le « programme commun de l’humanité » défendu par Jean-Luc Mélenchon ? S’il suffisait d’adopter une vision de l’Homme pour appartenir au peuple français, celui-ci se confondrait avec l’humanité toute entière. C’est là tout le paradoxe de Jean-Luc Mélenchon qui, croyant exalter une certaine Idée de la France, ne fait que la diluer dans un grand tout uniformisant. Président du club des Jacobins, Cloots finit décapité à la suite du procès des hébertistes, ces « exagérés » qui agaçaient tant Robespierre, autre référence historique des Insoumis. Danielle Simonnet, actuelle coordinatrice du Parti de gauche, ne voulait-elle pas qu’une rue de Paris soit rebaptisée du nom de Maximilien de Robespierre ? Une demande qui pouvait avoir du sens mais qui avait été très mal justifiée, l’alliée de Jean-Luc Mélenchon estimant que l’Incorruptible « n’avait été pour rien dans l’épisode de la Terreur ».
 
Patrice Guennifey, spécialiste de la période, avait alors réagi dans les colonnes du Figaro Vox : « Le PCF, du temps de sa puissance, réclamait une rue Robespierre à Paris (il y en a, et même une station de métro, dans les anciens bastions communistes) en se fondant sur son action, laquelle incluait la Terreur. Aujourd’hui, leurs épigones demandent une rue Robespierre en alléguant qu’il n’était pour rien dans la Terreur. C’est le paradoxe ; ces pétitionnaires rabaissent le rôle de l’Incorruptible afin de le défendre ». Un peu comme Mélenchon qui est hébertiste sans même le savoir, par pure démagogie, par facilité. Il faut bien distinguer le caractère universel de la France, de ses coutumes, de son Histoire, de ce qu’elle signifie pour le monde, et l’Idée d’une France ouverte aux quatre vents, vidée de sa substance, que Jean-Luc Mélenchon semble promouvoir.
 
Reconnaissons toutefois que ces propos s’inscrivaient dans un contexte très tendu, opposant le Lider Maximo des Insoumis, bête médiatique, à ce qu’il reste du Parti Communiste français, dirigé par Pierre Laurent. Un PCF à l’aura nationale réduite mais toujours capable de faire élire des députés, des sénateurs et des maires, bien organisé autour d’une base militante fidèle et bien formée. Pour réaliser l’union de la gauche et affronter Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle de 2022, Jean-Luc Mélenchon doit revenir aux fondamentaux, tempérer les élans patriotiques et souverainistes qu’il mettait en avant lors de la campagne de 2017. D’où, peut-être, ce discours plus internationaliste, capable de séduire les anciens partisans de Benoît Hamon, désormais proche de celui qui était encore son adversaire il y a de cela quelques petits mois. Une manière d’être l’opposant numéro un d’un Emmanuel Macron aux tentations droitières, bien campé sur le centre de la vie politique française…

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grobin@lincorrect.org

Commentaires

  • GUILLARD
    5 octobre 2017

    Au-delà d’Anacharsis Cloots, qui était allé le plus loin dans la logique propre à l’universalisme révolutionnaire, l’idéologie révolutionnaire était grosse de développements mondialistes dans la mesure où elle reposait sur un individualisme radical ayant pour seul horizon le genre humain. L’individualisme, d’origine libérale (et, au-delà, nominaliste), mène inévitablement à l’universalisme, d’où l’incompatibilité absolue de toute vue du monde visant à la pérennité de la diversité des peuples, des nations, des cultures et des civilisations, avec le libéralisme et avec l’idéologie de la révolution française (mais aussi avec toutes les idéologies progressistes qui en sont issues). L’idéologie révolutionnaire a connu des développements divers qui ont abouti à la formation des courants libéraux, socialistes et communistes ; Mélenchon, tout comme Macron, Hamon et Juppé (entre autres) en sont les héritiers et la droite (entendons par là l’ensemble de ceux qui pensent en termes de Bien Commun et de communautés enracinées ) en est prisonnière comme l’a très justement écrit Jacques Julliard dans son maître ouvrage : ‘’Un tel dimorphisme structurel a deux conséquences. La première c’est que depuis deux siècles la gauche incarne sur la scène politique la légitimité. Elle est la détentrice du Graal. Lors même que la droite gouverne, la nature profonde des institutions, qui se fondent peu ou prou sur la Déclaration des droits de l’homme, s’identifie avec son patrimoine. Ou pour le dire autrement : son patrimoine philosophique s’identifie avec celui de la nation française. Dans l’histoire de France contemporaine, elle est chez elle, tandis que la droite travaille sans relâche à s’y faire accepter’’. Aussi longtemps que la droite acceptera les idées et les principes de cette idéologie, elle sera dans l’incapacité d’exprimer une autre vue du monde et subira la domination méprisante des idéologues de gauche. Depuis la révolution française, les droites ont été monarchistes (légitimistes et orléanistes) et bonapartiste (le bonapartisme n’étant qu’un courant révolutionnaire qui a été rejeté à droite lors de l’apparition des socialistes ; Bonaparte s’est défini lui-même, lorsqu’il était à Sainte-Hélène, comme un ‘’Bleu’’ et un progressiste) puis après 1892, le Pape ayant incité les catholiques au ralliement au régime ‘’républicain’’, une très grande partie de la droite s’est ralliée avec plus ou moins d’entrain mais sans prendre le temps de faire une critique des fondements philosophiques de ce régime issu de la révolution française, d’où le glissement progressif de celle-ci vers le libéralisme et donc vers le dépassement des enracinements nationaux, surtout depuis les années 1970.
    La formation d’une pensée authentiquement de droite passe nécessairement par le rejet de l’idéologie révolutionnaire, ce qui ne signifie pas pour autant le rejet d’un républicanisme conforme, d’une part aux idées d’Aristote concernant le Bien Commun et le ‘’régime populaire’’ , d’autre part aux idées de Polybe, Tite-Live et Cicéron, qui furent les hérauts du républicanisme ancien auquel les révolutionnaires de 1789 ont si peu emprunté ; leurs emprunts ayant, de plus, été mêlés à l’apport dominant qui était d’origine libérale (individualisme et progressisme, deux idées inconnues des républicanistes anciens), le tout formant un syncrétisme improbable agrémenté de cette notion métaphysique dangereuse qu’est la ‘’volonté générale’’ (Rousseau), une idée étrangère elle aussi au républicanisme ancien.
    B. Guillard

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