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Méric et Morillo: deux vies brisées

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Publié le

13 juillet 2020

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Sept ans après les faits, la mort de Clément Méric a laissé des traces dans la vie judiciaire et politique française. Une affaire qui aura déchaîné les passions au cœur des médias français et des partis politiques. À l’origine, une bagarre de rue entre « skins natios » et « antifas » qui a provoqué la mort du jeune étudiant de Sciences Po Clément Méric. Pourquoi ce fait divers a-t-il été l’un des plus commentés des dernières années ?
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L’affaire Méric est devenue politique à peine quelques heures après la commission des faits, le 5 juin 2013, quand les trois suspects, dont Esteban Morillo, ont été identifiés et placés en détention. La première personne à annoncer la mort cérébrale de Clément Méric fut d’ailleurs Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de gauche : « Le Parti de gauche interpelle le ministre de l’Intérieur et exige que les forces de police agissent dans les plus brefs délais pour retrouver les responsables de ce crime odieux. Le PG exige également la dissolution des groupes d’extrême droite qui multiplient les actes de violence à Paris et à travers le pays depuis plusieurs semaines ». Le lendemain, des milliers de militants antifascistes se massaient dans les rues pour rendre hommage à Méric, avant que la classe politique n’entre dans la danse, jusqu’au sommet de l’État.

Il y eut donc d’abord un terrible procès médiatique, dévastateur pour les accusés. On pourrait même aller jusqu’à parler d’un délit de sale gueule, d’un déni de justice pour raisons politiques, voire d’un mépris de classe.

Il y eut donc d’abord un terrible procès médiatique, dévastateur pour les accusés. On pourrait même aller jusqu’à parler d’un délit de sale gueule, d’un déni de justice pour raisons politiques, voire d’un mépris de classe. Le groupe des accusés était, en effet, composé de personnes issues des classes populaires, à l’image d’Esteban Morillo, jeune boulanger fils d’un immigré espagnol. De l’autre côté, Clément Méric était un fils de la bourgeoisie de gauche bretonne, dont les parents étaient des connaissances de Jean-Jacques Urvoas. Le meneur du groupe d’antifas, Mathias Bouchenot, sur lequel nous reviendrons, est quant à lui auteur d’ouvrages sur la violence politique, professeur d’histoire et géographie, fils d’un journaliste de France 3. Des pedigrees éloquents, similaires à celui d’Antonin Bernanos, descendant direct du grand écrivain catholique, condamné pour avoir jeté un engin incendiaire sur une voiture de police, qui ont pu rendre plus complexe la recherche de la vérité factuelle, tant le groupe des « antifas » a pu bénéficier de soutiens médiatiques, mais aussi d’une éducation et d’une culture lui offrant une défense plus articulée.

Pour les accusés, enfants de peu, le système médiatique a immédiatement été perçu comme hostile, menaçant. Et pour cause, les « antifas » et leurs familles, appuyés par toute l’intelligentsia de gauche, ont transformé ce qui était une rixe entre grands enfants en crime politique, en assassinat idéologique prémédité. Qu’on s’entende bien : ce qui est arrivé à Clément Méric fut un drame déchirant. Clément Méric était un enfant. Un enfant qui portait lui aussi son lot de traumatismes et de fêlures. Atteint d’une leucémie, il avait certainement quelque chose à se prouver, à l’âge où on veut tout accomplir. Il n’est pas normal de mourir à cet âge. On ne peut qu’imaginer la souffrance des parents de voir ainsi disparaître leur fils, à dix-huit ans tout juste. À l’identique, les parents d’Esteban Morillo, enfermé en prison, le visage exhibé sur toutes les chaînes de télévision, dépeint en monstre, ont dû être aussi très durement affectés par cet épisode.

Lire aussi : Antifa = SA?

