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Meta : le mauvais rêve qui se prenait pour la réalité 

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Publié le

9 février 2023

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En octobre 2021, Mark Zuckerberg lançait Meta – le nouveau nom de Facebook. Avec près de 13 milliards de dollars investis, le groupe a depuis créé un monde en réalité virtuelle, un « métavers » baptisé « Horizon Worlds ». Pourtant, l’enthousiasme sans faille du patron se casse les dents sur le scepticisme du public. Autopsie d’un échec, qui n’en reste pas moins une grave menace.
metavers

L’entreprise s’attendait à recevoir un demi-million de personnes à la fin de cette année, mais elle attire pour le moment à peine 200 000 visiteurs. Le projet devait concurrencer originalement TikTok et sa fulgurante percée ; mais par manque de moyens et surtout de confiance de la part des employés, Meta peine à convaincre. Cependant, nous sommes malgré nous confrontés à ces évolutions : de plus en plus, tout rejoint le transhumanisme sans que nous sachions réellement ce que c’est, et en sans connaître les conséquences.

Le transhumanisme prône l’usage des sciences et des techniques pour améliorer la condition humaine par l’augmentation des capacités physiques et mentales. Meta est l’un des meilleurs exemples possibles – ici ce qui est recherché est une vie hors du monde réel, permettant d’accomplir des activités qui y sont impossibles. L’une des publicités de Meta tente de nous mettre l’eau à la bouche en nous proposant par exemple de nous entraîner à la chirurgie ou encore d’assister à des cours en virtuel. Bref, où est le problème ? Ce qui est proposé se trouve bien loin de la réalité. Actuellement le métavers n’est qu’un prototype aux graphismes dignes d’un jeu de Ps2 et sa démocratisation semble bien lointaine puisqu’un casque de réalité virtuel coûte jusqu’à 1 700 €. Quoi de mieux pour lutter contre les inégalités ? 

Lire aussi : Métavers : de fantasmes en baudruches

Le 30 novembre, l’Union européenne a organisé une fête dans le métavers ; au total pas moins de 837 000 € ont été dépensés pour le développement de la plateforme. Le but était de sensibiliser les Européens de 18 à 35 ans au projet Global Gateway. Apparemment, elle n’a qu’assez modérément enthousiasmé les foules numériques, puisqu’elle n’a attiré que… cinq convives.

Malgré les diverses évolutions technologiques, nous sommes heureusement encore loin de l’avenir prôné par les transhumanistes. Max More, philosophe anglais, a été le premier à donner une définition et un cap au transhumanisme : pour lui, il est la continuité de l’humanisme, qu’il faut améliorer par le moyen de la science et de la technologie. L’homme n’est qu’une phase de la transition vers le posthumain. Cette idée de « phase de transition » est totalement logique, s’appuyant sur Darwin, pour qui l’homme est un animal augmenté. L’évolution se doit d’être poursuivie. C’est par le surpassement de ses conditions physiques, intellectuelles et sentimentales que l’homme réussira à évoluer. Connaître plus de choses, surmonter les souffrances involontaires comme les émotions, conquérir l’espace et s’adapter aux environnements hostiles par la modification du corps – devenir un cyborg – permettra d’augmenter la condition humaine. Le transhumanisme est une réponse à un problème, celui des limites intrinsèques de la condition humaine.

Le transhumanisme est une réponse à un problème, celui des limites intrinsèques de la condition humaine

Beau programme en somme ; mais… parce qu’il y a un mais, cette conception transhumaniste connaît elle aussi des limites. Tout d’abord budgétaires, comme les serveurs nécessaires au métavers, le prix de sa conception, l’accessibilité à tous. En outre, l’augmentation des caractéristiques humaines, si des limites ne sont pas posées, retirera à l’homme ce qui fait de lui un être unique par rapport à ses semblables. Pour Francis Fukuyama, « il n’est de perfectibilité humaine que dans les limites biologiques constitutives de l’humanité de l’homme ». La conception même de l’humanité serait repensée. La volonté d’aider l’homme dans sa vie le poussera à s’écarter de lui-même ; dur paradoxe pour les défenseurs de ce courant philosophique. L’exemple de l’eugénisme rejoint le propos de Fukuyama, son but étant d’améliorer l’espèce humaine notamment à l’aide de la technologie génétique… si la plupart des pays ont interdit cette science biologique, la Chine et Singapour la pratiquent déjà, dans le but assumé d’améliorer la qualité de la population. Bien que l’eugénisme soit dans l’imaginaire associé au régime nazi qui adopta le 14 juillet 1933 une loi permettant d’éradiquer toute personne touchée par une maladie héréditaire, de nombreux pays ont eux aussi contribué à son avancée comme les États-Unis, le Canada et la Suède.

Les films et romans d’anticipation qui envisagent ce fantasme le condamnent presque unanimement. Dystopie qui devient réalité, tel est le sort de la plupart des œuvres que l’on pensait impossibles. Que faire alors ? Une véritable prise de conscience semble souhaitable, afin que l’homme saisisse qu’il doit fixer des limites d’ordre moral au progrès technique.

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