Ceux qui ont récupéré l’affaire l’ont fait sans se soucier une seconde de la vie des accusés, sans se préoccuper de morale élémentaire, sans même inviter les « antifas » à renoncer à la violence qu’engendre le cycle de la vengeance. Ils avaient besoin de cet événement pour leur narration, qui tient en une sentence : « L’extrême droite tue ». La réalité semble pourtant bien différente de l’histoire qui nous est contée depuis cinq ans. Pour s’en convaincre, les témoignages des différents protagonistes de l’affaire suffisent. Ainsi de Bouchenot, dit « le boxeur », qui, pour se dédouaner, a déclaré : « On a toujours revendiqué dans les milieux d’extrême gauche l’autodéfense populaire (…) notamment contre l’extrême droite ». Ce qui signifie, en langage quotidien, que parce qu’il est « antifasciste », il avait le droit de provoquer un confit violent, le droit d’interdire l’accès d’une vente privée à des « skins natios ».

Ce procès étonnant réunit d’ailleurs à peu de chose près l’ensemble de la sociologie française : les lettrés aisés d’extrême gauche, les prolétaires d’extrême droite, le « punk à chien » témoin, les vigiles beurs et africains, les vendeurs de polos Fred Perry, et, bien sûr, des journalistes un peu perdus, surpris par le déroulement de l’audience. Ainsi de ce vigile qui a durement regardé Mathias Bouchenot, vraisemblablement ému, le désignant comme le provocateur de la bagarre, celui qui a poussé le frêle Méric dans l’arène : « S’ils avaient pris mes propos en considération, on n’en serait pas là aujourd’hui. Ça fait un moment que j’attends de lui dire en face, au boxeur ». Ainsi de ce vendeur déclarant : « Mon avis personnel c’est que des deux groupes, c’est celui de Méric qui voulait être agressif ».

Du reste, la complaisance envers les prétendus « antifas » continue, comme l’a démontré récemment la visite de David Assouline en personne dans un bar de Ménilmontant attaqué par des hooligans.

Du reste, la complaisance envers les prétendus « antifas » continue, comme l’a démontré récemment la visite de David Assouline en personne dans un bar de Ménilmontant attaqué par des hooligans. Le vice-président du Sénat s’est déplacé pour saluer Julien Terzic, célèbre « chasseur de skins » dans les années 80 et individu à la violence revendiquée. Juste après cette visite, un jeune « facho » a été lynché par des « antifas », presque laissé pour mort. Cette sauvagerie-là ne semble pas déranger messieurs Assouline ou Coquerel, autre visiteur utilisant sans vergogne ces affaires qui devraient rester dans les rues et être jugées devant les tribunaux.

Les « antifas » bénéficient d’une aura positive. Quand Donald Trump déclare qu’ils flirtent désormais avec l’action terroriste, à l’image des autonomes et des groupes rouges des années 70, les « experts des droits de l’homme » des Nations-Unies s’empressent de leur manifester un soutien direct sur les réseaux sociaux, arguant qu’ils seraient utiles à l’expression de nos libertés dans les démocraties. Du délire qui correspond assez bien à ces reportages très amènes que l’on peut trouver sur les chaînes du service public régional, comme ce billet de France 3 Midi-Pyrénées sur les antifas qui ont perturbé des conférences de Robert Ménard, Éric Zemmour ou Bruno Gollnisch, qui se concluait sur ces mots : « Ainsi, le combat des antifascistes se joue également sur le terrain social et culturel. C’est pourquoi l’Union Antifasciste Toulousaine a ouvert avec d’autres organisations un local dans un quartier populaire de Toulouse ».

Lire aussi : « Antifas Toulouse » : attaque d’une conférence de Robert Ménard et François Bousquet

L’« antifa » est présumé gentil, présumé bien intentionné. Il continue de jouir de la plus grande considération de la classe politique, particulièrement à gauche. Il milite pour l’abolition des prisons et la réinsertion des détenus mais se ravit de voir ses opposants censurés et condamnés. À se demander ce qu’il lui reste de libertaire…

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